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Affichage des articles associés au libellé John Ford

Le Neuvième Homme

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  Exils # 169 (11/02/2026) À Maïté Du givre sur les épaules évoque Pagnol, surtout celui de Manon des sources (1952) : un instituteur y retrace « les terribles événements du bois d’Errosas », coda d’hécatombe d’une lutte des classes sise en sierra, au village enclave de Biescas de Obago. Le mélodrame marxiste et romantique, rural et choral, se termine sur un massacre moral, exercice de darwinisme poussé au paroxysme. Les « héritiers » un brin bourdieusiens et « requins » humains de « maisons » façon Frank Herbert s’y déciment de manière horrifique et orgasmique, prétendants s’étripant, relecture ironique de la table rase fatale du féroce Ulysse, revenu lui aussi chez lui in extremis . Huit macchabées en obscure forêt paraissent pourtant anecdotiques face au conflit fratricide, moins proche que lointain, de la guerre d’Espagne, qu’alimente la contrebande d’armes. Le fait divers légendaire occupera en effet une « demi-colonne e...

Ciné-fils d’Afrique

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  Exils # 152 (18/12/2025) « Votre père adoré, il s’est barré », « Un mari parti, des enfants qui volent, quel déshonneur » : la mère couturière verbalise, invisible, se lamente, à demi démente. Il faudra que le « grand » fils, in extremis , avec sa « vieille » – vingt ans et toutes ses blanches dents + pendants en coque de cacahouète – mais chouette petite amie sourde et muette (la bientôt chanteuse Mounira Khalil) l’exfiltre de l’asile, la ramène chez elle, arrive à la sortir de sa léthargie, via une chanson à l’unisson, plutôt que l’ album photo feuilleté à l’occasion. L’adolescent de quinze ans perd donc un père, puis un frère, regagne sa mère et (manque les cours) découvre l’amour, extase express en solo, à moto, prêtée par l’oncle guitariste, optimiste et davantage mouillé qu’endimanché. Abouna (Haroun, 2003) débute un samedi matin, absence d’arbitre insolite, commence comme La Prisonnière du désert (Ford, 1956), par consé...

New Yorke

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  Exils # 146 (02/12/2025) Howard Hawks se moquait de la sentimentalité de John Ford, mais Rio Grande (1950) s’avère presque pudique et modéré par rapport à l’expressivité de Pagnol ( Marius , Korda, 1931), c’est-à-dire de Raimu & Fresnay, père et fils enlacés. Dans un plan-séquence assez intense, la remarquable Maureen O’Hara essuie une larme, son rejeton embrassé à trois reprises – front, nez, lèvres – ne désarme. Néanmoins l’émotion irrigue tout le film, tel le fleuve qui le baptise, se rebaptise Bravo du côté de Mexico, Howie dit oui, frontière liquide à ne pas franchir au jeu dangereux « du chat et de la souris », finalement franchie afin de secourir des enfants captifs rassemblés à l’abri d’une église, croix de volets en meurtrières fissa transformées, comme si Oradour se délocalisait, contre-attaquait. Du chœur ecclésiastique au chœur acoustique, voire l’inverse : les hommes chantent, enchantent, déchantent ; ils « massacrent » aussi les Apach...

Le Carrosse d’argent

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  Exils # 136 (21/10/2025) « It’s a long way to Vera Cruz » déclare Denise, « comtesse » d’opérette, complice et médiatrice, Française en Amérique, mais le film va vite, linéaire et mortifère, aussi solaire qu’un cimetière. Davantage que faire (re)surgir le souvenir de Ford ( La Chevauchée fantastique , 1939), Vera Cruz (Aldrich, 1954) préfigure Il était une fois dans l’Ouest (Leone, 1968) et La Horde sauvage (Peckinpah, 1969), pas seulement parce que Bronson, alors au générique sous son patronyme d’état civil, idem mutique, y joue déjà de l’harmonica, que Borgnine l’accompagne. Le réalisateur tout sauf mineur d’ En quatrième vitesse (1955), Le Grand Couteau (1955), Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (1962), Les Douze Salopards (1967), L’Empereur du Nord (1973) ou Bande de flics (1977), liste subjective, s’y affirme en effet en styliste assumé, capable d’accumuler les figures homonymes, avec une pertinence et une précision qui participent de sa séd...

Le Messie et le Matricide

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  Exils # 121 (20/08/2025) « Abomination » s’exprime Rampling en sourdine, « amélioration » se félicite le cinéphile en séance gratuite. J’expédiai jadis ainsi la première partie : « Hiératisme, romantisme, scepticisme : pasteurisation nolanisation » ( Un film, une ligne ). Aujourd’hui je dédie quelques lignes à demi laudatives à sa suite – sic transit cinéma mundi . Sis sur le sable du désert et de l’arène, la poursuite du périple de Paul Atréides indeed mérite une mesurée estime. Certes, on y retrouve et on y réécoute hélas la mélasse bien ambient du sieur Zimmer ; certes, le sound design ne lésine sur les effets acoustiques, quitte à faire frissonner le fauteuil ; certes, la philosophie politique paraît presque simpliste comparée à celle du Prince de Machiavel – mais ce passif se voit en vérité dépassé, fluidifié, par l’actif d’une réflexion en action(s) sur les limites du messianisme. Si Lawrence d’Arabie (Lean, 1962), sa m...

Poussière d’étoile

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  Exils # 113 (18/06/2025) Dans ses Souvenirs et Réflexions , l’estimable musicienne Mel Bonis affirme : « L’artiste n’est pas un moraliste, mais il se doit d’être une personne morale. » On ne saurait douter de l’éthique d’Anthony Mann, néanmoins cette « étoile d’étain » d’intitulé original mérite son titre. Western modeste, mineur et méconnu, cela explique en partie ceci, Du sang dans le désert (1957) ne réussit jamais à s’élever au-dessus du statut de bel exercice de style desservi par un script simpliste, signé du complice de Ford Dudley Nichols ( La Chevauchée fantastique , 1939), « d’après une histoire » de scénaristes de TV, handicapé par un casting anecdotique, surtout du côté des dames, aux rôles en toc, doté d’un didactisme rédhibitoire rempli d’espoir, ce succédané stérile et laïc de l’espérance, précise le credo catho de la précitée compositrice. Un chasseur de primes en transit, pragmatique et presque cynique, transmet sa prati...

Les oies passent, les sauvages trépassent

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  Exils # 108 (13/05/2025) Mélodrame familial et « racial », Le Vent de la plaine (1960) paraît la réponse de Huston à La Prisonnière du désert (1956) de Ford, itou adapté du spécialiste Alan Le May. Les titres d’origine « annoncent la couleur » – de peau : chez le second John, il s’agit de chercher ( The Searchers ) une Blanche enlevée ; chez le premier, on ne peut pardonner ( The Unforgiven ) à la « brune » son pedigree . Voici un voyage inversé, la quête de Wayne remplacée par le débarquement des Indiens et le retour de Lancaster, vrai-faux demi-frère, aussi épris de sa sœur que l’incestueux Montana de sa Gina ( Scarface , De Palma, 1983). Au cours du climax nocturne et communautaire, presque procès à pendaison intempestive, deux récits des origines, de la faute originelle, se racontent et s’affrontent, Burt affabule, autant véhément que Elmer Gantry le charlatan (Brooks, 1960). Le vieillard spectral, à cheval et avec sabre, foncti...

Éducation en glaise

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  Exils # 64 (10/12/2024) Projeté en VF vintage , pour un petit public enfantin et féminin, Mary Poppins (1964) ressuscite et revient, redescend du ciel avant d’y remonter éternelle. Avouons : votre serviteur s’y présentait sans passion, presque à reculons, n’attendait rien de très bon, ne se souvenait de chansons jadis déjà et aujourd’hui encore à la con. Mais le métrage de Disney & Stevenson mérite mieux que l’amnésie ou la nostalgie. Certes, sa suffragette simplette, vite soumise au déplaisir du mari, rendra furieuses les féministes, tandis que la critique anticapitaliste ne contentera les autoproclamés Insoumis. L’intérêt secret de cette pâtisserie douce-amère à colossal succès réside ailleurs, dans un anarchisme British , une mélancolie assourdie. Le spectateur moqueur ne redoute que la nounou noircie aux grandes dents blanches, aux pieds écartés à cent quatre-vingts degrés, subisse sur les toits, rime chorégraphique à l’urbanisme ethnique de West Side Story (Rob...

La Grotte Costner

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  Exils # 44 (05/06/2024) Donc d’un western moderne ( Furiosa : Une saga Mad Max , Miller, 2024) au suivant à l’ancienne ( Horizon : Une saga américaine , Costner, 2024). Chacun remarquera du même mot le même emploi. Des deux côtés de l’Atlantique et du Pacifique, face à la faillite du politique, revoici le répit de l’épique ; à l’encontre des communautés, de leur clivante radicalité, vive la collectivité, l’unanimisme démuni de manichéisme. Ça se rassemble et se ressemble sur un écran, ça vous rassemble et vous ressemble devant. Cet Ouest à représenter, à ressusciter, cette Frontière filmée, fantasmée, à la fois fabuleuse et fondatrice, odieuse et destructrice, on le savait bien avant le révisionnisme cinématographique des seventies , Costner les connaît sans conteste, il s’illustra autrefois dans des westerns authentiques ( Silverado , Kasdan, 1985, Danse avec les loups , Costner, 1990) ou symboliques ( Les Incorruptibles , De Palma, 1987, Un monde parfait , ...

Déjà mort ? Pas encore…

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  Exils # 24 (06/03/2024) À Cathy, bien en vie Orphée le fantasmait, le cinéma l’osa : voici venu de Chine chagrine le dialogue de l’IA et de l’au-delà. L’ingénieur majeur à l’origine du prodige réside à Nankin, mais sa culpabilité intime ne renvoie vers le fameux massacre homonyme, plutôt vers la perte douce-amère de sa mère, pas assez vue, pas assez entendue, d’entre les mortes donc revenue, non le hanter mais l’écouter, avec lui de visu discuter, sinon le consoler. Au large de Shanghai, personne ne déraille, toute l'équipe multiple s'active afin de vite redonner vie aux chers – sens économique et mélancolique – défunts. Sorte de sonore motion capture désincarnée, aussi soucieuse d’aspect que de « pensée », l’opération à la con consiste à « cloner » le trépassé, davantage à dupliquer du matériel audiovisuel, à l’animer de manière numérisée, comme Disney jadis ou Miyazaki aujourd’hui donnent une âme à leurs bien nommés dessins animés. Mes sœurs, ...

Amérique authentique

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  Exils # 22 (19/02/2024) Au cinéphile Franck Près de vingt ans avant le travail remarquable d’Evans & Lange, où puiseront Steinbeck & Ford ( Les Raisins de la colère , 1940), voici cinquante-cinq photographies en noir et blanc, sans colorisation à la con (honte à Time ), documentant un temps d’avant des États-Unis désunis. Il ne convient pas encore de parcourir une grande nation en proie à la Grande Dépression, il s’agit déjà d’en donner à voir, comme en un miroir, une dimension dissimulée, non assumée. Le CV en accéléré de leur auteur, ensuite éclipsé à cause de successeurs majeurs, ne se départit d’une cruelle ironie : Lewis Hine, orphelin de père, empila les emplois classés non qualifiés, étudia la sociologie (et la philosophie), l’enseigna aussi, bossa pour des organismes d’ É tat ou pas, souvent se déguisa, un peu sa vie risqua, dans la presse estampillée populaire ou à l’opposé dans l’explicite et friquée Fortune publia, selon la publicité (pas seulement la...

Ordet

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  Un métrage, une image : Manon des sources (1952) Pagnol apôtre de la (bonne) parole : au-delà des dialogues, des monologues, Manon des sources , sous-titres en prime, se structure donc autour de dix (dits) gros blocs verbaux, une discussion, une « malédiction », un récit, un « procès », un « discours », un « rapport », un « sermon », un « conseil de guerre », un « testament », une réunion. Le verbe se met en scène, donne à dire et ressentir le passé, l’impensé, le non prononcé, tandis que la surimpression, à l’unisson, presque d’insolation, ranime la famille de Florette, ses quatre spectres. Mélodrame moral de « crime collectif », par conséquent de culpabilité partagée, y compris par les « victimes jamais complètement innocentes », le diptyque pragmatique, doté d’un instit ironique, de l’esprit et du style de son auteur majeur emblématique, (re)connaît ses classiques, d’Œdipe à ...

Marry Me

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  Un métrage, une image : Les Fiancées en folie (1925) Keaton ne kiffait on le sait ce succès, projet de producteur d’après une pièce proposé, sinon imposé, au principal intéressé, déjà très endetté. Si soucieuse, au ciné, en société, de « minorités », surtout de médiocrité, notre modernité vomirait désormais son antisémitisme, son racisme, pas si en sourdine, sa misogynie moralisatrice, horde de harpies pécuniaires et lapidaires, en larmes et drôles, appâtées par le pactole, ersatz en masse des esseulés Rapaces (von Stroheim, 1924). Quant aux pierres qui roulent, à rendre fissa le fuyard maboule, rochers en carton-pâte ou papier mâché, à l’animisme de déprime, supposé clou du spectacle de l’agile acrobate, elles souffrent en fait de leur facticité, ne donnent à voir ni par procuration éprouver une once de danger. Tout ceci ne saurait appauvrir le plaisir permanent que procure sans usure l’ opus plein d’allant, le métrage d’un autre âge, illustration remplie d’action(s) d...