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Affichage des articles associés au libellé Georges Franju

La Ménagerie d’hier

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  Exils 189 (21/04/2026) La fin du film identifie enfin l’interprète principal, cependant depuis quatre ans reconnu et apprécié par les spectateurs de Touchez pas au grisbi (Becker, 1954), Razzia sur la chnouf (Decoin, 1955), Maigret tend un piège (Delannoy, 1958), Ascenseur pour l’échafaud (Malle, 1958) ou Montparnasse 19 (Becker, 1958). Autrefois flic ou voyou, bien avant Belmondo, à présent espion, voilà Ventura mis en avant, via un véhicule divertissant, qui relie le film classé policier au film dit d’espionnage, dont le casting choral et l’humour méta annoncent Les Tontons flingueurs (Lautner, 1963) et bien sûr Les Barbouzes (Lautner, 1964). Le « Vieux » de Vanel, monocle en toc vissé à la Meurisse, évoque le « Mexicain » (Dumesnil) du premier, tandis qu’une messe basse d’église l’anticipe aussi. Au lieu du tandem Audiard & Simonin, Le Gorille vous salue bien (1958) se base sur un scénario de Robert ( Marie-Octobre , Duvivier, 1959 ou Le Mo...

Les Démons de Nadia

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  Exils # 84 (19/02/2025) Dans Elles n’oublient jamais (Frank, 1994), l’un de ses premiers films, Nadia Farès malmenait déjà un Thierry Lhermitte en ersatz de Michael Douglas ( Liaison fatale , Lyne, 1987). Dans Storm Warning (Blanks, 2007), elle extermine une famille, un père et deux fils, en Australie, en une nuit. Ce thriller mâtiné d’horreur(s), aux primés effets spéciaux, met aussi un terme momentané à sa carrière, puisque l’actrice des Rivières pourpres (Kassovitz, 2000) ou Nid de guêpes (Siri, 2002) ne reviendra vers le cinéma et la TV qu’une dizaine d’années après, avec à nouveau Lelouch ( Chacun sa vie , 2017) et la série Marseille . Que fit-elle entre-temps ? Peut-être qu’elle « aima », telle Isabelle Adjani, en tout cas elle chanta, comme la cigale de la fable ou la féline d’un clip anecdotique. Anglophone dès Rogue (Atwell, 2007), la voici parmi la « mangrove » d’Everett De Roche, scénariste souvent salué sur ce site, dont le script tr...

Furst and Furious

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  Exils # 23 (04/03/2024) Burton un brin de Batman se balance, se soucie à demi de sa « souris volante », sinon comme (Love, Prince en pince, Kim opine) symbole d’anormalité normalisée, soumise aux mondanités, Bruce l’argenté matrice d’Edward aux mains argentées ; le défilé friqué, à pognon empoisonné, à « mourir de rire », indeed , évoque davantage Les Rapaces (von Stroheim, 1924) que la conclusion à la con du capitaliste Alice ( au pays des merveilles , 2010), remémore idem le bibendum maléfique du contemporain SOS Fantômes 2 (Reitman, 1989), maousse némésis en rime. Exit donc le nihilisme à la Miller puis le psychologisme à la Nolan, même si revoilà le trauma , éternelle tarte à la crème d’un certain cinéma des USA (du chocolat à carie de Charlie, oh oui), bien sûr à dépasser, à trépasser, tel le Jack dédoublé, auquel son rire increvable et mécanique cependant survit. Tout ceci se situe in extremis , sans malice, au sommet ou sur le seuil de la...

Le Voyeur absolu

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  Maintenant des images-mots, une demoiselle de « machine de compagnie » bientôt…   Des visages. Des paysages. Des preuves. Des produits. Tout ceci se visite sur un seul site : Brieuc Le Meur Photography . Tout ceci séduit, élargit l’horizon et l’esprit, permet de se déplacer immobile, de déplacer les lignes, celles de la perspective, celles de la prospective. Les images du photographe ne ressemblent dès lors à des natures mortes, même s’il exerce, fi de frontières, un art de toute façon funéraire. Elles incitent au récit, elles racontent quelque chose de sa vie à lui, aussi. En couleurs, en noir et blanc, de face, de profil, les portraits immanents défilent, ceux des femmes dotés d’un érotisme subtil, ceux des hommes d’une convivialité bonhomme. Les modèles, tout sauf modèles, non formatés, non faisandés, nous regardent sans prendre garde, sans être déifiés, se défier, photographies de confiance, de connivence, de sourires, de désirs. Dans En marge , son auto...

Un drôle de paroissien : La Part des anges

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  Si l’habit ne fait le moine, le regard transforme le monde…   Mocky jamais ne se moqua de la foi, sans cesse de son commerce, avec évidemment l’acmé du Miraculé (1987). Mocky & Moury, co-scénariste attitré, signataire aussi de L’Affaire d’une nuit (Verneuil, 1960), transposent ici, en sa compagnie, un bouquin de Michel Servin, à l’intitulé latin : Deo gratias . Mocky confie le montage de ses images à Marguerite Renoir, qui travailla sur Snobs ! (1962), qui travaillera sur La Grande Frousse / La Cité de l’indicible peur (1964). Quant à la musique, rieuse ou religieuse, voilà Kosma. Dans Un drôle de paroissien (1963), on aperçoit le copain Jean Poiret, la compagne Véronique Nordey, on voit surtout Bourvil, acteur complice et docile, sans doute surpris du succès d’un film qu’il aida à financer, sans doute reconnaissant du (rem)placement (de Fernandel), dû à un certain Gabin. Face à l’aristocrate paresseux, dépossédé, pas à court d’idées, d’abord brebis éga...

La Maison aux fenêtres qui rient

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  Un métrage, une image : Les Nuits de l’épouvante (1966) Beau giallo cadré au cordeau, doté d’une admirable direction de la photo, ce métrage méconnu possède aussi une direction artistique soignée, une distribution chorale impeccable et impliquée. La lama nel corpo , titre explicite, se souvient évidemment des Yeux sans visage (Georges Franju, 1960), de sa défiguration, de ses greffons, de sa culpabilité décuplée, les délocalise du côté de « Morley », au dix-neuvième siècle dernier. Au creux d’une clinique psychiatrique pas catholique, une femme en noir, munie d’un rasoir, fait taire une muette, lacère une biographie de Stuart Mary, s’en prend à une maîtresse- chanteuse française et onéreuse. Au plafond, la sœur recluse tourne en rond, bonne utilisation du son. Un chat immaculé, empaillé, un schizo au cachot, un troglodyte tombeau, un accident, pas vraiment, à la chaux, constituent les accessoires d’une histoire de jalousie, d’asphyxie, d’explication, de pardon...

Bunker Palace Hôtel

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  Un métrage, une image : Gehenna: Where Death Lives (2018) Pourvu d’un sous-titre choc et chic, ce premier film d’un admirateur d’Osamu Tezuka, spécialiste des effets spéciaux et character designer adoubé, car Hiroshi Katagiri bossa pour Stan Winston, Steven Spielberg, Guillermo del Toro ou Sam Raimi aussi, carbure à une malédiction de colonisation, à la culpabilité décuplée, accessoirement aux couloirs de mouroir. Une petite équipe en quête de touristique, d’exotique, se retrouve vite à l’intérieur d’un bunker, d’un tunnel tout sauf of love , Bruce Springsteen en déprime, idiotisme itou classé X, lexical, anal. Pas de sexe ici, tant mieux, tant pis, juste le passé jamais (tré/dé)passé, qui ressuscite et resurgit, puisque sous le paradis et la plage s’agitent la guerre et la rage. Muni d’un caméscope ad hoc , notre team antihéroïque se fait affoler fissa, souviens-toi, selon un paradoxe temporel cohérent et cruel. Commencé comme Les Yeux sans visage (George Fra...

Paulette

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  Un métrage, une image : Adieu… Léonard ! (1943) Pour Jacqueline & Jacqueline À croire Houellebecq un « con », allons bon, j’avoue volontiers que Jacques le scénariste m’indiffère, son dialogue de Remorques (Grémillon, 1941) je vois à travers, à propos des Paroles pas drôles du piètre poète je préfère me taire, par pure charité littéraire. Pourtant, puisque invitation à sa découverte signée de la cinéphile Jacqueline, je visionnai vite le métrage méconnu, dont nul ne se lamente, en tout cas pas moi, qu’il le demeure à cette heure. Point Continental production, ce conte à la con, bis , cristallise donc la pseudo-pensée politique de Prévert, qui confond à fond anarchisme et crétinisme, romantisme et sentimentalisme. Histoire d’un assassinat sans cesse imposé, refusé, repoussé, Adieu… Léonard ! constitue comme un codicille anecdotique au Crime de monsieur Lange (Renoir, 1936), autre titre préoccupé par la communauté, le cœur, le labeur, le meurtr...

Le Beau Serge

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  Un métrage, une image : La Faute de l’abbé Mouret (1970) Mouret mourait, Albine le ranime : l’abbé amnésique, serviteur cadavérique, convalescent désarmant, découvre les délices d’un jardin évidemment édénique, verse sa sève au sein si saint de sa nouvelle Ève ; (sur)veille hélas le dégueulasse Archangias, mauvais archange in extremis châtié de manière ad hoc à la van Gogh. Co-adapté par Jean Ferry, collaborateur de Clouzot & Christian-Jaque, aussi scénariste du vampirique Les Lèvres rouges (Kümel, 1971), éclairé par le fidèle DP Marcel Fradetal, musiqué par Jean Wiener, Zola au cinéma cette fois ressemble à ça, à un conte défait de fanatisme provençal. Premier film en couleurs de Franju, ici assisté de Bernard Queysanne, La Faute de l’abbé Mouret s’ouvre sur une scène de sexe champêtre et comporte deux poitrines topless , nous voici bel et bien sur le seuil des explicites seventies . Mais comme le contemporain David Lean de La Fille de Ryan (1970),...

La Femme nue et Satan : La Tête dans le carton à chapeaux

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  Seconde chance ? Secrète errance… Un an avant Les Yeux sans visage (Franju, 1960), autre histoire noire d’effroyable greffe féminine, La Femme nue et Satan (Trivas, 1959) s’apprécie pour ainsi dire en point de suture entre La Fiancée de Frankenstein (Whale, 1935) et The Brain That Wouldn’t Die (Green, tourné itou en 1959, sorti en 1962). Il s’agit aussi, à sa façon, d’une expressionniste préfiguration du plutôt pop « Krimi » teuton, pourvue d’un titre trompeur et pourtant pertinent : pas de pépée à poil, rien du Malin, mais un estimable mélodrame moral, à base d’art et de science, de corps et de décor, de construction et de destruction. Secondé par le production designer Hermann Warm, jadis au service de Wiene ( Le Cabinet du docteur Caligari , 1920), Lang ( Les Trois lumières , 1921), Murnau ( Le Fantôme , 1922) ou Dreyer ( La Passion de Jeanne d’Arc , 1928 + Vampyr , 1932), flanqué du directeur de la photographie Georg Krause ( Les SS frappent la n...

Les Misérables : Germinal

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  Le dénuement du beuglement… Comme avec Germinal (Berri, 1993), représenter la pauvreté coûte beaucoup et pourtant rapporte encore plus, ne le niera l’acclamée, oscarisée, Anne Hathaway. D’une morte-vivante à la suivante : dans le plutôt plaisant Les Passagers (García, 2008), l’actrice, in extremis , prenait conscience de son décès, l’acceptait, en écho, tout là-haut, à la terrestre noyée motorisée, assourdie puis dessillée, du sensoriel et financé en bouts de ficelle Carnival of Souls (Harvey, 1962). Selon Les Misérables (2012) à succès du sieur Hooper, Tom, exit Tobe, la revoilà relookée en performeuse malheureuse, coiffée, costumée, maquillée à la mode de l’au-delà, un chouïa à celle de la Shoah, toutefois point celui, féminin, fiévreux, refroidi, de Lucio Fulci (1981). Fantine ne vit « parmi la terreur » transalpine, majuscule hexagonale optionnelle, elle survit au milieu de l’horreur, échangeant ses cheveux, vendant ses dents, se prostituant pour son...

George de la jungle : Tristesse et liesse de Méliès

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  Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur treize titres de Georges Méliès. Sa société disparaît en 1913 et le cinéaste décède en 1938 : à la double césure calendaire de mondial drame militaire s’associent vite un veuvage, le trépas de sa progéniture, celui d’un frère d’affaires, de conflit financier, à New York acclimaté, en Corse intoxiqué, en plus du piratage, du protectionnisme et des procès US, peste, de la ruine, du recyclage – films d’un fier fabricant de chaussures fissa transformés en talonnettes suspectes pour piteux Poilus, nul ne sourit de l’ironie – et du placard d’une gare, sucré, à jouets, impasse à Montparnasse, amnésie de l’industrie, précédant la retraite mutualiste du milieu en mutation et la coda d’un cancer , alors quasi octogénaire. Avec tout ceci, on n’espère, on désespère, on repense davantage qu’à Verne à Zola, oui-da. Mais Méliès, artiste lucide, artisan stakhanoviste, peu capable ou coupable de capitalisme, a contrario de Charlot, a...

Terreur à l’opéra

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  Un métrage, une image : La Malédiction de Belphégor (1967) Merci à Jacqueline Waechter « Il tape fort, Monsieur Belphégor ! » : la petite production paupérisée espérait probablement profiter du plébiscite de Belphégor ou le Fantôme du Louvre , fameux feuilleton diffusé sur l’ORTF en 1965 – elle fit toutefois un flop et son scénariste/réalisateur, déjà responsable de l’ a priori redoutable Raspoutine (1954), idem item franco-italien, Pierre Brasseur embarrassé en parasite du tsar, agité en rances transparences, s’en retourna fissa financer une flopée de films X, aux titres très drolatiques et very seventies . Aussi résistant et exploitant, il signe ainsi un croisement du Fantôme de l’Opéra dû jadis à Leroux, mémorable roman musical et romantique, dont les multiples adaptations cinématographiques se dispensent souvent de souligner la dimension humoristique, à l’exception du sarcastique De Palma ( Phantom of the Paradise , 1974), de Fantômas (Hunebel...