Articles

Affichage des articles associés au libellé István Szabó

Dorota 1880

Image
  Exils # 124 (02/09/2025) En dépit du pronom, Mon XX ème siècle (Enyedi, 1989) n’appartient pas à un personnage, plutôt à sa cinéaste, même s’il ne s’agit ni d’un film historique ni d’un film autobiographique. En découvrant ce noir et blanc, on se dit revoici de l’ arty , du ciné usagé, du simulacre primé à Cannes. Mais le premier essai de cette réalisatrice et scénariste peu prolifique, universitaire et festivalière passée par Montpellier, mariée à un Allemand, le pays co-produit, ne se réduit Dieu merci à ceci, alors tant pis s’il (dé)tourne assez vite à vide, se termine entre deux rives livides, lent travelling avant à contre-pied de l’exposition éclatée. Au générique style La Femme publique (Żuławski, 1984) de l’obsolète Annette (2021), autre conte (« de fées ») méta qui peut laisser de bois, Carax remercie Béla Balázs (et « Edgard Allen Poe »), célèbre théoricien exilé de Berlin et fissa professeur au VGIK, au retour recadré par des autorités so...

La Voleuse : Le Camion

Image
Son fils, sa bataille, fallait pas qu’elle s’en aille, génitrice de Germanie… Romy & Piccoli ? Il faudra désormais répondre au-delà de Sautet. Avant Les Choses de la vie (1970), Max et les Ferrailleurs (1971), n’omettons pas Mado (1976), La Voleuse (Chapot, 1966) crée le couple. Une dizaine d’années après le succès ensuite détesté de Sissi (Marischka, 1955) et ses suites, Mademoiselle Rosemarie Magdalena Albach remet les pieds en Allemagne, Autrichienne naturalisée hexagonale, qui toujours entretint avec cette nation une relation d’amour/haine, aux origines historiques et biographiques, merci Maman. De ce point de vue, La Voleuse constitue le portrait à charge, en écran large, d’une bourgeoise berlinoise soudain obsédée par son fiston, jadis cédé à des ouvriers atteints de stérilité, par « l’idée » de son existence, par la nécessité irrésistible de le récupérer, le droit situé de son côté, tant pis pour l’opinion publique et celle de son mari, entrep...

Une belle fin : La Vie des morts

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Uberto Pasolini. Certes, personne ne confondra Uberto avec Pier Paolo, et l’ultime plan de Une belle fin en achèvera plus d’un, avec ses funérailles fantomatiques molto mélo. Mais Still Life , still film qui filme des natures mortes, qui filme la mort en pleine nature, tombes entourées de verdure, mérite un court détour, malgré son humanisme inoxydable, sa facture de fable millimétrée, en accord avec la maniaquerie de son protagoniste. Au cinéma, rien n’existe, rien ne survient, y compris dans la pornographie, genre a priori le plus matérialiste et immanent. Tout se joue toujours au passé, tout relève de l’art funéraire, tout nous ramène à contempler la mort, à s’en repaître régulièrement, contrairement au théâtre pas en boîte, à la musique en concert, à la danse sur scène. Le spectacle de facto vivant, le ciné s’en désolidarise, le dissout dans une sorte de présent éternel aussi mécanique que la machine ...

Les Espions : Pour Sacha

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Fritz Lang. Quand le rideau tombe, que la tragi-comédie finit, le spectateur stupéfait, ravi, s’interroge : où passèrent les cent quarante-quatre minutes du métrage ? Comment consommer désormais l’anémique action made in Hollywood  ? Film d’architecte et de romantique, de feuilletoniste et de cinéaste, Les Espions équilibre avec maestria hystérie et rigueur, érotisme et politique, ivresse et vitesse. Muni d’un budget réduit après les fastes alourdis de Metropolis , Fritz se débarrasse du mysticisme des Trois Lumières , de la métaphysique du Docteur Mabuse le joueur , de la mythologie des Nibelungen et annonce le réalisme de M le maudit , l’énergie de Furie , la paranoïa des Espions sur la Tamise , l’obsession de La Rue rouge , la candeur des Contrebandiers de Moonfleet , l’exotisme du Tigre du Bengale et du Tombeau hindou , la technologie du Diabolique docteur Mabuse . « Des choses étrange...

Comedian Harmonists : Les Choristes

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Joseph Vilsmaier. Combien peu de chose il faut pour le bonheur ! Le son d’une cornemuse. – Sans musique la vie serait une erreur. L’Allemand se figure Dieu lui-même en train de chanter des chants. Nietzsche, Le Crépuscule des idoles ou Comment on philosophe avec un marteau (1888), Maximes et pointes, 33. Un film choral Et doublement, sur et au-delà de l’écran. Auteur d’un réputé Stalingrad précédant de presque dix ans celui de notre Annaud international, ViIsmaier, né en 1939, belliqueuse année pour la paix mondiale, signe six décennies plus tard un biopic historique entouré d’une cohorte de talent(s). Le réalisateur-producteur-directeur de la photographie, sorte de Peter Hyams teuton, dirige une distribution remarquable dans ses individualités et son ensemble, en miroir du groupe de l’histoire. Ben Becker ( Samson et Dalila de Roeg à la TV) et sa sœur (amoureux dans le film !) Meret ( Munic...

Le Fils de Saul : L’Enfant

Image
Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de László Nemes. Rosetta à Auschwitz ? Pourquoi pas, par la Torah, hurla Ilsa. Davantage qu’à Kapo , Shoah , La Liste de Schindler , trinité incontournable et discutable, on songe, en regardant, en écoutant Le Fils de Saul , à Berberian Sound Studio . Une similaire matière sonore (élaborée par le primé Tamás Zányi) infernale, doloriste, irrigue les deux œuvres, même si Nemes, dès le départ, se refusait à faire un « film d’horreur » (« genre » qu’il pratiqua pourtant en amateur à l’adolescence), un identique chapelet périphérique d’atrocités s’y laisse deviner, à l’intérieur du hors-champ sur le point de contaminer l’écran chez Strickland, en bordure (floue) de l’image, du corps ou du visage de Saul ici (convaincant et mutique Géza Röhrig). Dans la relecture britannique de la sorcellerie (évocatoire, dirait Baudelaire) transalpine, le film dans le film finissait par détein...

Damnation : Le Quai des brumes

Image
Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Béla Tarr. Lenteur, noirceur, ardeur, comme si David Lynch, celui de Eraserhead , surtout (notez itou la chaînette de battant et la face féminine issues « inconsciemment » de Blue Velvet ), s’alliait à la première manière de Lars von Trier, déployée dans la célèbre trilogie en E, notamment le contemporain Element of Crime  : dans Damnation , le noir et blanc sublime la trivialité, d’un rasage ou d’un accouplement, tandis que l’attention portée au son nous fait entendre le monde malade avec une puissance d’expression inaccoutumée. Plutôt qu’un enfer européen, le film de Tarr donne à voir une sorte d’interzone à la Tarkovski (stase psychique de Stalker ), autre amateur notoire de flaques azurées, de géographies rieuses, de quadrupèdes angéliques. On ironise un brin mais l’ opus , heureusement, ne prend jamais la pose de l’Art (et essai, ou décès de la patience du cinéphile) et son ...