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Affichage des articles associés au libellé Francis Veber

Dix ans d’une nuit blanche

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Exils # 153 (06/01/2026) Construit en boucle bouclée, tour Eiffel surcadrée au carré, La Minute de vérité (Delannoy, 1952) documente le conservatisme de la France des années cinquante, dit adieu à l’idéal, pas seulement pictural et sentimental, remarquez la composition explicite de l’ incipit , perspective de ville depuis une fenêtre ouverte, en somme à la Caillebotte. On (re)pense à Montparnasse 19 (Becker, 1957), co-écrit par un non crédité Henri, on songe surtout de La Fête à Henriette (Duvivier, 1952), making-of méta de scénaristes en goguette et tragi-comiques marionnettes, idem dialogué par Jeanson en situation, car le couple en déroute commente en voix off et piste de disque son parcours d’amour. Ses répliques sarcastiques font sourire, la « comédie légère » et douce-amère de décisif anniversaire évite en définitive le « vaudeville », résume à bon escient Madeleine Vincent, comédienne sur scène et actrice à domicile, femme in fine aussi (in)fidèle ...

Panique celtique

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  Exils # 143 (20/11/2025) « T’es pédé ou quoi ? » demande Depardieu à Perez : question de bon ton, désormais démodée, merci au moralisme cinématographique, à la police du lexique, dont le pronom indéfini importe plus que l’épithète obsolète. Diptyque de répliques explicites : « L’amour c’est la merde », toujours du junior , « Ils jouent à un drôle de jeu ces deux », observe avec justesse un flic à l’écoute. Comédie noire souvent desservie par sa forme de téléfilm, TF1 co-produit, l’incontournable Canal+ aussi, Le Pharmacien de garde (Veber, 2003) connut l’échec économique et critique. Alors âgé de trente-sept années, le fils de Francis mit une décennie à s’en remettre, remit le couvert sur un script assez similaire, puisque Bipolar (2014) a priori revisite de Hyde & Jekyll, tourné aux States , sa nation de formation, inédit ici. Autrefois assistant sur La Chèvre (Veber, 1981) et acteur dans Les Fugitifs (Veber, 1986), ensuit...

Le Clan des clandestins

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  Exils 90 (28/02/2025) L’identité, surtout celle d’un exilé, ne tient à rien ou à peu, à une couleur ou à une coupe de cheveux. Lorsqu’en coda Nino revoit Elena, on ne la reconnaît presque pas, son front dégagé durcit ses traits. L’Italien toujours sur le point de partir, de revenir, ô gare, ô désespoir, arbore une crinière bicolore, un pansement blanc, des cicatrices sombres : peu de temps avant, il fracassait sa face dans un miroir de bar, sillage de match de foot à la TV, de supporters insultant l’équipe transalpine (« pourris » et « chiens » parce qu’ils le valent bien), de méprise homophobe (« Je ne suis pas une tante » qu’il se lamente). Si le blondinet adore d’abord l’imposture de sa teinture, paraît enfin trouver sa place et trouver grâce auprès des indigènes germanophones, gueule parmi la meute, « à Rome fais comme les Romains », crétin, il ne résiste au cri, au « goal » de sa gorge, instant surdécoupé de silenc...

L’Absence et la Cendre

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  Exils # 72 (21/01/2025) Comédie policière douce-amère, Adieu poulet (Granier-Deferre, 1975) annonce un second scénario de Veber, celui de Coup de tête (Annaud, 1979) itou interprété par Dewaere. S’il s’agit aussi d’une histoire de traque et d’une satire politique sur fond de corruption, ce film de son temps, désormais de cinquante ans, l’âge du personnage de Ventura, voilà, s’apprécie surtout en « baroud », portrait impressionniste d’un « idéalisme » jusqu’au boutisme. Muni d’humour, dès la découverte du cadavre d’un vieillard queutard de lupanar, agité à l’électricité, secousses irrespectueuses à faire se gondoler la candide prostituée, mention spéciale à la séquence d’assaut à l’hôpital, où croiser un Zardi incontournable, tandis que Sarde compose en mode minimum syndical, il possède un masculin tandem en rappel du couple d’entourloupe de L’Emmerdeur (1973), dirigé par Molinaro, avec déjà Lino. À notre époque médiocre de moralisme et de tribalisme, l...

La Moustache

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  Un métrage, une image : Le Moustachu (1987) L’unique film du discret puis décédé Dominique Chaussois associe ainsi Les Barbouzes (Lautner, 1964) à Drôle d’endroit pour une rencontre (Dupeyron, 1988), Le Grand Blond avec une chaussure noire (Robert, 1972), encore Rochefort, revoilà Vladimir Cosma, au Dîner de cons (Veber, 1998). Le mal piégé mais bien nommé Duroc, indeed  « indestructible » davantage qu’imbécile, peut aussi évoquer le Clouseau de Blake Edwards. Rochefort, toujours moustachu, affronte donc Brialy, bien sûr barbu. L’histoire se passe en 1986, la vignette l’atteste ; un an avant s’affichait « l’affaire du Rainbow Warrior », dont « l’affaire du Bourget » paraît le diégétique reflet. D’un fiasco à l’autre, on substitue au sabotage de bateau écolo celui d’une automobile destinée à des terroristes peu portés sur la mythique « douceur féminine », plutôt sur le sérum de vérité in extremis , quelle malice, à soi...

Broken Flowers

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  L’incontournable, l’acclamé, la solitude, le secret… Ce qui séduisait, chez Michel Bouquet ? Disons sa discrétion, sa douceur menaçante. Le CV de « l’anarchiste calme » ne révèle rien de remarquable, c’est-à-dire de malséant, le comédien molièrisé, l’acteur césarisé, l’homme de multiples fois légionné, se verra de surcroît honoré d’un hommage national aux Invalides fin avril, bigre, Poquelin ne s’en soucie point, nous itou. Quant aux psys, qu’ils s’astiquent avec à peine ceci, à savoir une enfance a priori assez triste, puisque pénible pension + petits condisciples à la con. Au-delà du fait avéré d’avoir su interpréter comme un condensé du citoyen pompidolien dans la France familière, étrange, fiévreuse et réfrigérante des années septante, Bouquet philosopha à la Flaubert, vécut en bon bourgeois, en incarna, laissa deviner sa demi-démiurgie, se préoccupa aussi de pédagogie. Sur scène, il joue Gide, Camus, Anouilh, Molière, Ionesco, Pinter, Beckett, Bernhard, S...

Le Jouet : À vendre

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  Parure de Zorro, petit saligaud, repas d’achat, tablée désertée… Pour la peu cupide et plutôt joueuse Jacqueline En 1976, Veber vient de travailler avec Lautner ( Il était une fois un flic , 1972), Robert ( Le Grand Blond avec une chaussure noire , idem ), Molinaro ( L’Emmerdeur , 1973), de Broca ( Le Magnifique , aussi) ou Verneuil ( Peur sur la ville , 1975). Le scénariste-dialoguiste à succès décide donc de (dé)passer le cap de la réalisation, conseil d’ami de Claude Berri, le patron de Renn Productions. Deux ans avant Coup de tête (Annaud, 1978), Le Jouet s’avère une satire sentimentale du Capital, un magnat des médias à la place des notables du football . Escorté du solide DP Étienne Becker, fils de Jacques et frère de Jean, lui-même sorti de la direction de la photographie des dépressifs Le Vieux Fusil (Enrico, 1975) et Police Python 357 (Corneau, 1976), Veber revitalise et rajeunit ici sa fameuse formule du tandem masculin, je te déteste et je t’aime bien, promise...

Le Festin nu

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  Un métrage, une image : Le Souper (1992) En apparence, ce repas concerne l’État ; en réalité, il se soucie surtout de ciné. Plus de vingt ans avant Diplomatie (Schlöndorff, 2014), reconstitution aussi dispensable de décisif duel idem , voici le spectateur prié d’assister à une leçon de cynisme, assortie de gastronomie. Les tandems drolatiques, Molinaro les manie, les maîtrise, remember L’Emmerdeur (1973) ou La Cage aux folles (1978), d’ailleurs deux autres transpositions théâtrales. Point de Poiret, arrière, Veber : Brisville rempile, la TV, publique et privée, co-produit, l’ambassade de Pologne prête sa piaule à Paris, au générique on remercie le sieur Łukaszewski. Précisons que ce souper soigné, très réchauffé, assez insipide, appartient autant à Yves Rousset-Rouard, ici co-scénariste et producteur, de la franchise Emmanuelle en partie possesseur, du diptyque des Bronzés (Leconte, 1978 + 1979) de fait financier, à Michael Epp, cadreur et directeur pho...