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Affichage des articles associés au libellé Jerome Robbins

Éducation en glaise

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  Exils # 64 (10/12/2024) Projeté en VF vintage , pour un petit public enfantin et féminin, Mary Poppins (1964) ressuscite et revient, redescend du ciel avant d’y remonter éternelle. Avouons : votre serviteur s’y présentait sans passion, presque à reculons, n’attendait rien de très bon, ne se souvenait de chansons jadis déjà et aujourd’hui encore à la con. Mais le métrage de Disney & Stevenson mérite mieux que l’amnésie ou la nostalgie. Certes, sa suffragette simplette, vite soumise au déplaisir du mari, rendra furieuses les féministes, tandis que la critique anticapitaliste ne contentera les autoproclamés Insoumis. L’intérêt secret de cette pâtisserie douce-amère à colossal succès réside ailleurs, dans un anarchisme British , une mélancolie assourdie. Le spectateur moqueur ne redoute que la nounou noircie aux grandes dents blanches, aux pieds écartés à cent quatre-vingts degrés, subisse sur les toits, rime chorégraphique à l’urbanisme ethnique de West Side Story (Rob...

Rudolf en force

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  Exils # 6 (16/08/2023) Aussi sublime que la célèbre séquence de danse épuisante et enivrante des Chaussons rouges (1948) ? Presque, par procuration, en raison d’une captation pas trop à la con. Chez Powell & Pressburger, la bien mais mal-aimée sorcière Moira Shearer on s’en souvient se suicidait, in extremis et sans malice sur un tracé ferroviaire sautait, écartelée entre l’art et l’amour, entre deux mecs trop (mal)honnêtes, sommée de (se) décider, donc de décéder, in fine se sacrifier, même si fi de misogynie ici, n’en déplaise à la spécialiste Margaret Atwood, au regard en déroute. Parmi Shakespeare revisité par Noureev, on continue à déclarer encore je t’aime, toutefois on diffère de dilemme : aux amants épris et passionnés dès l’orée, love at first sight , nous dit Kylie, la rivalité familiale et la mise en scène funèbre de mise en abyme théâtrale s’avèrent en effet fatales, la fidélité d’un philtre factice, religieux, à la Tristan & Yseult, indémodables modè...

Est-Ouest

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  Un métrage, une image : Un, deux, trois (1961) Coca (-Cola) et cocos (pas qu’à Cuba), Nikita (Khrouchtchev) & Ninotchka (Ernst Lubitsch, 1939), Otto (prénom palindrome, relooké illico ) & MacNamara (dépassé papa, surpris par Pepsi) : le titre programmatique, rythmique, multiplie les paires (les pères un peu patibulaires) d’adversaires, lui-même dû à un tandem (Diamond & Wilder se souviennent aussi, en sourdine, de l’arrivisme adultère de La Garçonnière , 1960). Le cinéaste ainsi se soucie de Marx (Groucho) & Marx (Karl), (re)visite une ville vive et en ruines, se fait in fine rattraper par une érection (murale, brutale, lamentable) plutôt propice à la scission, à l’hallucination, à la perversion de Possession (Żuławski, 1981), qu’à l’excitation de saison, causée par la callipyge, perruquée, espiègle secrétaire de l’excellente « Lilo » Pulver ( Le Temps d’aimer et le Temps de mourir , Sirk, 1958). La précision impériale des cadres conf...

Airport

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  Un métrage, une image : Dans la souricière (1959) À la suite du Fils (Pierre Granier-Deferre, 1973), retour de long cours, reflet de frères fraternels guère, belle-sœur de bonheur-malheur, chevelure à chavirer, viol conjugal à éviter. La pancarte patraque le matraque à Widmark : « All laws strictly enforced », à Tula, ça rigole pas. Western moderne, dont la dimension œdipienne s’inspire à l’évidence de celle du récent À l’est d’Éden (Elia Kazan, 1955), The Trap piège le spectateur dès le début bienvenu, jusqu’à l’épilogue over the top , en écho a contrario au nordiste Hitchcock ( La Mort aux trousses , 1959). Le caïd à transalpin patronyme, désenchanté, de sa réputation de « démon » et de ses rivaux rajeunis « fatigué », veut s’enfuir via un avion d’occasion, au sein d’un désert austère, carrément caniculaire, ses types postés sur les collines, idem déguisés en flics hypocrites. L’avocat en costard doit servir de guide, conva...

Grand Prix : Go Fast

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  Du futurisme, en Ferrari, un écho à Monaco ? Plutôt l’expertise holistique de Saul…    Moins connu que ses remarquables contributions à disons L’Homme au bras d’or (Preminger, 1955), Autopsie d’un meurtre (Preminger, 1958), Sueurs froides (Hitchcock, 1958), La Mort aux trousses (Hitchcock, 1959), Psychose (Hitchcock, 1960), Spartacus (Kubrick, 1960), West Side Story (Robbins & Wise, 1961), Les Nerfs à vif (Scorsese, 1991) ou Le Temps de l’innocence (Scorsese, 1993), le générique de Grand Prix (Frankenheimer, 1966), bien sûr signé Saul Bass, constitue quand même un chef-d’œuvre de poche, un modèle de commencement, une séquence en soi dont célébrer la maestria. Le graphiste renommé recroise donc la route du réalisateur presque amateur de Mon père, cet étranger (1957), ensuite de L’Opération diabolique (1966), items auxquels il collabore encore. Après le fameux mammifère de la MGM, la mention copyrightée du « Cinerama », le bref défilé des...

Le Sexe qui parle : L’amour est une fête

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Réputation usurpée ? Item à recommander… Film schizophrénique jusque dans sa forme, cf. les inserts directs, les doublures de césure, mélange des régimes érotiques/pornographiques, voilà un portrait de femme tourmentée, à la libido divisée. Victime d’attouchements en famille, prostrée par un presque parricide, Joëlle ne jouit plus. Pire, son sexe se met soudain à causer, à l’insulter, à la diriger, à la mener par le bout du nez, à prendre son pied, à raconter à son mari médiocre, démuni, son passé osé, masturbatoire, blasphématoire. L’adolescente suce ainsi un tennisman, se déflore en compagnie de Pinocchio, avale en tandem un surveillant surmembré, s’enfile sur un curé au confessionnal, fichtre. Ensuite, désormais, elle glisse un billet parmi l’intimité touchée d’une blonde inconnue, suivie dans la rue, s’occupe via sa voie buccale de son assistant sidéré, pratique un onanisme somnambulique, en petit public hypocrite, stupéfait, prend en main deux spectateurs de sal...