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Affichage des articles associés au libellé Brad Anderson

La vie est un long fleuve tranquille

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  Un métrage, une image : Madres paralelas (2021) Pendant le prologue, Penélope se prend un peu pour Faye ( Les Yeux de Laura Mars , Kershner, 1978), Cecil Beaton contre Helmut Newton, puis se soucie subito du squelette d’un ancêtre. Le cinéaste septuagénaire ainsi déterre les fossiles du franquisme, marronnier mimi de l’ in situ cinématographie, sorte de Vietnam d’Espagne, citons les noms d’illustrateurs illustres, ceux de Buñuel ( Viridiana , 1961), Saura ( La Chasse , 1966), del Toro ( L’Échine du Diable , 2001 + Le Labyrinthe de Pan , 2006) ou Malraux ( Espoir, sierra de Teruel , 1940), Loach ( Land and Freedom , 1995), Aurel ( Josep , 2020). En vérité, la division passée, presque sous silence, recherche de hochet, d’alliance, se réduit à un moralisme intime, intimiste, bancal, national, assorti d’un soupçon de saphisme, sur le Summertime de Janis Joplin. Téléfilmé, anémié, désincarné, dépassé, Madres paralelas enfonce des portes ouvertes alors qu’il ...

Le Coup de l’escalier : Frissons de Frenzy

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Marche ultime, démunie d’hémoglobine… Restons donc en terre-à-terre Angleterre, selon cette démonstration de suggestion. Après Le Rideau déchiré (1966), son assassinat impossible, étiré dans la durée, la trivialité, sinon l’hilarité, puisque tuer, en vérité, prend du temps, s’affirme difficile, a priori pour Paul Newman, voici l’invisible, la férocité en filigrane de Frenzy (1972). Rentré chez lui, au pays, au quartier, Alfred Hitchcock y supprime en douceur la dear Anna Massey, jadis au générique du Voyeur (Michael Powell, 1960) et Bunny Lake a disparu (Otto Preminger, 1965), longtemps ensuite de The Machinist (Brad Anderson, 2004) et Crimes à Oxford (Álex de la Iglesia, 2008). Doté d’une diabolique blondeur, Barry Foster ( La Bataille du Rio de la Plata , Powell & Pressburger, 1956 ; La Fille de Ryan , David Lean, 1970) incarne avec une menaçante onctuosité un serial killer doublé d’un violeur, porté sur les cravates, parfois les patates. Le DP anglais Gil...

Forget Me Not : Tu oublieras le cinéma

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  « Fondu au noir » ou « nouvel espoir », dernière esquive ou vertus du vide…  Je ne considère pas qu’un comédien puisse prendre la place d’un autre : on peut être oublié bien sûr mais c’est autre chose. Nous sommes tous condamnés à cela… C’est une question qui ne me hante pas, j’accepte cet ordre des choses. C’est tellement bon d’avoir déjà eu droit à un peu de lumière ! Omar Sy, dossier de presse du Prince oublié D’après Godard : grâce au ciné, les valeureux souvenirs, via la TV, surtout celle de Vidéodrome (David Cronenberg, 1983) et sa sommité homonyme, spécialiste cathodique pas très catholique, le vain oblivion ? Pas tant évident, moins manichéen, car le cinéma suscite aussi sa sienne amnésie. Dans Le Voyage , souviens-t’en, justement, un Baudelaire mortifère réclamait en coda du « nouveau » fiché « au fond de l’Inconnu », c’est-à-dire de l’autre côté du tombeau. Les distributeurs répondent en chœur, le public l’imite – chaque ...

Le Secret des Marrowbone : Le Château de ma mère

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Moelle d’âme, forteresse de Bettelheim ou Michael Mann, ligne à franchir, à écrire. Un territoire, un manoir, un miroir : nous voici de retour au pays des souvenirs, dirait Mickiewicz, et bien sûr de la cinéphilie, en particulier espagnole. Le triple secret du film, mère mobile, malade, morte, père truand, incestueux, assassin, survivant à personnalités multiples, n’importe quel spectateur des Autres et de L’Orphelinat le connaît, le reconnaît. Nulle surprise puisque le scénariste du second, Sergio G. Sánchez, rédige et réalise Le Secret des Marrowbone , que produit d’ailleurs Juan Antonio Bayona, que met en musique Fernando Velázquez, que monte Elena Ruiz, tous les trois déjà au côté de la belle Belén Rueda, autre mère malheureuse à progéniture de sépulture. Rien de neuf en matière de fantômes, de famille, de présent empoisonné par le passé, de culpabilité partagée à conjurer, à évacuer ? Oui et non, car le mélodrame, terreau de l’horreur, on ne cessera de le rép...

The Machinist : Insomnia

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Travail à la chaîne, temps modernes d’une comédie noire, mécanique du mea culpa … Tout le monde veut savoir comment va Trevor Reznik (transparent clin d’œil de Scott Kosar à Trent Reznor + patronyme judéo-tchèque désignant le métier de… boucher), de la prostituée au patron en passant par la serveuse. En vérité, malgré son doux déni, Trevor va très mal, il dit d’ailleurs ne plus dormir depuis un an et sa vie de zombie , à vrai dire, s’apparente à un rêve éveillé, à un cauchemar diurne. La première fois que l’on voit Christian Bale (pas encore Bruce Wayne, auparavant Patrick Bateman pour l’insipide et soporifique American Psycho selon Mary Harron), derrière une baie vitrée, l’acteur fait peur, avec ses joues creusées, ses blessures faciales, sa chemise à sinistres rayures de rescapé d’Auschwitz. Il se donne à voir en pure image décharnée, en personnage isolé dans la solitude d’un cercueil de verre , formulerait Ray Bradbury. Quelques lumières se reflètent sur la vitre, mais l...