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Affichage des articles associés au libellé Mo Hayder

L’Heure du loup : Sept ans de réflexion

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Une âme en peine ? Une œuvre salvatrice. Après les cartons subjectifs, le clin d’œil nominatif d’Alma à Persona (1966) et la bande-son méta du générique de tournage, le début de L’Heure du loup (1968) renverse et retravaille l’orée de La Prisonnière du désert (Ford, 1956) : Liv Ullmann ouvre une porte, sort dehors. Sur l’arrière-plan de la maison rurale, du vent à la Victor Sjöström, elle s’assoit, regarde la caméra, elle se fiche des pommes à éplucher, des fraises sauvages invisibles à savourer, elle traverse vaillamment son dense et cependant concis monologue d’exposition au passé, à base de récit terminé, de bébé programmé, d’insularité désargentée, de compagnon apeuré. Un fondu au noir efface le témoin guère serein, qui tripatouille son alliance, avant que le couple ne débarque à bord d’un canot à moteur, à la Charon, que Max von Sydow ne transfère à terre son matériel de peintre, ne repousse vite l’esquif mutique. Ils arrivent au sommet d’une colline ensoleil...

India Song : Le Tombeau hindou

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Longtemps après la lecture du beau Moderato cantabile , célébrons les noces (de Thanatos) de la Duras, enfin en solo, avec le « septième art »… (…) et moi j’ai fait les images et les paroles en raison du blanc que je lui laissais pour sa musique à lui (…) et [le film] est en train de parcourir le monde contenant à jamais dans son être les éclats douloureux arrachés de notre corps (…) Marguerite Duras, Outside   1 « Marguerite Duras, qui n’a pas écrit que des conneries. Elle en a aussi filmé » persiflait Pierre Desproges en public ( Textes de scène ). Assez amusant, mais injuste, surtout en ce qui concerne India Song . « De quoi avez-vous peur ? » demande la voix off . Pas de ce cinéma-là, en tout cas, pas de cette liberté, de cette radicalité qui ne pouvaient, peut-être, que naître durant la décennie soixante-dix, à ce moment-ci, dans cette France et ce monde d’alors (le film se finit par une carte d’Asie, par une contextualisa...

Viscères : Vipère au poing

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Vous qui entrez ici , dans ces 440 pages dévorantes et (vraiment) à dévorer, abandonnez , en effet, toute espérance …  Blonde et britannique (deux motifs de sympathie, sensuelle et anglophile), Mo Hayder ne craint pas les ténèbres (malgré son air angélique) ni les huis clos (pas ceux d’Agatha Christie, moins inoffensive qu’il n’y paraît, aux jeux de massacre feutrés, au Vallon mélancolique adoubé par un certain Houellebecq) et ses lecteurs (dont votre serviteur) l’accompagnent depuis désormais une quinzaine d’années, en amie de plume souvent inspirée, souvent inspirante, sur le marché en surproduction du thriller (variation « graphique » mais anodine du polar ricain et « dur à cuire » des années 30 et suivantes, quand le « genre » populaire proposait encore une vision politique du monde, pas réduit à une lecture de plage stéréotypée ou des sagas de briques nordiques, volontiers, de surcroît, réactionnaire, dans ses épilogues en forme de rem...

Le Grand Embouteillage : Dark Country

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Suite à sa diffusion par ARTE, retour sur le titre de Luigi Comencini. Ah, Stefania Sandrelli en sueur et enceinte… Belle présence des enfants, une caractéristique du réalisateur. Rappelons que  Trafic  sort en 1971 et  Crash  paraît en 1973 (Ballard ira plus loin dans la stase narrative). À rapprocher du  Fanfaron , autre radiographie nationale en voiture ; Risi filmait la vitesse du renommé miracle économique, jusqu’à l’accident fatal, Comencini l’immobilité de la crise pétrolière, justement, avec ce klaxon italien typique en trait d’union. On ne compte plus les viols dans le cinéma des années 70, de Peckinpah à Winner, d’Enrico à Yannick Bellon, en passant par Rino Di Silvestro ( La Louve sanguinaire ) et Saura. Que nous disent ces images, dans le contexte de la pornographie d’alors et du MLF ? La réponse se trouve peut-être dans  Lames  de Mo Hayder (auteur de  Tokyo , grand livre en résonance, étrangement, avec  City of Li...