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Affichage des articles associés au libellé Robert Aldrich

Le Carrosse d’argent

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  Exils # 136 (21/10/2025) « It’s a long way to Vera Cruz » déclare Denise, « comtesse » d’opérette, complice et médiatrice, Française en Amérique, mais le film va vite, linéaire et mortifère, aussi solaire qu’un cimetière. Davantage que faire (re)surgir le souvenir de Ford ( La Chevauchée fantastique , 1939), Vera Cruz (Aldrich, 1954) préfigure Il était une fois dans l’Ouest (Leone, 1968) et La Horde sauvage (Peckinpah, 1969), pas seulement parce que Bronson, alors au générique sous son patronyme d’état civil, idem mutique, y joue déjà de l’harmonica, que Borgnine l’accompagne. Le réalisateur tout sauf mineur d’ En quatrième vitesse (1955), Le Grand Couteau (1955), Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (1962), Les Douze Salopards (1967), L’Empereur du Nord (1973) ou Bande de flics (1977), liste subjective, s’y affirme en effet en styliste assumé, capable d’accumuler les figures homonymes, avec une pertinence et une précision qui participent de sa séd...

L’Enfer des armes

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  Un métrage, une image : Eastern Condors (1987) Un soupçon des Douze Salopards (Aldrich, 1967), une pincée de Portés disparus (Zito, 1984), un virage vers Voyage au bout de l’enfer (Cimino, 1978) : Sammo Hung (re)connaît ses classiques, cependant ne les duplique, pas davantage ne délivre la matrice apocryphe et obsolète de Une balle dans la tête (Woo, 1990). Doté d’un tandem d’incontournables homonymes du cinéma de HK de ce temps-là, à savoir le scénariste Barry Wong ( À toute épreuve , Woo, 1992), le directeur de la photographie Arthur Wong ( La 36e Chambre de Shaolin , Liu, 1978, Il était une fois en Chine , Tsui, 1991), le réalisateur de valeur de L’Exorciste chinois (1980) ou First Mission (1986) signe en résumé un cocktail guerrier aux tonalités mêlées, comme seul l’écran hongkongais savait les concocter, les doser. Véritable cinéaste, il soigne chaque cadre ; star pas uniquement locale, il possède assez de générosité pour ne limiter les membres de...

Blood Diamond

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  Un métrage, une image : Vivre pour survivre (1984) Famille en fuite, soldats de sous-bois, ralenti de condamnation, travail sur la bande-son : le prologue presque impressionne, on peut penser, pourquoi pas, à Ne vous retournez pas (Roeg, 1973) puis au Vieux Fusil (Enrico, 1975), puisque Jean-Marie Pallardy, caméo en mari, se fait fissa et in fine enflammer, dut avoir très chaud, au propre, pas au figuré, en écho au cascadeur de la coda, idem incendié pour de vrai, point d’effets numériques, du feu affirmé, choc et chic. Ensuite, ça se calme, mais ça ne désarme, le « feu blanc » du diamant géant, irradiant, telle la boîte (de Pandore, d’accord) atomique de En quatrième vitesse , Aldrich, 1955), attise la décuplée convoitise, celle d’Olaf, manageur de mine amical, à combinaison spatiale, à Gordon Mitchell minéral ; celle de Sophia, transalpine émasculatrice, démunie de merci ; celle itou d’un policier ripou, auquel Fred Williamson, qui paraît beauc...

L’Équipée sauvage

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  Un métrage, une image : Les Démons du passé (2017) Ce (télé)film infime et intime possède un prologue de prière, au Père amer, un prêtre de pénitencier, une valeureuse veillée, à bougies allumées, à vitrail coloré, because collègue blessé, vite tiré pas assez, un crucifix à proximité du lit où Rita se rétablit aussi, pas la sainte homonyme, mais comme elle portée sur la causes ou les cas désespérés, qui vient de se faire à domicile tabasser, viol de justesse évité, Timo minot miro, illico recueilli par la voisine voilée. Pourtant, pas un soupçon de rédemption, Scorsese & Schrader ne décolèrent, car notre anti-héros, en sourdine raciste molto, Turcs et Roumains, mêmes vauriens, dommage pour le sociable Barat arménien, lui-même à tort accusé, par deux Blacks alcoolisés, de nazie nostalgie, replonge presque aussitôt, esquisse un sourire de plaisir, assis, à l’agonie, bastos dans le bide, sur sa grosse moto, avant d’être avalé par la nuit infinie de guère généreus...

Sciuscià

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  Un métrage, une image : M (1951) Remake merdique ? Matrice apocryphe, puisque Psychose (Hitchcock, 1960) s’y profile, même les mannequins du Baiser du tueur (Kubrick, 1955), d’ailleurs. Ni M le maudit (Lang, 1931), ni Furie (Lang, 1936), M s’avère assez longuet, ponctué d’annotations drolatiques, décontractées, surtout sises au sein du Bradbury Building, bâtiment au baroque amerloque, dont le vide évident, l’agitation sans tension, symbolisent ainsi, ironique métonymie, ceux d’un film qui frise l’inutile. Losey glosait à Ciment son désir de se démarquer du modèle allemand, son parti pris d’opposer un individu « malade » à une société « coupable », d’en plus portraiturer le « produit » de la « matriarcale et matérialiste petite classe moyenne américaine », amen . En 1974, face à Friedkin, Fritz se défendit de s’être soucié de sociologie, a fortiori pré-nazie ; face au freudisme risible, pléonasme, du « sch...

La Môme vert-de-gris

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  Un métrage, une image : La Fille de Hambourg (1958) Par et pour Jacqueline Ils boivent à la santé Des putains d’Amsterdam De Hambourg ou d’ailleurs Enfin ils boivent aux dames Brel Bientôt pornographe, le réputé Bénazéraf imagine un moment minuté, à réveil envolé, à manteau démodé, d’amitié tourmentée. Comme dans le contemporain Sueurs froides (Hitchcock, 1958), un idéaliste triste souhaite ressusciter le passé ripoliné, périt en proie à l’impitoyable « principe de réalité ». Le cinéaste anglais relisait Eurydice & Orphée ; l’estimable Allégret ne se moque de Tristan und Isolde. En coda, Maria se suicide aux somnifères, s’endort du « grand sommeil » en souriant, son amour invisible serrant, pendant que Pierre décède sur son palier, à quelques centimètres à peine de la porte bouclée. Auparavant, instant assez superbe et poignant, en sus symbolique, sinon didactique, il épongeait, contre son gré, la catcheuse malheureuse et boueuse...

The Beast in the Cellar : 1917

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  Hostilités domestiquées ? Folie fraternelle… James Kelly écrivit pour la TV, dirigea deux titres au ciné, décéda dans sa quarante-septième année. Mal reçu à sa sortie, par la Tigon produit, société classée spécialisée, des plus connues Amicus & Hammer au côté, The Beast in the Cellar (1970) ne manque de qualités, mérite quelques lignes. Disponible en ligne, visionné en VO non sous-titrée,  practise your English, please , ce mélodrame à deux dames, davantage qu’à deux balles, constitue donc un huis clos, tout sauf falot, s’affirme en fable assez affable, à propos de passé qui ne saurait passer, plutôt trépasser, « poor thing », en effet. Tandis que des bidasses en série se font fissa décimer, que la police enquête, un peu perplexe, au sujet d’un « human animal or animal animal » s’interroge, dialogue guère morose, concentré d’humour macabre anglais, déroulé au-dessus d’une dépouille dépiautée, cependant invisible, puma ou léopard, à vous de voi...

Meurtres sous contrôle : Dirty God

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Un blasphème ? Un diadème. En 1976 sortent aux USA deux films sur la foi : Carrie au bal du diable de Brian De Palma et Meurtres sous contrôle de Larry Cohen. Moins (re)connu que le premier opus en partie préoccupé par de mémorables menstrues, le second mérite cependant son exhumation, sinon sa consécration, terme convenable, connoté, contextualisé. Précisons que la césure impure du récit structure cet ouvrage tout sauf sage, souvent impressionnant, parfois poignant – on passe ainsi peu à peu du public au privé, de l’anonymat au singulier, sens duel. Lorsque Peter, futur (mauvais) ange exterminateur, vengeur, pour l’instant stratège diplomate, se hisse auprès du tireur perché en hauteur, atteint de tendances suicidaires, saut dans les airs, durant le prologue surprenant, voire tétanisant, leçon de réalisation, d’outrage(s) et de (dé)montage, ouverture en état d’urgence rappelant/présageant celle du pareillement apocalyptique Zombie (George A. Romero, 1978), il pr...

Solo : Nada

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jean-Pierre Mocky. Programmation posthume, Solo (1969) commence comme se termine La Cérémonie (Claude Chabrol, 1995), par un massacre magistral, une leçon d’assemblage-dégommage. Ensuite, passée une maquette de paquebot suspecte, le concertiste en costard noir dissimule les diamants dérobés, s’allonge, content, en position de gisant : dès cet instant, le spectateur un peu attentif devine vite quel destin, guère serein, s’abattra in extremis sur cet ersatz d’Arsène Lupin, piégé par un frangin parisien, déjà « radicalisé », dirait-on aujourd’hui. Tourné à Reims, financé par un certain Taittinger, notez le placement de produit discret, connaissant un œcuménique succès, critique, public, ce film rapide, un brin insipide, doit davantage au cauchemar qu’au « film noir », à Robert Bresson qu’à Bob Aldrich. Au milieu de « modèles » anonymes, d’une mécanique idéologique, Mocky repass...

Panic Beats : Les Nouveaux Monstres

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Héritage d’outrages, modernité des antiquités… Ouverture valeureuse : guère servant, un chevalier à cheval châtie son épouse à poil, femme infidèle, suppliante, chassée puis massacrée en forêt, à la nuit tombée, en travellings latéraux et POV casqué, au sein du bleu presque Klein typique de l’imagerie horrifique des années 80 – disons donc que Horror Rises from the Tomb (1973), premier volet des mésaventures d’Alaric de Marnac, rencontre En quatrième vitesse (Robert Aldrich, 1955), idem débuté par la course nocturne d’une traquée peu couverte. Ensuite, Paul Naschy, redevenu Jacinto Molina, adresse un clin d’œil de question à Rebecca (Alfred Hitchcock, 1940), à sa gardienne de maison à frissons, tandis que la mariée alitée, bientôt macchabée, lit le bouquin d’un certain Fischer, tel Terence. Enfin, Panic Beats (1983), titre explicite, retravaille l’intrigue cardiaque et méta des Diaboliques (Henri-Georges Clouzot, 1955), double baignoire tombale et lentilles oculair...

La Fin du monde : Notes sur le néant au ciné

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Refrain de la fin, répliques apocalyptiques. The Universe is a plot of God Edgar Allan Poe Eureka: A Prose Poem (1848) Déjà tard mais pas trop tard À toi de voir à toi de croire Téléphone Le Jour s’est levé (1985) Le cinéma meurt demain et tu n’en savais rien. Le cinéma meurt avec toi et nul ne le saura. Comme les belles boisées endormies les films se réveillent et se raniment l’instant d’un baiser visuel. Puis ils retombent dans l’oubli qui ne nous oubliera pas. Ainsi va la cinéphilie jolie. Ainsi périssent les empires pas seulement de la tristesse crus à tort éternels. De la poussière à la pellicule et l’inverse. De l’évolution de l’espèce épuisante à la suppression de l’ensemble des données disponibles. La Terre retrouvera sa virginité avant de s’évanouir mais plus personne pour survivre et filmer le fondu au noir définitif. Déjà nous sauvegardons nos restaurations sur des supports problématiques sinon promis à la célèbre obsolescence programmée. Déjà n...