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Affichage des articles associés au libellé Raymond Bernard

Pain et Madeleine

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  Exils # 142 (19/11/2025) Aseptisée, désincarnée, illustrative, translucide, cf. la célèbre scène de la « tempête crânienne » : on peut préférer sans regret la robustesse de Bernard ( Les Misérables , 1934) ou le pessimisme de Hossein ( Les Misérables , 1982) à l’échantillonnage de Le Chanois ( Les Misérables , 1958). Malgré ses trois heures de familiers malheurs, sa version va trop vite, survole son sujet, rabotage de montage, deux heures ailleurs de tumultes et de chutes, ressemble à une bande-annonce soucieuse de ne déranger personne, de quoi donner raison de facto au pamphlétaire Truffaut. La discutable et discutée « qualité française » mise en cause par l’un de ses futurs représentants, même différemment, s’acoquine ici au fameux, sinon sinistre, professionnalisme allemand, car co-production de bon ton, figurants de la DEFA disons à ouf, capables de remplir avec rigueur le(s) cadre(s) de la bataille des barricades, l’Italie investit aussi. Dès le ...

La Constance des apparences

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  Exils # 134 (15/10/2025) Dans Adieu… Chérie (Bernard, 1946), titre programmatique, discographique, points de suspension en oxymoron, Danielle Darrieux s’éveille épuisée, rêve éveillée, se réveille esseulée. L’« entraîneuse » entraînante chante, enchante, déchante. Son appartement prend l’eau, elle fait visiter un « tripot », squatte un aristocrate « château », moins merveilleux et bricolé que celui du contemporain Cocteau ( La Belle et la Bête , 1946), puisque bastide sise « entre Orange et Marseille », productrice d’une huile d’olives « ramassées à la main », le « dragon » directif qui la dirige y met du sien. L’invisible Frédéric ne « chasse le tigre », tient à Toulon un « restaurant à particule », mésalliance ridicule. Alors Constance sans clémence n’autorisera un bis repetita , exit sa factice belle-fille, arnaqueuse amoureuse et malheureuse, laquelle paie cher d’être sincère. Une réplique ex...

Le Culte et l’Occulte

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  Exils # 54 (10/10/2024) Aussi suicidaire mais moins « suicidé de la société » que le pauvre van Gogh, James Whale s’intéressait aux « dieux » et aux « monstres », cf. une réplique emblématique de La Fiancée de Frankenstein (1935). Alors âgé d’une trentaine d’années, Antonin Artaud se soucie de « sorciers » et de « saints », selon une sorte de note d’intention écrite à l’époque de La Coquille et le Clergyman (1928), vaudeville anecdotique et pseudo-cryptique dont le scénariste se désolidarise vite, dommage pour Germaine Dulac et sa « composition visuelle » très patraque, conspuée en sus dès sa sortie par les susceptibles surréalistes. Né un an après la date de naissance officielle du « cinématographe », leur rencontre se place cependant sous le signe du rendez-vous loupé, en dépit d’apparitions assez impressionnantes chez Gance ( Napoléon , 1927), Dreyer ( La Passion de Jeanne d’Arc , 1928), L’Herbier ( L’Arge...

Olivier, Olivier

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  Un métrage, une image : Maldone (1928) Entre la « romani » et le « roulier », le canal et le courant passent. Mais une mort dans la famille, amitiés à James Agee, redistribue la donne et renverse les rôles. Doté d’un patronyme explicite, Olivier Maldone se voit vite ainsi asservi aux « servitudes de la richesse », piégé par la « prison du bonheur ». L’héréditaire propriétaire terrien pour rien recroise sa belle Bohémienne transformée de facto en danseuse de casino, « étoile » éteinte, presto éclipsée, dépassons le passé, mon ami ne m’en voulez. Puisque le divisé destin se lit parmi les lignes de la main, Maldone au programme de la parole se conforme, massacre le miroir, se sépare des apparences, élit l’errance. Il ouvre itou le flacon d’un papillon, symbolisme de bestiole, son oncle à la Nabokov s’en désole, sa frêle Flora il affole, par écrit demande le pardon de sa démission. La coda à dada s’ouvre sur l’avenir, ...

Les Enfants d’Abraham

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  En mémoire de Robert Hossein (1927-2020)… Beau balafré de ciné, bien longtemps avant le Tony Montana de Brian De Palma ( Scarface , 1983), Robert Hossein, en tout cas au cinéma, traversa le mélodramatique Maya (Bernard, 1949), l’incertain Les Petits Matins (Audry, 1962), le maboule Chair de poule (Duvivier, 1963), s’amouracha de Michèle Mercier pendant une plaisante et populaire pentalogie jolie, évidemment commencée par Angélique, Marquise des anges (Borderie, 1964), la retrouva décostumée via l’heuristique La Seconde Vérité (Christian-Jaque, 1964), croisa Le Casse (Verneuil, 1971), son chemin molto morriconien, s’afficha en (faux) frère du familial et dépressif Un officier de police sans importance (Larriaga, 1973), emmerda Belmondo (et sa dame et son hélico) pour Le Professionnel (Lautner, 1981), alors rebaptisé Rosen, remarquez la contraction de ses nom + prénom de scène, s’immisça entre le médiocre tandem de Lévy et Goliath (Oury, 1987), avant d’investir l’esti...

La Ferme du pendu : Au nom de la terre

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  Propriétaire terrien ? Propriétaire, t’es rien… Regain (Pagnol, 1937) se terminait sur un couple en train de semer, sur le point de récolter, d’accoucher, bouleversait via ses travellings vibrants, la belle BO du fier Honegger ; La Ferme du pendu (Dréville, 1945) s’achève sur un vieil homme esseulé, terrassé, au sens propre, figuré, trépas depuis longtemps programmé, n’en déplaise au neveu juvénile, qui l’appelle, invisible, qui convainquit in extremis sa maman s’en allant de le laisser là, auprès de son oncle conquis, sur cette terre obsédante, épuisante, suaire austère sillonné de sueur, de labeur, tout au long des décennies, tant mieux, tant pis. Commencé au milieu d’un cimetière, le métrage méconnu mérite son exhumation, se dédie à une destruction, celle d’une fragile fratrie où les « affaires » se foutent des femmes, où un cocufieur finit fou, où un frêle frangin file, devient mécanicien. La tante précitée elle-même s’enfuit à la ville, rentre...

Les Caves du Majestic + Le Coupable : Grand Hôtel + Séduite et abandonnée

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Les enfants, les parents, l’air du temps, étouffant ou changeant… 1 Coda de Continental écrite par Charles Spaak emprisonné, Les Caves du Majestic (1945) permet d’apprécier Albert Préjean habillé en Jules Maigret. Son commissaire dynamique, sarcastique, lui appartient, lui revient, rien à voir avec les avatars de Jean Gabin & Bruno Cremer, le davantage obscur Harry Baur ( La Tête d’un homme , Duvivier, 1933), les ponctuelles et surprenantes incarnations de Charles Laughton ( L’Homme de la tour Eiffel , Meredith, 1949) & Rowan Atkinson. Bien entouré par Mesdames Denise Grey, Gina Manès, Suzy Prim et Messieurs Jacques Baumer, Fernand Charpin, Jean Marchat, l’acteur-personnage s’intéresse peu au coupable, « capitaine » de cuisine, « contrôleur » malfaiteur, maître-chanteur puis tueur de mère vite (dés)armée, guère aimée. Il préfère explorer le milieu hôtelier, débusquer ses secrets, se faire désigner, identifier, chaque ustensile, puisque l’innoce...

Un homme marche dans la ville : Le Havre

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Le contremaître, le mécontent, la maîtresse, les amarres de la mémoire. Le prologue portuaire, documentaire, à la cloche funéraire, trompe un peu : Un homme marche dans la ville (1950) s’avère vite un mélodrame sentimental (aux allures de thriller triangulaire) et non un tract syndical (camarade cinéphile, console-toi avec Le Rendez-vous des quais censuré de Carpita, 1950-1953). Il s’agit cependant d’une sorte de greffon pas si con, d’un métrage d’un autre âge, un peu trop sage, d’une œuvre brève et suffisamment méconnue pour la mettre en lumière. Bien sûr, on pense au « néo-réalisme », lui-même à la fois porté sur le mouchoir et le rasoir, cf. Allemagne année zéro (Rossellini, 1948), son marmot esseulé, suicidé, un brin délocalisé ici, au « réalisme poétique », évasion évanouie sur Le Quai des brumes (Carné, 1938) du Havre, voui, caméo mémoriel de Fréhel, davantage décatie que dans Pépé le Moko (Duvivier, 1937). Mais en 1949, dix ans après le d...

Les Mutins du Yorik : Les Marins perdus

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Georg Tressler. « Avoir faim, c’est humain. Être sans papiers, c’est inhumain » : trois ans après le surfait Les Demi-sel (1956), Tressler retrouve Horst Buchholz pour une croisière qui ne s’amuse pas, qui peut se résumer par la double réplique supra , dont l’actualité se vérifie aujourd’hui, y compris dans la langue, sous forme de substantif. Sous ses allures de série B soignée, à l’allemande, entre mecs, tant pis pour la juvénile et jolie Elke Sommer, mémorable chez Mario Bava, par deux fois, ici entrevue au début, pieds nus, prénommée Mylène, chef de gare de dernier regard, d’hospitalité, de soleil, se dissimule à peine, en subjective vérité, une fable kafkaïenne sur le fatum . Comme Joseph K., Philip Gale, délesté de son livret de navigateur, d’une poignée de billets, par une prostituée rusée, taciturne, cesse d’exister, de décider, subit un sort acharné, embarque à bord d’un « tombeau f...

Les Eaux troubles : Time and Tide

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Pêcheur ou pécheur ? La différence tient à un accent, à un coup de vent… En 1949, on vouvoyait son père, on mariait son fils contre une pêcherie, on se rongeait de remords dans un coin préservé de Bretagne. En 1949, Les Eaux troubles cartographie du côté du Mont-Saint-Michel une France irriguée de culpabilité, une famille sur le point de se décomposer (définitivement). L’introduction muette, en écho d’ autocar au Facteur sonne toujours deux fois , demeure une leçon de réalisation, retour au village parmi les flaques et les fenêtres jusqu’au cimetière, avec bouquet déposé sur la tombe du frère regretté, trop aimé. Ginette Leclerc, remarquable et remarquée naguère, avant-guerre (pendant), dans La Femme du boulanger ou Le Corbeau de Clouzot, rentre chez elle, cherche à percer un secret endeuillé. Son paternel causa-t-il réellement la mort de Jean, comme tout le monde, c’est-à-dire toute la petite communauté marine, le suppose, le reproche, l’insinue ? Augusta, flanq...