L’Heure du loup : Sept ans de réflexion
Une âme en peine ? Une œuvre salvatrice. Après les cartons subjectifs, le clin d’œil nominatif d’Alma à Persona (1966) et la bande-son méta du générique de tournage, le début de L’Heure du loup (1968) renverse et retravaille l’orée de La Prisonnière du désert (Ford, 1956) : Liv Ullmann ouvre une porte, sort dehors. Sur l’arrière-plan de la maison rurale, du vent à la Victor Sjöström, elle s’assoit, regarde la caméra, elle se fiche des pommes à éplucher, des fraises sauvages invisibles à savourer, elle traverse vaillamment son dense et cependant concis monologue d’exposition au passé, à base de récit terminé, de bébé programmé, d’insularité désargentée, de compagnon apeuré. Un fondu au noir efface le témoin guère serein, qui tripatouille son alliance, avant que le couple ne débarque à bord d’un canot à moteur, à la Charon, que Max von Sydow ne transfère à terre son matériel de peintre, ne repousse vite l’esquif mutique. Ils arrivent au sommet d’une colline ensoleil...