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Affichage des articles associés au libellé Robert Guédiguian

L’Enfant du Président

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  Exils # 171 (24/02/2026) Prologue au téléphone, épilogue aux Goudes, entre les deux, une lettre volée, Marlowe à la place de Poe, la page de titre de Sans espoir de retour de David Goodis, je me tire littéraire et prophétie de Descente aux enfers (1986), mais aussi au domicile cinéphile une affiche du Journal d’une fille perdue (Pabst, 1929) et au-dessus d’une salle de ciné celle des Chiens de paille (Peckinpah, 1971). Giroud & Girod, encore une lettre (en)volée, retrouvée, la mise en images d’un roman édité chez… Mazarine. En dépit du script signé d’une initiée, puisque journaliste passée par l’Élysée, d’un carton de coda à la fameuse formule cette fois-ci de facto ironique, « toute ressemblance » telle une évidence, Le Bon Plaisir   (1984) ne s’assimile au portrait détourné, très chargé, d’un certain François Mitterrand, alors au pouvoir depuis trois ans, même si de courtes écoutes, un gamin adultérin, les médiatiques « chiens » (caméo ...

Les Feux de la Chandeleur : L’Amour fou

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  Alliance à médisance, couscous à la rescousse… À ma mère Si les femmes mettent les hommes au monde, donc les condamnent à mourir, sinon se reproduire, les fils déjà pères, meurtriers involontaires, enterrent leurs mères au soleil d’hiver. Voici en définitive la morale lucide et dépressive d’un opus parfois poignant, clairement à contre-courant, muni d’un conservatisme social et sexué à démanger quelques sensibilités, gauchiste ou féministe en particulier. Le hasard ne saurait exister au ciné, alors en écho aux Neiges du Kilimandjaro (Guédiguian, 2011), encore un conte de couple en déroute, politisé, où l’on parle de la Pavane de Ravel, à défaut cette fois de la faire écouter. Ça commence fort, le remarquable Rochefort se fait foutre dehors, scène de ménage matinale, douce-amère, devant les enfants, le garçon comprend, la fille s’empiffre. Débuté en février 1962, terminé dix ans après, l’ item intime, quasi en autarcie, semble se soucier d’usine, de grévistes, d’avortemen...

Les Bonnes Intentions

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  Un métrage, une image : Les Neiges du Kilimandjaro (2011) Dépouillée par Grégoire Leprince-Ringuet, requinquée par Pierre Niney, Ariane Ascaride désire « comprendre » comment (dys)fonctionne le « monde dans lequel elle vit » avec son ex -syndicaliste de mari. La séquence de hom (m) e (s) invasion pouvait s’inspirer du sadisme réflexif de Haneke ( Funny Games U.S. , 2007), cependant Guédiguian ne s’attarde guère sur les misères du petit « propriétaire », à une chaise attaché, du sol relevé, épaule en compote. Il filme en forme faible les conséquences d’une violence plutôt économique que physique et psychologique, même si Denise, la fine Maryline Canto illico , en larmes sister de l’aide-ménagère, se « pisse » dessus, met du temps à digérer, dépasser, l’événement traumatisant et imprévu. Dès l’orée sévissait la sauvagerie policée, remarquablement cadrée, montée, d’un licenciement sous le signe du hasard et de la nécessité placé, ti...

Broken Flowers

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  L’incontournable, l’acclamé, la solitude, le secret… Ce qui séduisait, chez Michel Bouquet ? Disons sa discrétion, sa douceur menaçante. Le CV de « l’anarchiste calme » ne révèle rien de remarquable, c’est-à-dire de malséant, le comédien molièrisé, l’acteur césarisé, l’homme de multiples fois légionné, se verra de surcroît honoré d’un hommage national aux Invalides fin avril, bigre, Poquelin ne s’en soucie point, nous itou. Quant aux psys, qu’ils s’astiquent avec à peine ceci, à savoir une enfance a priori assez triste, puisque pénible pension + petits condisciples à la con. Au-delà du fait avéré d’avoir su interpréter comme un condensé du citoyen pompidolien dans la France familière, étrange, fiévreuse et réfrigérante des années septante, Bouquet philosopha à la Flaubert, vécut en bon bourgeois, en incarna, laissa deviner sa demi-démiurgie, se préoccupa aussi de pédagogie. Sur scène, il joue Gide, Camus, Anouilh, Molière, Ionesco, Pinter, Beckett, Bernhard, S...

Lévy et Goliath

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  Un métrage, une image : Les Citronniers (2008) Avant le viandage du Dossier Mona Lisa (2017), entre les réussites de La Fiancée syrienne (2004) et Mon fils (2014), voici une comédie dramatique, en sourdine drolatique, merci au soldat point rapide, indeed , perché, assoupi, parmi ses tests psychométriques, dont celui-ci, dédié au ciné : connaître la fin d’un film, obstacle au plaisir du spectateur ? En vérité, on devine vite la victoire à la Pyrrhus, forcément douce-amère, sur laquelle s’achève le conte de citrons pas si con, certes assez superficiel, métaphorique plutôt qu’euphorique, aux arbres pas un brin tarkovskiens, in fine ratiboisés pour rien, dommage pour le ministre/mari désormais esseulé, autrefois, souviens-toi, très près de l’assistante attirante, en forme(s), en uniforme, d’une chanteuse embrasseuse, d’une journaliste à l’allure de Miss Yiddish, la caméra s’élève au-dessus du mur promis, construit, leitmotiv visuel du récit, selon des A...

Volver

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  Un métrage, une image : Josep (2020) L’ opus primé, à Annecy, à Paris, repose donc sur une mission de transmission : le petit-fils écoute à l’improviste « l’histoire orale » du grand-père pas si mortifère, censée nous éduquer, sinon nous édifier, en reflet. Structuré en trois parties, espaces, temporalités, Josep trouve son unité au moyen d’une pensée en train de ressusciter sans ressasser, de revenir en arrière afin de saluer la lumière. Écrit par Jean-Louis Milesi, partenaire depuis longtemps de Robert Guédiguian, le biopic épouse le parcours chaotique et cosmopolite d’un dessinateur antifranquiste. S’il évite de dévier vers un manichéisme assumé – les gentils réfugiés face aux méchants Français –, le film use parfois d’un symbolisme scolaire, cf. l’affreuse figure du lamentable gendarme un brin porcin, fissa transformée en tête de cochon, les pleureuses façon « moi aussi » apprécieront. La métamorphose s’impose pendant un viol commis oui ou ...

Sic Transit Gloria Mundi : Marseille

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Une vi(ll)e, une mort, se (dé)battre encore, au bord d’un port pétrifié, désespéré… Pour Henri, projectionniste perspicace J’aime depuis longtemps le cinéma de Robert Guédiguian, pas seulement en raison de mes origines marseillaises, mais j’imagine que Monsieur Emmanuel Macron, apparemment ému par Les Misérables (Ladj Ly, 2019), n’appréciera pas Sic Transit Gloria Mundi ( idem ), au titre explicite, prophétique. Peu m’importe, puisque je n’écris pas pour lui, ni pour ses amis, puisque je me remémore pour des morts, je poursuis pour des survivants. Un Robert à proximité, Daniel n’écrit que pour lui-même, déclare n’avoir rien à cacher : son carnet noir accumule les haïkus, moments parfaits à voix haute rédigés, immortalisés. La poésie, aujourd’hui, qui s’en soucie ? Bruno peut s’en chaut, queutard carburant à la coco, comme autrefois Tony Montana selon Brian De Palma ( Scarface , 1983), encore un petit capitaliste improvisé, in fine liquidé, il croyait que le m...

Conte d’automne : L’Ami de mon amie

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Éric Rohmer.                    « J’ai appris la patience » affirmait Margot dans Conte d’été (1996) : le plus beau plan, le plus troublant, de Conte d’automne (1998), l’un des trois en caméra portée, se situe vraiment in extremis , après le générique, la date, le copyright : Diane Baratier ou son assistant Thierry Faure éclairent-cadrent à distance, le temps d’une danse en silence, d’une chanson occitane sous-titrée, le beau visage de Marie Rivière, jadis mémorable interprète du Rayon vert (1986), ensuite croisée selon Conte d’hiver (1992), Le Temps qui reste (François Ozon, 2005) ou Les Amours d’Astrée et de Céladon (2007). La seconde précédente, l’actrice souriait, en accord avec la fin heureuse, malicieuse, du récit, puis la voici soudain sombre, rentrée en elle-même, sans que le spectateur attentif puis...

Alouettes, le fil à la patte : Papa est en voyage d’affaires

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jiří Menzel. Drôle et tendre, cette satire disons sidérurgique entrecroise ersatz de STO et love stories . Elle remémore Affreux, sales et méchants (Scola, 1976) ou Street Trash (Munro, 1987), mais bye-bye au bidonville excessif, exit la casse auto scato : Alouettes, le fil à la patte (1969) se déroule sur une petite partie tristounette, dédiée au tri métallique, d’un complexe industriel parcouru en incipit , à cartons contextuels, par un panoramique gauche-droite puis un travelling avant surplombant, la caméra imaginée suspendue à la manière d’une berline usitée aussi, registre certes différencié, par le guilleret Damnation (1988) de Béla Tarr. Ici bossent des bourgeois et travaillent des fugitives, séparation des sexes guère inflexible, merci au gardien prénommé Ange, ange gardien mari d’une Gitane amusée par le cadeau du confort moderne d’un appartement, lui préférant le sommet d’une armoire avec...

Les Mille et Une Nuits : La Souris qui rugissait

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Miguel Gomes. Faire du cinéma politique ou faire politiquement du cinéma ? Naguère, Godard formula l’alternative. Maintenant, hier, Miguel Gomes répond à sa manière, populaire plutôt que révolutionnaire, par le documentaire et par l’imaginaire. Le nom de la société de production cite Faulkner, mais l’ouvrage, étalé sur six heures, s’avère, dommage, dépourvu de bruit et de fureur. Si le premier volet déploie ses séductions, fait encore illusion, le deuxième patine vite et le dernier, interminable, se pose en opus superflu. Cela se voulait un portrait de la société portugaise, accompagnée durant une année d’austérité européenne. Cela visait, en trois temps, via la désolation centrale, à passer de l’inquiétude à l’enchantement, intitulé de trinité sous-titrée. Cela entendait entrelacer l’art poétique et l’art politique, la dimension méta du mentir-vrai opposée aux mensonges des banquiers et des gouvernants. ...