#LuiAussi
Exils 231 (23/09/226)
S’il ne brûle la rétine, The Burning (1981) ne démérite, slasher forestier de camp d’été co-financé en famille, conçu pour capitaliser sur le succès de Vendredi 13 (1980). Pas de Jason à l’horizon, juste un homme détesté, dont se vengent de supposés adolescents bien trop grands, avec un crâne éclairé, d’asticots constellé, quasiment en diamant, tel le micro de Minogue. La plaisanterie sinistre vire au sévice, accident incendiant, hosto catho. Cinq ans après, le gardien revient, ivre de revanche, assassine en série, et la coda en regard caméra boucle la boucle du récit maudit et affreux au coin du feu : ainsi se tissent les légendes, rurales et urbaines, au creux d’une clairière ou au bord du brouillard (Fog, 1980). Mais ce métrage authentiquement d’autrefois, quand un cascadeur enflammé filait la frousse pour de vrai, ne se soucie de dimension méta. Ce qui l’intéresse ? Le sexe (en parler, le pratiquer), les fesses (des deux sexes), la baise (pas le base-ball), comme si la colonie, soudain délestée de canoës, se composait d’obsédés, l’espace naturel relevait de manière complète et mortelle du culturel, du pulsionnel – copuler ou crever. Vilipendé, réévalué, Carnage (en français) bénéficie de l’expertise réaliste de Savini, concepteur des séquences d’horreur précise le générique, donc responsable de l’assaut du radeau, massacre remarquable et leçon de (double) découpage, de montage, Sholder sait y faire, achevée via un fondu au rouge (revoici Marnie) du plus bel effet justifié. Éclairé avec doigté par un dirlo photo anglais, compatriote du réalisateur formé au documentaire, l’item s’autorise des plans subjectifs à l’objectif enduit de vaseline, vision floutée sur les côtés d’un terrain de jeu joyeux et dangereux, où découvrir in extremis des bâtiments en ruines à évocation historique, revoilà les sacrifices mayas, et une mine en rime au contemporain Meurtres à la St-Valentin.
Certes, les sveltes silhouettes ne valent tripette, cibles sympathiques et anecdotiques, la musique synthétique de Wakeman date la bande et l’appauvrit. On pardonne cependant, on en arrive au noir cœur incandescent. Dans une autre vie, une autre décennie, un siècle à peine moins malhonnête, sans réseaux pseudo sociaux ni dénonciation de victimisation, Harvey Weinstein imagine (histoire originale), crée et produit ceci, que co-écrit son frérot Bob, crédité en sus consultant monteur. Rempli de répliques que confirment ses accusatrices (« monstre, malade », « parfois il me fait peur »), le film s’affirme autobiographie fictive, autoportrait défiguré. La psyché du futur producteur/distributeur majeur s’expose (s’exhibe), éclatée en écho à celle du Loup des steppes, chaque personnage masculin, pervers, malin, (éjaculateur) précoce, bourrin, partie de lui, à travers autrui. Tandis que les femmes consentent ou non à l’insistant accouplement, maîtresses inflexibles (et insultées) ou magnanimes (et maternelles) d’un jeu à deux, au pire risible, au mieux prémices d’autre chose, d’un rapport à l’autre enfin adulte, ni poisseux ni prude, les mecs se démerdent, décèdent, ni héros ni salauds, timide ou vindicatif, attentionné ou expéditif. Ce décalage entre les genres, notamment au moment de l’orgasme, c’est tout demande la naïade à la campagne, cet accord pourtant possible, cf. le couple de moniteurs majeurs, heureux, respectueux, taquins, point puritains, constituent le carburant d’un ouvrage aux outrages autant révélateurs que ceux du Voyeur (1960), prostituée poignardée en POV partagée. En amont d’une saison féministe médiatique, d’une tragi-comédie de l’hollywoodienne hypocrisie, tous savaient, toutes importunées, on échange, on balance, The Burning s’échauffe en confession candide, édifiante, transparente, au taille-haie forcément phallique et au contraire castrateur.

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