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Affichage des articles associés au libellé Michel Houellebecq

Chut chère Charlotte

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  Exils # 184 (31/03/2026)   Adorno déclarait la poésie impossible à la suite d’Auschwitz : le recueil de Delbo le contredit, démontre en douceur oppressant le cœur que l’on peut (d)écrire l’« indicible », formuler l’« in-nommé », ramener des images du voyage vers l’inimaginable. Dépecée jusqu’à l’os, délestée de pathos, sa mise en mots lyrique de la « plus grande tragédie » séduit par ce qu’elle (re)dit, par ce qu’elle tait, ce que la rescapée seule connaît, connaissance d’exil, à rendre « inutile » celle du monde au-delà du camp, aux curieux « méticuleux » ou amoureux à peine vivants, incapables de comprendre, d’écouter vraiment, donc questionnant. Si la survivante de Ravensbrück mis vingt ans à publier le récit de sa déportation, au titre explicite, Aucun de nous ne reviendra , nul étonnement, uniquement la « détermination » de l’« exigence », de l’inactualité, du livre rédigé pour durer, à l’opposé de l’amnésie du journalisme....

Le Paradis du poulet frit

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  Exils # 15 (15/01/2024) Façon La Modification , tel le type de L’Exorciste (bien nommé Friedkin, 1973), vous levez la tête vers la porte-fenêtre du KFC déserté. Une fois franchies les tables, nul ne s’y installe car à l’extérieur, vous tirez la rétive porte d’entrée, enseigne ouverte ce vendredi jusqu’à vingt-trois heures. Dès le hall , ça sent l’huile, derrière le comptoir, moins qu’un autre soir, ça s’active en cuisine. Vos doigts se réchauffent du froid, pianotent sur l’une des quatre bornes, où tournent en boucle les publicités spécialisées, apparaissent les produits à commander. Vous optez pour le menu le plus modique, burger de tenders , cheddar fondu, salade + sauce ketchup et ranch , quelle chance, auquel vous ajoutez une barquette de frites en quartiers, elles-mêmes accompagnées de bacon et sauce raclette, chouette, soda sombre en boisson, glace au caramel en dessert. Au rez-de-chaussée, le personnel épelle à la chaîne les numéros enregistrés, en train d’être trai...

Pétrole

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  Roman de gare et de grand désespoir ? Récit de vie et vue d’ici…   Premier essai, au prix biarrot, Chroniques d’une station-service s’avère vite un petit livre cinéphile, divertissement de ce temps, amusant et inconsistant. Avant de partir de Pantin, rendu parano ou peu s’en faut, d’aller dans les Landes dépanner un papounet dévalisé, moralité : se méfier des amoureuses merveilleuses, en réalité numériques, machiavéliques et tatouées, de succomber, qui sait, à la question, sinon à l’invitation, d’une accorte homologue en uniforme, car les stations d’autoroute ne connaissent la déroute, aristocrates de l’asphalte, Beauvoire, il ne se prénomme Simone, glandouille davantage qu’il ne dérouille, malgré la perte presque prétexte d’une clé USB, sur laquelle s’accumulent des documents administratifs nominatifs, du porno japonais téléchargé, un premier roman à plaire, assuré best - seller , recherchée selon une annonce de Libération , lectorat notamment de mendiants, tu ...

Le Chat noir

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  Babe alone in Babylone , rime Birkin ? Houellebecq, par le petit bout de la lorgnette…   Fiction féminine tout sauf féministe, toutefois flanquée d’un furtif féminicide, ainsi disent, discriminatoire néologisme, en droit qui n’existe, les médiatiques militantes de l’anti-sexisme, Babylone n’en fait des tonnes, en dépit du titre à  pedigree biblique, à exil au carré liquide. La pas bête et plutôt chouette Élisabeth, narratrice complice indeed , à double titre, sexagénaire guère exemplaire, se remémore donc sans remords une fête de printemps à contretemps, à cause d’un presque imprévisible étranglement. Tandis que Lydie, ancienne vendeuse de godasses, boit la tasse, de la honte en réunion, à cause d’une anecdote et   d’une imitation à la con, se soucie du destin des industriels poussins, réclame illico du poulet bio, pratique une thérapie épicée, en accoutrement et crinière colorés, le gentil Jean-Lino, vrai-faux papy de l’insupportable Rémi, encaisse en...

La Fille du train

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  Museler Millet ? Pas de cadeaux à Ernaux… Sept ans de réflexion ? Sept ans d’observation. Annie aime peut-être les sucettes, à l’anis, au sperme, son odeur associée à celle de la javel, visite sur la stèle de Serge, mais elle médit en catimini de Monica Lewinsky, pro - life infréquentable. Ces « notations » de saison(s), d’occasion(s), commencent avec Germinal (Berri, 1993), film friqué à propos de pauvreté passée, s’achèvent sur une fresque hédoniste, datée des années soixante-dix, à l’invisible vagin comme éclaboussé de sang, Carrie l’immaculée, la maculée, n’en demandait pas tant. Entre-temps, (re)voici la « guerre des Balkans », vite suivie par le conflit en Tchétchénie, résumé d’actualité : « L’impunité de la Russie tient obscurément à son mythe de peuple aux confins de l’espace, de la raison, de l’humanité. » Ainsi placé sous le signe rouge dédoublé, La Vie extérieure se soucie de sociologie, renverse la perspective ironique...

Les Âmes mortes

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    « Romantisme et pornographie », Rousseau et neurasthénie, « chagrin et destin »… Au lecteur amateur des opus précédents, Sérotonine semble fissa familier, suscite aussitôt une sensation de déjà-lu. Un écrivain (ré)écrirait en définitive un seul et unique livre ? Peut-être, possible, pourtant il ne s’agit ici, en aucun cas, crois-moi, d’une quelconque compilation à la con. Sérotonine ainsi ne se réduit à – classement chronologique – la somme tissée en patchwork de Extension du domaine de la lutte , Les Particules élémentaires , Plateforme , La Possibilité d’une île , La Carte et le Territoire , Soumission , dépasse l’addition, excède la contextualisation. Amusant, émouvant, jamais déprimant, toujours stimulant, ce roman carbure donc à l’hormone, à l’homme, in extremis au cortisol excessif. Affligé d’un affligeant et improbable prénom composé, classé un peu beaucoup « pédé », Florent-Claude se souvient de sa vie, au complice «...

De l’autre côté du miroir

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  De l’infâme et deux femmes, traitement, maintenant… Tout cela semble un film qui n’en finit pas. Jean Castex Believe nothing you hear, and only one-half that you see. Edgar Allan Poe De l’invitée à visage découvert, le verbe s’avère clair et sincère. À la coercition, à la discrimination, à la paupérisation de saison, de désolation, des institutions, la parole d’ Alice Desbiolles oppose en douceur ses valeurs, de « consentement », d’environnement, de dépassement. Spécialiste de la santé, calée en « éco-anxiété », affranchie des conflits d’intérêts, elle expose un point de vue sensé, pensé, à faire penser, elle ne divise l’humanité en deux entités, la première à « protéger », la seconde à dénoncer, à « emmerder, jusqu’au bout », donc, projetons, pourquoi pas, déjà le cas, suspension d’emploi, de toit, de droits. Tandis que depuis deux années annulées, le Pouvoir sévit en toute impunité, qu’il assimile désormais ce qu’il désign...

Quand Harry rencontre Sally : Les Jouisseuses

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  La preuve et l’épreuve, les sens et le sens, l’orgasme et l’organe… « How do you know? » demande, à deux reprises, la dérangeante, mais amusante, Meg Ryan, au pertinent partenaire, Billy Crystal comme le cristal encore clair, comprendre, erreur totale, trop sûr de ses capacités de (sur)mâle. En 1989, Rob Reiner filme un mec et une meuf, ne filme rien de neuf, se repose (et impose), un peu, sur le duo sans défauts, ou alors, le sert au mieux, souvenir heureux, le point de vue suivant, sévère ou indulgent, immortalise, in extremis , sa marrante maman, réplique remarquable et remarquée, de coda incluse, selon une sorte de « scène primitive » inversée, non plus surprise, ou représentée, par les enfants, puisque, à présent, proposée aux parents, carrément aux clients. Au sein, tout sauf malsain, d’un delicatessen serein , certes assez éloigné de l’homonyme satirique de Marc Caro & Jean-Pierre Jeunet ( Delicatessen , 1991), la lucide Sally, en sourdine ulcéré...

Cruising

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  Un métrage, une image : I viaggiatori della sera (1979) À Jacqueline, exploratrice transalpine We're in a place where Heaven breathes Making some love and shooting the breeze Living out the memories we'll share Sur la mer Kylie Minogue, Loveboat Coda macabre d’une décennie dépressive, voici donc une inédite – en tout cas en salles hexagonales – dystopie, qui en évoque une autre, celle d’Anderson, bien sûr ( L’Âge de cristal , 1976), qui (r)appelle de Houellebecq le Lanzarote ad hoc . En sus co-scénariste au côté d’Alessandro Parenzo ( Cani arrabbiati , Mario Bava, 1974), avec pour second Ricky ( La scorta , 1993) son fiston, Tognazzi survit en DJ, se voit vite convié, radio ordonnée, donc lui-même remercié, à visiter, des grands enfants endoctrinés accord donné, un village en plein air, piège solaire de paradis totalitaire, où jouer (à) un jeu dangereux, où décrocher une croisière mortifère. De là-bas, on ne revient pas, on peut à peine tenter de s’évader, ...

Les Compagnes de la nuit : J’embrasse pas

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  Instantané dépassé du passé ? Troupe impeccable de fable affable… Pour Jacqueline Le carton d’introduction catastrophique et à la Cayatte inquiète, mais le métrage vaut davantage que sa dispensable note d’intention désireuse de « servir la vérité », adressant ses remerciements aux « Services Officiels », on frémit d’identifier lesquels. Le parfait Pellegrin interprète un « fils de pute » au propre et au figuré, file des gifles fielleuses ou fatales, ne déteste le tilleul. À lui seul, son « souteneur » insoutenable, traumatisé par sa maman putain à la Pas de printemps pour Marnie (Hitchcock, 1964), muni d’une misogynie meurtrie, sans merci, mérite le déplacement/visionnement vers ce soigné, assez intéressant, ciné d’antan. Les Compagnes de la nuit (Ralph Habib, 1953), titre en toc de pseudo-poésie médiocre, ne se limite à cela toutefois, affiche des femmes fréquentables, plusieurs prostituées en pluriels portraits dépourvus de pat...

Paulette

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  Un métrage, une image : Adieu… Léonard ! (1943) Pour Jacqueline & Jacqueline À croire Houellebecq un « con », allons bon, j’avoue volontiers que Jacques le scénariste m’indiffère, son dialogue de Remorques (Grémillon, 1941) je vois à travers, à propos des Paroles pas drôles du piètre poète je préfère me taire, par pure charité littéraire. Pourtant, puisque invitation à sa découverte signée de la cinéphile Jacqueline, je visionnai vite le métrage méconnu, dont nul ne se lamente, en tout cas pas moi, qu’il le demeure à cette heure. Point Continental production, ce conte à la con, bis , cristallise donc la pseudo-pensée politique de Prévert, qui confond à fond anarchisme et crétinisme, romantisme et sentimentalisme. Histoire d’un assassinat sans cesse imposé, refusé, repoussé, Adieu… Léonard ! constitue comme un codicille anecdotique au Crime de monsieur Lange (Renoir, 1936), autre titre préoccupé par la communauté, le cœur, le labeur, le meurtr...

Sur la route de Madison

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  Un métrage, une image  : In My Room (2018) « Berlin is boring », ce German movie aussi… Découpé en trois parties équilibrées, de mélodrame familial, d’ opus post -apocalyptique, de tragi-comédie sentimentale, le téléfilm affirme une masculinité déprimée, où un ersatz de Mads (Mikkelsen) se réveille de son presque « grand sommeil » et constate que le « monde d’avant », pas uniquement allemand, s’avère vide et en l’air, raison supplémentaire pour aller s’installer au grand air, sa nouvelle vie refaire, sorte de westerner encore doté d’un cœur. Sa rencontre avec une Ève étrangère, passagère, soignante et fuyante, Diane chasseresse jadis en détresse, les mecs, ces menteurs par omission, par exemple d’improvisé-révélé fiston, ne mènera nulle part, surviendra trop tard, tant de temps, désormais, à (tré)passer esseulé(s)… L’ item très teuton associe ainsi romantisme et naturisme, agonie et scatologie, intacte nature et fragile futur. Hier camér...

Thalasso : Le Gros et le Maigre

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La référence et la vérité, les rillettes et le dentier, le rire et la réalité… Assez amusant, carrément inconsistant, Thalasso (Guillaume Nicloux, 2019) délocalise, développe et radote L’Enlèvement de Michel Houellebecq (Guillaume Nicloux, 2014). Sur fond d’autofiction, de chronique en Scope, de remise en forme, de remise aux normes, celles de l’hygiénisme moderne, nique la nicotine, inspiratrice sevrée, substituée à l’absinthe de Baudelaire, l’écrivain croise (le couloir) la voie (et la voix) de l’acteur de The End (Guillaume Nicloux, 2016), enfin sorti de sa forêt, ouf. Michel & Gérard dans le même bateau, le spectateur tombe à l’eau ? Presque, puisque s’enchaînent les saynètes, assemblées de manière linéaire, les deux lignes narratives principales, la cure impure, le couple en déroute, finissant évidemment par se rencontrer, sinon se contaminer. À Cabourg, mon amour, on coule des jours moins tranquilles qu’à Clichy, en tout cas en mode Henry Miller, on y baise b...

L’Ardoise : L’Addition

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Une ardoise à effacer ? Un tableau noir à adouber. « La vie, la mort : des malentendus » résume in extremis Jean Desailly, déguisé en flic ironique, possible lecteur de Camus dramaturge, dont la chère Simone Valère, veuve vénère, vient de descendre Jess Hahn, exécuteur incontournable. Peu avant, Michel Constantin, encore couché, mettait fin à ses jours trop lourds, après avoir tabassé à tort Salvatore, Adamo désormais hospitalisé, entre la vie et la mort. Dans L’Ardoise (Bernard-Aubert 1970), mélodrame œdipien repeint en polar revanchard, les pères par procuration causent l’infanticide accidentel de leur fils adoptif, déjà orphelin à cause du suicide d’un géniteur originel spolié, sali. Ici, au sein d’une France enfuie, en fuite, disparue, propice à réjouir la nostalgie rassie, sinon raciste, de certains cinéphiles en ligne, les baignoires immaculées ressemblent à des tombes prédestinées, les hommes s’aiment d’amitié masculine, pas d’amour homosexuel, non...