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Affichage des articles associés au libellé Valerio Zurlini

Un homme à Rome

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  Exils # 165 (03/02/2026) Ce beau salaud de Stefano s’occupe donc d’immigration, fi d’ICE polémique, à peine une Anglaise à écarter d’un héritier. Il se soucie aussi d’un pseudo-producteur de disque, descendu dès le début : la caméra sur grue dévie de l’avenue, va vers une fenêtre, cadre la discussion sans le son et capte l’impact, incipit un brin hitchcockien, façon Frenzy (1972), à la suite d’un générique où les enseignes électriques se mêlent aux décorations de Noël. Le sous-titre l’explicite, Belli ressemble plus à un « détective » qu’à un flic, à l’ alter ego Baldo, sur ses traces et à ses basques. Désinvolte et tendu, facétieux et fiévreux, Franco Nero incarne un cousin pas si lointain du condé de Bouquet & Boisset, du Dirty Harry d’Eastwood & Siegel. Sous la cynique carapace se dessine une détermination sentimentale, itou motivée par la nécessité de sa propre peau sauver. Le « fonctionnaire de police » accro aux bakchiches n’y parvient...

Division de la tristesse

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  Exils # 69 (09/01/2025) Le subtil Zurlini se soucie d’un sujet symbolique et le traite sans une once de salacité : pas encore de Ian Curtis à l’horizon mais déjà une contrastée joy division . Enrôlées comme « auxiliaires de l’armée », une douzaine de prostituées, chiffre d’apôtres et de putains, chiffre paraît-il parfait de drapeau européen, quittent Athènes et reprennent presque, en sens inverse, le périple d’Ulysse jadis. Fi de nostalgie, bonjour mélancolie, souffle Sagan, puisqu’il ne saurait s’agir de regretter une capitale occupée, décapitée, dépeuplée, que surplombe un totem du passé toujours intact, ironique miracle, tandis que le solde désolé de ses citoyens guère sereins, descendants dépossédés d’une démocratie à demi, interdite au « deuxième sexe », aux esclaves, aux étrangers, nonobstant éprise de beauté, de pensée, de poétique et de politique, d’où ensuite sa détestation et sa destruction par l’éducation selon Benito l’histrion et les trou...

La Tour Montparnasse infernale

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  Un métrage, une image : L’Imprécateur (1977) Comédie assombrie aux étoiles locales et construite en boucle bouclée, c’est-à-dire en accident dédoublé, anticipé, en replay , pas celui des Choses de la vie (Sautet, 1970), avec déjà Piccoli, plutôt du nouveau Boîte noire (Gozlan, 2021), autre item de corporatisme et de conspirationnisme, ce métrage méconnu mérite à moitié d’être vu. Coadaptateur de Buzzati, ( Le   Désert des Tartares , Zurlini, 1976), au fantastique plus existentialiste, Bertuccelli commit aussi, deux ans auparavant, Docteur Françoise Gailland (1975), médiocre mélo médico-onco qui permit à Annie Girardot de décrocher un César illico . Avocat de la vraisemblance, adepte de la monstration et non de la démonstration, l’idéologie, au tapis, le filmeur éphémère transpose ici un bouquin à succès, dû à un romancier divisé, puisque René-Victor Pilhes, je schématise à dessein, homme de gauche aux activités de droite, passé par l’Algérie et Air France, la CG...

Un chant d’amour

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  Boucle (dé)bouclée, moyen métrage emprisonné, homme protéiforme salué… 1967 : Perrin (dé)peint l’étoile de ses toiles, marin romantique, homoérotique, magnifique, à rendre humides les demoiselles (de Rochefort, d’abord) et (ra)mollir les mecs, même s’ils ne l’admettent, modèle de mélancolie solaire auquel répondra le Querelle (1982) crépusculaire de Fassbinder. 1988 : Perrin se souvient, de l’enfance d’autrefois, du décès du cinéma, déjà, lieu social de lien social, de projection alors artisanale, surtout en Sicile, aussi le cinéaste esseulé pleure de bonheur, devant le bouquet de baisers censurés, laissé en legs par le trépassé Noiret, il en oublie Berlusconi. 2022 : Perrin s’éteint, sans doute serein, à quatre-vingts ans vécus sans perdre de temps, acteur de valeur, financier jamais épicier, documentariste écologiste, cinéphile sincère et sensible. Au ciné, on le vit dans La Vérité (Clouzot, 1960), « Et Satan conduit le bal » (Dabat, 1962), Compar...

L’Homme pressé

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  Un métrage, une image : La Race des « seigneurs » (1974) Delon & Rome en Dior, Moreau en Ungaro, Rich en Smalto. Placement de produit, entre la France et l’Italie, défilé de mode, à la gomme, mannequins malsains, anciens, à rien ? Film funèbre, autofiction de dépression, de compromission, métrage mental, dont la temporalité perturbée, parasitée, annonce celle de Enquête sur une passion (Roeg, 1980). Celui-ci fini, revoilà Theresa, survivante, inclémente, munie d’une cicatrice de trachéotomie, à la Liz Taylor, d’accord. Ici, Sydne d’abord s’endort, ensuite ne se réveille, présente et pourtant partie, à l’infini. Julien, ni serein ni Sorel, se souvient d’elle, (la) pleure à l’extérieur, arrivé encore trop tard, « libéral de gauche » auquel un président de droite fait une offre dédoublée – affaires sociales + industrie, ça vous dit – à ne refuser. Dans sa DS à la Barthes davantage qu’à la Fantômas, au chauffeur qui se fiche des manifs – «...

L’Homme aux yeux d’argent : Trintignant, tout le temps

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  Nonagénaire doux-amer, tendre et vénère… À la mémoire de Gaspard On retrouve souvent Trintignant sur mon miroir dérisoire et déterminant, disons donc au détour de Amour (Haneke, 2012), Été violent (Zurlini, 1959), La Femme du dimanche (Comencini, 1975), Les Pas perdus (Robin, 1964), récemment de Club de femmes (Habib, 1956), Trans-Europ-Express (Robbe-Grillet, 1967), Et Dieu… créa la femme (Vadim, 1956), Le Fanfaron (Risi, 1962). La filmographie de Jean-Louis associe ainsi, sur six décennies, la France à l’Italie, la présence à l’absence, le nombre à l’ombre. Il existe un mystère Trintignant, comme l’énigme intime d’un comédien, acteur, homme immanent, distant, d’un survivant au milieu mais en même temps à la marge de son temps, endeuillé doublement, durablement, médiatiquement. Aucun parent ne devrait avoir à enterrer ses enfants, ce que fit Jean-Louis, époux de Nadine, père de Marie & Pauline. Auparavant, son propre paternel passa par les Baumettes, sa mère...

Je suis timide mais je me soigne : Deux instants dans la vie de Lea Massari

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  Réminiscence de l’évidence d’Anna Maria…    À l’italianophile Jacqueline Il existe un mystère Massari, pas celui d’une star , assez dérisoire, disons d’une actrice accessible et cependant à distance. En 1970, en France, en marge du Festival de Cannes, conférence spécialisée, aux questions à la con, guère à foison, flanquée d’un Claude Sautet quasi en colère, d’une silencieuse, quand même éloquente, Romy Schneider, remarquez ce regard, lourd de ressenti, d’histoire, elle s’assied, elle sourit, elle rit, un bout de papier elle plie puis, tournée vers le cinéaste, elle compatit, quel ridicule désastre… En 1977, en Suisse, valeureuse invitée de Christian Defaye, interlocuteur toujours respectueux, souvent pertinent, ni attaché de presse complaisant, ni psychanalyste pontifiant, elle boit, elle fume, elle s’adosse à son siège, elle porte une paire de lunettes, elle parle d’elle et d’autrui, de son métier, de sa vie, comme rarement une autre, avant ou après, débarrassée ...

Croix de fer

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  Un métrage, une image : L’Aigle s’est envolé (1976) « Anything is possible », en tout cas au cinéma, en particulier cet occasionnel commando improbable, (trans)porté par un casting choral impeccable, mentions spéciales à Duvall, en stoïque colonel Radl (salut à l’ idem Redl, 1985, de Szabó), à Pleasence, en (super) Himmler. Un an avant le Steiner de Coburn du Peckinpah ( Croix de fer , 1977), toujours produit par ITC, pourtant plus « présenté » par Lew Grade, qu’il se console avec l’eugénisme nazi de Ces garçons qui venaient du Brésil (Schaffner, 1978), voici l’homonyme de Caine selon Sturges & Mankiewicz, fifils à son papa et scénariste (officiel ou officieux) pour Cosmatos, Dante, Donner, Hamilton ou Yates, transposant ici le succès littéraire de Mister Higgins. Bien escorté par deux locaux bien connus, à savoir le directeur de la photographie Anthony B. Richmond ( Ne vous retournez pas , Roeg, 1973), la monteuse Anne V. Coates ( Lawrence d’...

Nathalie…

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  Un métrage, une image : Liste noire (1984) Délocalisation du Sudden Impact (1983) de Clint Eastwood, Liste noire donne à voir les retrouvailles à la saveur de funérailles, de représailles, de l’actrice Annie Girardot   et du réalisateur Alain Bonnot, auparavant assistant d’André Cayatte sur Mourir d’aimer (1971), dans lequel l’une des stars de la décennie incarnait la suicidée Gabrielle Russier. Signalons que l’intéressé seconda aussi Jacques Demy sur le set de l’estimable Lady Oscar (1978), avant de vite s’orienter vers la TV, ses innombrables et inénarrables Cordier, Lescaut, Joséphine, femme honorifique et proviseur au féminin, fichtre. Mis en musique par Alain Wisniak, le compositeur du parfait contemporain La Femme publique d’Andrzej Żuławski, photographié par le Jean-François Robin du Rue barbare (1984) de Gilles Béhat et L’Amour braque (1985), revoici Żuławski, doté d’un scénario co-signé par André-Georges Brunelin, le grand copain de Jean Gabin, ...

Le Professeur : Spider

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Valerio Zurlini. La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres. Mallarmé Sous la pluie, toujours à Rimini, revoici Les Vitelloni (1953) de Fellini, cette fois-ci vieillis, grandis, en correspondance avec les Husbands (1970) de Cassavetes, médiocres et immatures amis en détresse, adeptes du fric, du trafic, de la fesse, de la vitesse. Contemporain d’un certain Le Denier Tango à Paris (1972) dû à Brando & Bertolucci, Le Professeur (1972) de Zurlini documente lui aussi la débandade des mâles, dès l’orée d’une décennie pourtant supposée celle des expérimentations sensuelles et de l’interdiction de tous les interdits, pratiquons donc la pédophilie, surtout en compagnie de Dany. Dans trois ans, la loi sur le X surtaxé en France affichée, fi des affiches explicites, vive les titres drolatiques, grâce ou à cause de feu VGE, séducteur ou imposteur, Minos défiera Belmondo, fera Peur sur la ville (...

Le Franc-tireur : Courage fuyons

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  Conflit qui indiffère, silence de l’amer… Western révisionniste seventies , pourtant pas à la sauce US : il ne s’agit plus de réhabiliter les « Amérindiens », de fustiger leur « génocide », plutôt de démystifier les maquisards, de (pour)suivre un suicide. Au cœur du Vercors, Bashung fera le mort, sautera à l’élastique, menteur nocturne de sa Fantaisie militaire à lui. Vingt-six ans auparavant, Léotard incarne de manière mutique un « fils de collabo » cynique, un petit opportuniste venu se planquer chez sa grand-mère, au grand air, y attendre en supposée toute sécurité la fin attendue de la seconde guerre, guère dernière. Mauvais timing , comme dirait le Roeg à l’horloge détraquée de Enquête sur une passion (1980), car les Allemands mitraillant décident d’investir et donc de réduire la forteresse naturelle, sa communauté républicaine. Deux femmes vont faire les frais des funèbres fusillades, l’ancêtre précitée, partie des œufs chercher, la ...

Dans un jardin qu’on dirait éternel : Ça commence aujourd’hui

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  Retour à la perfection ? Parcours de la procrastination… Tea for two and two for tea Me and you and you and me La Grande Vadrouille (Gérard Oury, 1966) On ne changera pas le monde Mais il ne nous changera pas Jean-Jacques Goldman, On ira Pendant vingt-cinq ans, la narratrice apprend à faire du thé, de l’automne au printemps, de l’hiver à l’été. Au-dehors du sanctuaire hebdomadaire, des événements « inimaginables » surviennent, invisible et vaste univers, tandis qu’à domicile sa commerçante cousine si « franche » finit fissa par fonder une famille. Elle-même devient « auteure indépendante », perd son père, en coda accède à la succession des leçons. Toutefois tout ceci, tel le générique aquatique, au thème musical en mineur lyrique, dû à la douée Hiroko Sebu, itou compositrice du score de Je veux manger ton pancréas (Shin’ichirō Ushijima, 2018), semble glisser sur sa serviette en soie à (re)plier puis déplier avec une méticulosité d’in...