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 Exils # 223 (03/09/2026)

The Human Factor (1979) se termine sur le pendule du combiné téléphonique du générique (et de l’affiche) de Saul Bass, communication coupée, pendaison anticipée. Piégé « à l’insu de son plein gré », soumis à un mea culpa médiatique, l’espion anglais se révèle être un pion hanté, déplacé, dépassé par l’impact du simulacre démultiplié auquel il participait. On revisite ainsi, lestée d’une ironie davantage sinistre, moins exotique, la trame de Notre agent à La Havane, même si Graham Greene, a priori ami de l’irascible cinéaste, scénariste du discutable mais pas détestable Sainte Jeanne (1957, transposé d’une pièce de Shaw), n’apprécia cette adaptation (signée Stoppard, onze ans plus tard auteur de La Maison Russie de Schepisi d’après le Carré), d’ailleurs inédite en salles hexagonales et tournée sans budget (comme Coppola, Preminger s’autofinança). Plutôt que rappeler la coda doublement tragique de L’Espion qui venait du froid (Ritt, 1965), la conclusion de déréliction précède et contredit le studio (de TV) désert d’Osterman week-end (Peckinpah, 1983), fin de la fiction, évasion du survivant. Le cinéma méta n’intéresse pas l’octogénaire Preminger et son ultime film ne sacrifie pas tant au réalisme dépressif de l’imagerie (d’espionnage ou point) des années soixante-dix qu’à une lucidité désabusée, désillusionnée, démunie de manichéisme et non de romantisme (sentimentalisme renommé des dictateurs de et hors plateau). Face au cynisme réflexif des officines de la guerre froide, le « facteur humain » ne signifie rien, représente un risque (de fuite, sens duel) ou un outil (administratif, pression du passeport). Fidèle à sa famille africaine, infidèle à son pays obscène (cf. le risible strip-tease), « traître » honnête, fonctionnaire inoffensif aux rapports réécrits, le mal nommé (et grimé) Castle ne construit pas des châteaux en Espagne.

Il se croit à l’abri de sa normalité, de sa ruralité, de son bonheur bourgeois, alors qu’il s’avère incapable de sauver son ami (le populaire, poétique, empoisonné Davis), sa femme (Iman vient du mannequinat, donc incarne un mirage au carré), son fils (ni son chien, flingué en amateur, quelle horreur). Lorsque son meilleur ennemi Muller, raciste porté sur les noires prostituées, lui annonce le décès suspect (pneumonie, tu parles) du communiste Connolly, lorsqu’il apprend en petit comité le projet d’anéantir l’emprise soviétique en Afrique sudiste via l’atome américain, il dessine son destin, fait fi de la Hongrie, de la Tchécoslovaquie, des pavés (Twain & Tolstoï) servant à crypter. Échec économique et testament pragmatique (la caméra portée, les contre-plongées, les dialogues assis en plan-séquence évoquent le Winner de Rendez-vous avec la mort, 1988, réponse optimiste et tout aussi, en sourdine, politique), doté d’une sagesse douce-amère, The Human Factor décrit un trivial univers, où de vieux messieurs pas si respectables ni respectueux décident de tuer ou murer des hommes plus jeunes, moins coriaces, pièces dispensables d’un jeu de dupes à base d’idéologie rassie (en mode Mondrian), de rapports de classes, de paranoïa ici et là(-bas). Maudit par sa propre mère, tandis que l’ex-épouse (entichée de chouettes) du supérieur le traite de « vieux barbon » à sa réception (la fille se marie, le téléphone retentit), Castle s’écroule et l’émouvant Nicol Williamson trouve l’un de ses meilleurs rôles, sinon l’une de ses meilleures interprétations, certes bien entouré par la fine fleur (âgée, pas fanée) de la scène et du ciné britanniques (citons Attenborough, Gielgud, Jacobi, Morley ou encore Ann Todd, la Madeleine, 1950, de Lean et accessoirement sa femme). Avec ses chasseurs à la Renoir et son humour noir, ce point final d’une filmo inégale mérite d’être redécouvert car toujours sincère.                        

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