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Affichage des articles associés au libellé Jia Zhangke

Demain le chien

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  Exils # 125 (04/09/2025) En dépit des a priori , Black Dog (Guan, 2024) n’évoque Mad Max (Miller, 1979) ni Freaks (Browning, 1932), ne ranime Atomik Circus (Poiraud & Poiraud, 2004) ou fait penser à Umberto D. (De Sica, 1952). La comédie dramatique et laconique quasiment démunie de musique dite extra -diégétique, hormis le lyrisme d’une traversée encerclée de canidés, la séquence de l’éclipse au son d’une chanson de Pink Floyd, à laquelle réplique celle du générique, chronique donc une reconstruction en doublon, d’un individu et d’une ville, le premier sort de prison, la seconde attend des usines. Tandis que les hommes ne contrôlent que quelques quartiers, dont un commissariat au personnel presque sympa, plus serviable que fana de la fouille rectale, quoique, car un quidam d’accident emmerde le monde en réclamant son argent, le récent détenu peu loquace et pourtant libéré sur parole se voit vite désapé au poste, les animaux désertent le zoo, même le tigre dit de Mandc...

Kenji Mizoguchi, ça vous (re)dit ?

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  Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur huit titres de l’auteur. Miss Oyu (1951) Au fond d’une forêt de conte de fées défait, un orphelin flashe sur une femme, à la fois mère et ressemblant à la sienne. L’histoire d’un mariage d’arrangement puis blanc, d’un gâchis de chasteté, d’une rumeur de « lubricité », d’un échange des rôles et des destinées, s’affirme en fondus au noir, en profondeur de champ, en plans-séquences, en surcadrages. Collaborateur régulier, Yoda transpose à demi Tanizaki, souvent utilisé au ciné, là-bas ou ici, cf. La Clé (1983) de Brass, Berlin Affair (1985) de Caviani. Le vrai-faux vaudeville n’invite à sourire, car verse vers le mélo maternel au carré. Il convient de ne confondre le coucou et le corbeau, de respecter des conventions à la con, de recueillir un minot à la Moïse, abandonné par un Shinnosuke en train de (dé)chanter, de marcher, de s’écarter d’un explicite nocher. La fable fatale, sacrificielle, procède du s...

Au-delà des montagnes : La Vague

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Suite à son visionnage sur la chaîne d’ARTE, retour sur le titre de Jia Zhangke. Les Pet Shop Boys sont à toi Air les Daft Punk Madonna T’as l’cœur à danser moi pas Alain Chamfort Cet interminable mélodrame maternel, au marxisme de maternelle, à l’auteurisme mondialisé, autorisé par ARTE, à l’œcuménisme critique, fatidique, commence donc comme un Jules et Jim (François Truffaut, 1962) délocalisé. Au terme de quarante-cinq minutes cadrées carré, puisque le film enfile les formats, multiplie les temporalités, 1999 en 1.37, 2014 en 1.85, 2025 en 2.35, le titre apparaît, affirme en anglais que les montagnes peuvent partir, voire mourir, l’intitulé original résumant l’amitié miroitée, jouant sur la géographie, sinon la nostalgie. Elles peuvent aussi, on le sait, accoucher de souris, bel exemple que voici. Le triangle possède stabilité, dixit Mademoiselle Moreau, pardon, Miss Tao, hélas il s’avère ici insipide, ressassé, ripoliné à la sociologie jolie. Un cours d’écon...

Une pluie sans fin : Le Mari de la coiffeuse

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Parapluie d’Algérie à la Demy ? Plutôt pluie noire du désespoir. On and on the rain will fall Like tears from a star Like tears from a star On and on the rain will say How fragile we are How fragile we are Sting Face à ce film déceptif puis dépressif, on pense à Tarkovski & Tarr davantage qu’à David Fincher ou Bong Joon-ho. Pour résumer, disons qu’il s’agit d’une histoire de dépossession(s) : durant deux heures, un zélé vigile d’usine perd tout, son « disciple », son emploi, sa prostituée, son intégrité, sa liberté, son identité, son passé. Anti-héros à la Richard Matheson (et Guillaume Foresti) en train de disparaître sous nos yeux, « l’inspecteur », titre ironique donné par de vrais flics, enquête de son côté sur un tueur en série de femmes aux mœurs que la rumeur qualifie de légères, sinon rémunérées. Son rêve secret, non confié à la travailleuse du sexe amoureuse de lui, locataire à cocard de la Pension Mélodie (pour un meurtr...

Have a Nice Day : Night on Earth

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Liu Jian. Au cours d’un discours philosophique ironique entre prolétaires autour d’un verre, on entend une évidence, « Les gens ont besoin d’une vie spirituelle », on énumère les trois niveaux de liberté à l’ère du consumérisme, au marché, au supermarché, en ligne. Durant une nuit sans répit, cependant engourdie dans sa propre autarcie, un magot d’un million dérobé joue les furets. Il passe par ici, il repassera par là, il finit trempé par la pluie, alors que son propriétaire gangster , auparavant renversé, se relève avec difficulté. Fin ouverte et boucle bouclée selon ce métrage d’animation déprogrammé à Annecy, adoubé par Jia Zhangke. Réussite drolatique, Have a Nice Day cartographie une partie de pays, chorégraphie un massacre ankylosé. Il aligne les personnages multiples et dessine leur destin funeste. Composé de plans fixes, doté d’un travail évocateur sur le son, l’ opus se po...

Extension du domaine de la lutte

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Comptabilité spectrale, anniversaire de circonstance, projection(s) de saison. Le Miroir des fantômes existe depuis maintenant quatre ans, puisqu’un texte consacré à A Touch of Sin (Jia Zhangke, 2013) en constitue la toute première publication, datée du 6 juillet 2014. Neuf cents successeurs ensuite, il semble d’actualité, sinon judicieux, de rappeler que les services, voire sévices, de votre serviteur sudiste, au pedigree portuaire, ne se résument pas à ce navire amiral, que de multiples bâtiments, certes moins imposants, ornent la flotte en ligne, pêche à la ligne tout sauf industrielle, professionnelle, dirigée par le plein plaisir d’écrire, de célébrer, de partager, parfois, rarement, peu de goût ni de temps, de démolir les médiocres idoles de la modernité ou du passé. Sur mon miroir fantomatique et anatomique, vous trouvez des albums, de l’art graphique et numérique, des « bandes originales », des billets, des chroniques, des occurrences du cinéma français, c...

Épouses et Concubines : Green Lantern

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Zhang Yimou. À ma mère On conservait le vieux souvenir peu convaincu d’une VHS en VF : revoir le film en ligne, en HD, en VOST, revient à le voir pour la première fois, à constater sa beauté, sa cruauté, sa radicalité. Chacun le sait désormais, Zhang Yimou signe ensuite, assez vite, de poétiques épopées à teneur nationaliste  ( Hero , Le Secret des poignards volants , La Cité interdite ) ; il se sépare aussi de Gong Li. Mais en 1991, épaulé par Hou Hsiao-hsien à la production, par Ni Zhen au scénario (resserré), par Zhao Fei à la direction de la photographie (du Woody Allen et du John Woo), Cao Jiuping à la direction artistique ( Balzac et la Petite Tailleuse chinoise ) et Du Yuan au montage (une habituée), il se borne à un harem en huis clos, beau tombeau chinois à défaut d’hindou (et… ballet à succès). Tel Lang, similaire architecte de l’espace et des pulsions, notre cinéaste donne dans la géomét...

L’Animal écran : Demain les chiens

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Mammifères familiers, congénères légendaires. En se réveillant un matin après des rêves agités, Gregor Samsa se retrouva, dans son lit, métamorphosé en un monstrueux insecte. Franz Kafka, La Métamorphose Andalousie je me souviens Francis Cabrel, La Corrida Eat my pussy Anonyme Sous ce titre terriblement freudien – cf. le célèbre « souvenir-écran », notez dès à présent, cependant, la disparition du trait d’union, laissée à l’interprétation (du lecteur) – se trouve un opuscule paru en 1996 à l’occasion d’une « manifestation » organisée par la Bibliothèque Publique d’Information au Centre Georges Pompidou (éditeur itou) l’année précédente (centenaire du cinéma, faut-il le rappeler), joliment intitulée Animalia cinematografica . Il se compose de trois courts essais thématiques signés par un critique/réalisateur/enseignant, Jean-André Fieschi, un philosophe, Patrick Tort, et un psychanalyste, Patrick Lacoste ; un petit « cahier iconographi...