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Affichage des articles associés au libellé Raquel Welch

Le Gosse à Colossa

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  Exils # 187 (13/04/2026) Le Septième Voyage de Sinbad (Juran, 1958) met en images et en animation image par image des éléments des Mille et Une Nuits , surtout se soucie de la mélancolie du (petit) génie, de sa solitude aussi. L’ Ecclésiaste et Montherlant s’aventuraient dans une ville au gamin roi ou prince ; Harryhausen et le scribe Ken Kolb associent la magie blanche à l’enfance, puissance altruiste et protectrice hélas asservie au creux malheureux d’une lampe, attribuent la magie noire à un émule de Yul (Brynner), en habits de nuit et en exil, cupide et machiavélique (strabisme en rime au borgne cyclope). La mise en abyme intime se lit de manière explicite, lorsque le matois Sokurah donne vie démunie d’esprit au squelette accompagné de castagnettes. L’étonnante tristesse du gosse à Colossa, île plus monstrueuse que mystérieuse, virez Verne, dotée d’une insularité au carré, géographique et psychologique, fait du film un exercice de style où il s’agit en fait de fonder une ...

Enrico en écho

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  Exils # 129 (23/09/2025)   Le Vieux Fusil (1975) développe le souvenir versus le pire de La Rivière du hibou (1961), court-métrage remarquable, remarqué, très primé, vrai-faux survival sensoriel et cruel, dialoguant à distance avec La Jetée (Marker, 1962), autre conte (à rebours) d’une mort retardée, du désir d’Eurydice. Romy remplace Abby au ralenti, les vélos et cabot la balançoire des marmots, le médecin assassin le civil exécuté – le mort-vivant « l’homme vivant ». Car le cinéma sert aussi à ça, ressusciter les dames idéalisées, adorées, magnifiques mais massacrées. De la guerre de Sécession à la guerre de l’Occupation, la barbarie s’installe à la Barberie. Comparé à Noiret, le Hoffman des Chiens de paille (Peckinpah, 1971) se limite à un amateur, les luttes de territoire se terminent en automobile, sidéré ou bouleversé. Le toubib porté sur la chevrotine esquive in extremis la terrible lucidité, se réfugie en esprit au perdu paradis, musiqué par ...

Un homme est mort : À propos de Jean-Paul Belmondo

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  Une gifle à Melville ? « Bébel » revoit Vanel… Pour mon père Avant de mourir récemment, Belmondo décéda deux fois au cinéma : dans À bout de souffle (Godard, 1960), dans Le Professionnel (Lautner, 1981). Surplombé sur le parisien pavé par la « dégueulasse » Jean Seberg, à côté d’un hélico – pas celui, dactylographique, du Magnifique (de Broca, 1973) – et au côté d’Ennio (Morricone), l’acteur/producteur incontournable, presque increvable, cristallisa ainsi, à une vingtaine d’années d’intervalle, balles toujours fatales, « Nouvelle Vague » ou non, ralenti (in)compris, les deux courants de sa vie, en tout cas celle de sa persona . La doxa douce-amère des hexagonaux ou mondiaux experts rappelle l’éternel et à demi réussi Stavisky (Resnais, 1974) en point de rupture, annonce d’usure, matérialisation à l’occasion des dispensables Les Morfalous (Verneuil, 1984) + Joyeuses Pâques (Lautner, idem ), en moment déterminant de basculement, ...

L’Aile ou la Cuisse : À couteaux tirés

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Haut-le-cœur ? Resto(s) du cœur… Film de fatigue et de filiation, film prophétique et réflexif, L’Aile ou la Cuisse (Claude Zidi, 1976) s’avère en plus un art poétique et un divertissement politique. Si l’argument (et le déguisement) reprend (en partie) Le Grand Restaurant (Jacques Besnard, 1966), témoigne de son temps (indépendant, inquiétant), une décennie suffit (à modifier la donne) : Louis de Funès , récemment hospitalisé pour de sérieux soucis de santé, veut (et doit, dit le docteur) se réinventer, se modérer, quitte à revenir au muet révéré (le Mel Brooks audacieux de Silent Movie , 1976, acquiesce). Au creux du contexte de crise(s) des seventies , de la filmographie du fragilisé « Fufu », L’Aile ou la Cuisse se situe ainsi entre l’antiracisme des Aventures de Rabbi Jacob (Gérard Oury, 1973) et l’écologie de La Zizanie (Zidi, 1978), sorte de réponse hexagonale au spatial (et US) Silent Running (Douglas Trumbull, 1972), tandis que Le Grand Bazar ...

Le Clan des McMasters : Le Sergent noir

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Tout contre ta peau, pas de temps pour les sanglots… En 1970, au cinéma, aux USA, on pouvait par conséquent se permettre de présenter : 1) Une Indienne violée par un Noir, 2) Une Indienne (la même) violée par un Blanc, 3) Un Noir (le même) tabassé par des Blancs (les mêmes qu’avant) : il ne saurait s’agir de nostalgiser ce ciné, seulement de démontrer une modification des mœurs et des imageries, dialectique dynamique davantage que reflet figé ( via l’univocité). Western méconnu, Le Clan des McMasters  (Alf Kjellin, 1970) carbure donc au(x) racisme(s), au sexe sauvage, « interracial » comme ils disent outre-Atlantique, de surcroît catégorie classée X, fichtre, ravale ton républicanisme, neutre onaniste, accessoirement à la paternité (par procuration), à la propriété (tant pis pour Proudhon), à l’absence de pitié (et de pardon, et de solution). Au sortir de la guerre de Sécession, Civil War entre Nord et Sud, Bleus et Gris, maîtres et affranchis, je schéma...

La Fiancée du monstre, Plan 9 from Outer Space, Night of the Ghouls : Revoir Ed Wood

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Suite à leur visionnage sur le site d'ARTE, retour sur les titres d’Ed Wood. Il suffit d’un avis – comme les trous du cul, chacun possède le sien, Harry Callahan ne nous contredira pas – pour vous pourrir la postérité, mais en 2018, qui se soucie du palmarès ironique des frères Harry & Michael Medved, à l’intitulé animalier ( The Golden Turkey Awards , 1980) ? Que le tandem critique vomisse Raquel Welch & Richard Burton, libre à lui ; qu’il élise le sympathique Robot Monster (Phil Tucker, 1953) en sommet de ridicule et Ed Wood + Plan 9 from Outer Space en parangons du pire, cinéaste/film, pourquoi pas ? Laissons ces classements à la con, pléonasme, et apprécions dépourvu d’ a priori , merci. Cette trilogie apocryphe, personnage du cop Kelton en point commun, séduit constamment, amuse à bon escient, se caractérise par son intégrité, son unité, sa diversité. Il ne s’agit pas ici de « réhabiliter » le réalisateur, de le canoniser à contre-courant, de le plac...

Et Dieu… créa la femme : À propos de Raquel Welch

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Quelques chères réminiscences d’une héroïne de son temps… Une silhouette suprême, exposée à dessein (amateurs de ses clichés dénudés, dépourvus cependant de la moindre once de vulgarité, il faudra vous contenter d’une damnation volontaire devant sa virginité de bonne sœur offerte chez Dmytryk relisant Barbe-bleue , ou d’un cliché gentiment blasphématoire de Terry O’Neill, qui donna sans doute des idées à Forman pour l’affiche de Larry Flint ) – et alors ? Ce qui nous séduit chez Raquel Welch excède sa plastique à la Sophia Loren, ces formes d’un autre âge – car le cinéma, art social, documente aussi l’anatomie des périodes, et une femme de 1929 ne ressemble plus à celles d’aujourd’hui – ou, plutôt, s’incarne en elles comme le style fait l’homme . Osons les analogies inattendues, délaissons la facilité des sensations : Raquel rime avec Ava (Gardner – ou Devine, nous soufflent les plus « pervers ») et Bernadette (Lafont) – son corps talentueux , qui fait encore écran...