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Affichage des articles associés au libellé Philip K. Dick

Mission Maman

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  Exils # 164 (02/02/2026) Parmi des familles et des enfants attentifs, on découvre avec Le Robot sauvage (Sanders, 2024) l’équivalent américain de Flow (Zilbalodis, 2024) l’européen, puisque les deux dessins animés, par ordinateur idem engendrés, manient le même matériau : des animaux, de l’eau, des hommes évaporés ou à la périphérie de la géographie (du récit), une certaine idée de la solidarité. En dépit d’une interprétation réductrice, applicable et appliquée aux films dits horrifiques, il semble que le darwinisme ne se réduise en vérité à une évolution sélective, incontournable et défavorable aux espèces les plus faibles. La (sur)vie dépendrait aussi de l’adaptabilité, de l’altérité, d’une dialectique pragmatique. In extremis mis en abyme, car lecture de catalogue au lieu de projection publicitaire, le conte anticonformiste produit par DreamWorks carbure à la concorde, à la « trêve » hivernale et amicale, à l’altruisme démocratique et bien sûr à ...

L’Âge de glace de la guerre froide

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  Exils # 119 (17/07/2025) Si Richard Harris refusa L’ Œ uf du serpent (Bergman, 1977) au profit d’ Orca (Anderson, 1977), la production imposa donc Richard Burton, mais L’Espion qui venait du froid (Ritt, 1965) lui permet de déployer l’une de ses meilleures interprétations. Escorté par un casting choral impeccable, Monsieur Liz Taylor, ancien amour de Claire Bloom, vous suivez, acteur au carré, à raison récompensé, incarne un Alec très tourmenté, d’abord déguisé en dépressif alcoolique, amer et déclassé, ensuite en prisonnier express puis vrai-faux transfuge de retraite montagnarde et de tribunal bancal. Les mauvaises langues soulignent qu’il s’agit à peine d’un rôle de composition, les cinéphiles applaudissent devant le talent, capable d’exprimer la peur de ce temps-là et le dégoût de tout cela, sinon de soi. Pourri par l’opportunisme – expediency en VO, « pragmatisme » en sous-titres – et le machiavélisme, voire le pharisaïsme et l’homophobie, queer guère un...

L’Ésotérique et le Tragique

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  Exils # 31 (15/05/2024) Imagine, au moins un moment, le monde tel un multiplexe. Au creux coûteux des salles commerciales, cavernes modernes aux ombres peu profondes, durant des séances de cynisme plutôt que de spiritisme, à l’unisson, à profusion, défilent les films, les frimes, les images mirages du mondialisé formatage s’animent. Un spectateur esseulé, arrivé trop tôt ou trop tard, pas patients au milieu des calmes couloirs, cet invisible tissu sonore pourrait percevoir. Démuni d’harmonie, délesté d’horizon, au profit de la juxtaposition, fourni par défaut, voire provoqué par l’épouvante du silence, le montage acoustique, pas si anecdotique, a priori privé de sens, ressemble aux stations de radio, captées et dépassées illico presto, aussi successives qu’évanouies, émissions mutilées parmi la nuit. Il ne s’agit ici d’écouter des messages codés, par Cocteau concoctés, à l’abri de l’habitacle, poésie programmatique d’Occupation métaphysique, mais d’expérimenter la superpositi...

F for Fake

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  Un métrage, une image : La Grande Combine (1966) Femme fatale (2002) citait un extrait de Assurance sur la mort (1944), pendant un clip, Body Double (1984) en ressuscitait l’escalier, l’actrice encore ; The Fortune Cookie , quant à lui, annonce Snake Eyes (1998), pareil spectacle sportif, réflexif, aux milliers/millions de témoins qui ne voient rien, similaire amitié tourmentée, de l’aveuglement vers le dévoilement. S’il anticipe aussi, de manière douce-amère, le climat local d’espionnage paranoïaque, voire l’inverse, de la décennie suivante, cf. Coppola ( Conversation secrète , 1974) and Co. , il corrige la coda du contemporain Blow-Up (Antonioni, 1966), match de tennis mimé, muet, dont le simulacre assumé, en résumé, enterrait une désormais irréelle réalité : le cadavre, l’image du cadavre, le cadavre de l’image, CQFD. Cinéaste classique, réaliste au risque du cynisme, romantique au risque du sentimentalisme, Wilder préfère, une fois défaites...

La Défense Lincoln

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  Humanité de l’automate, prophylaxie du patraque, solitude de la traque… Grand petit roman précis, à base de simulacres, schizophrénie, écrit à la suite de l’historique, uchronique, Le Maître du Haut Château , We Can Build You dut attendre dix ans, avant d’être en volume publié, après passage tripatouillé, parmi Amazing Stories , fameux magazine classé spécialisé. À l’instar de Pris, instable star , étoile aussi noire que ses cheveux, son regard, le texte multiplie les titres, le fondateur The First in Our Family transformé en A. Lincoln, Simulacrum , le définitif doté de l’intitulé français Le Bal des schizos , salut à celui des maudits (Dmytryk, 1958), dont la traduction revient donc à un tandem amène, cinéphilique, Anne & Georges Dutter itou auteurs de moult sous-titres, par exemple pour les opus de Fassbinder & Ferreri, Pollack & Polanski. Si bien sûr il anticipe Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? , dans une moindre mesure Ubik , on songe dav...

Furie + Scanners : Brainstorm

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  Filmer signifie s’identifier ; démonstration-détonation… À base de destin un brin œdipien, au cœur du complotisme martial ou médical, Furie (1978) et Scanners (1981) affichent un motif similaire – la puissance de la pensée – mais le (mal)traitent de façon différente : Brian De Palma opte pour l’opéra, David Cronenberg reste sur sa réserve. On assiste ainsi à deux duos de crescendo en stéréo, qui doivent une part de leur saveur, de leur valeur, aux paires Amy Irving & John Cassavetes, Michael Ironside & Louis Del Grande. Chambre à coucher, à contre-jour éclairée, de « père truqué », à la Philip K. Dick, d’Électre relookée, en effet furieuse, « furie », reflet d’Érinye, amphithéâtre de patraque spectacle, au public mis en abyme, assemblage de spectateurs spécialisés aussi sidérés que ceux du ciné, mensonges aux mouchoirs, d’épaule où pleurer, monologue ironique, cela risque de faire mal, attendez la suite, il s’agit d’un jeu dangereux, d’un...

Ordet : Le Prince de Jutland

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  Comment formuler/filmer l’ineffable ? Avec le maximum de familiarité… Une horloge morose, après arrêtée, relie ainsi ces extraits de Ordet (Dreyer, 1955). Pendant la première scène, la pendule à la Baudelaire s’accorde au dialogue domestique, métaphysique, le scande en sourdine, résonne aussi au sein du silence du studio, du vent en postsynchro, salut à Sjöström ( Le Vent , 1928), et l’on se souvient illico que Kim Novak dévoilera à vive et invisible voix de Vertigo (Hitchcock, 1958) sa persona , monologue mené, minuté, au métronome, au cours d’un second conte de cette fois-ci fausse résurrection, de femme affable, toutefois pas en cloque, en effet revenue « d’entre les mortes », titre d’origine et au masculin du bouquin un brin anodin de Boileau & Narcejac. Alors que l’oncle et la nièce, assis parmi la pénombre de la pièce, se font une impensable promesse, parlent de choses graves avec légèreté, complicité, bises bis , proximité poignante d’un adulte et...

L’Image de pierre : La Forteresse vide

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  La chair et le sang, l’essence et l’instant… En sus d’annoncer le célèbre Solaris de Stanislas Lem, d’anticiper le fameux Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick, d’adresser un double clin d’œil au précédent et désespérant Désert des Tartares , car architecture à l’usure, militaires à ne rien faire, L’Image de pierre présage le couple en déroute de Un amour , comporte une coda à la Caligula de l’amical Albert Camus, métamorphose Orphée à la sauce SF. Si tout cela ne vous suffit pas, si vous lisez de musique accompagné, on propose en playlist Build Me a Woman des Doors, Forteresse de Fugain, Utopia de Goldfrapp. Journaliste et artiste, conteur et dramaturge, peintre et poète, Dino Buzzati signe ici un livre assez unique, pas seulement parmi une bibliographie à tendance dite « fantastique ». En VO, ce roman stimulant, amusant, émouvant, s’intitule Il grande ritratto , par conséquent « le grand portrait », au sens pictural...

Amérique : Les Rêveries du promeneur solitaire

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  Atlantique pas si pacifique… Avec mes remerciements non (dis)simulés à JW Friendly strangers came to town All the people put them down But the women loved their ways Come again some other day The Doors, L’America Voici le livre travelling d’un voyageur observateur, ouvert sur l’évanouissement de Vanishing (Point) et achevé vers (Las) Vegas. Sidéré par les « simulacres » et la « simulation » à la « sidérale » sauce US, surtout par la présence prégnante du désert austère, Baudrillard se balade et ne nous balade, quoique. Commencé par le mot « nostalgie », Ulysse gémit, terminé par le terme « richesse », le Scorsese de Casino (1995) acquiesce, écrit avec clarté, lu avec rapidité, Amérique s’apprécie ainsi à l’instar d’un carnet de notes ad hoc , d’un carnet de route exempt de déroute. Édité chez Grasset en 1986, donc deux ans avant la sortie de Invasion Los Angeles (Carpenter, 1988), il diagnostique idem le même m...

Gutland : Le Retour de Martin Guerre

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Govinda Van Maele. Dans La Mort aux trousses (Hitchcock, 1959), autre item à maïs, à menace mécanique, le very vide Roger O. Thornhill, appréciez le gros zéro, la pique à Selznick, se démenait avec un malentendu, en définitive pas si malvenu, se dispensait d’une psychanalyse, se surpassait en espion sentimental. Dans Gutland (2018), un braqueur christique, de casino à Cologne, va vite « se mettre au vert », sans trop d’effort s’insère, au sein de la provinciale et rurale communauté, de l’orchestre assermenté, jusqu’à liquider, à main armée, son pénible passé, à savoir ses deux acolytes, dépourvus de tactique, frénétiques du fric, chasseurs fissa chassés, balancés parmi la fosse à purin, parce qu’ils le valaient bien. Auparavant, moment déterminant, Jens avise son visage à l’endroit supra , cadavre souillé aux yeux pas fermés, subit un bestial somnifère, s’éveille en moins chevelu, rasé de près, lév...

Ubik : De la Terre à la Lune

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  La connivence et l’existence, l’enfant et le néant… En 2021, l’unique Ubik ne ressemble presque plus à un roman émouvant et amusant, mais bel et bien à un réchauffant et refroidissant document, allusion incluse au fameux « confinement ». Au milieu d’un monde un brin à la Baudrillard, constitué de simulacres, de s(t)imulations, de paranoïa pandémique, d’emprise étatique, de cinés en effet fermés, puisqu’on projette déjà le « film-réalité » de Bill Burroughs bien malsain au quotidien, in situ , dans les rues, à domicile, au sein des esprits trop dociles, l’odyssée en écho à celle d’Orphée ou de Dante du pas si cheap Joe Chip nous happe et nous détraque, comme si sa lucide folie à lui, et ensuite celle de Dick, pouvait, devait, savait éclairer de ses questions toujours de saison, de ses inquiétudes ludiques et adultes, notre obscurité cadenassée, notre narration à foison, sans rémission ni horizon. L’auteur majeur du Maître du Haut Château , des Androïdes rêv...

Les Larmes amères de Petra von Kant : Le Cinéma de Douglas Sirk

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Philip K. Dick baptisa l’un de ses romans Coulez mes larmes, dit le policier  : usons de son poétique oxymoron en clé (des songes) pour ouvrir quelques serrures d’un château de conte de fées, hélas propice à d’infernaux et poignants sévices : bienvenue à Douglas Sirkland  !    Le hasard (?) cinéphile fit bien les choses, puisque nous découvrîmes naguère, simultanément, les films de Douglas Sirk et ceux de Rainer Werner Fassbinder. Le lecteur – la lectrice – plus ou moins fidèle de ce blog doit connaître désormais notre intérêt, voire notre attirance formatrice, dans le cas du premier, pour deux genres cinématographiques généralement affublés de l’épithète « mauvais », car considérés, d’un point de vue critique, comme (très) mineurs, quand ils ne véhiculeraient pas un discours misogyne ou réactionnaire : nous voulons parler de l’horreur et de la pornographie. On laissera pour l’heure ces univers, encore injustement méprisés, pour s...