Articles

Affichage des articles associés au libellé Marguerite Duras

Marcel pastel

Image
  Exils # 178 (10/03/2026) Immersif (Minnelli), naturaliste (Pialat) ou onirique (Kurosawa), le cadre de la caméra, écho du tableau, d’une toile l’autre, portraiture van Gogh et sa peinture. Marcel et Monsieur Pagnol (2025) revisite aussi une vie, sous la forme d’un dessin animé documenté, plus solaire que crépusculaire. Au soir d’une existence, l’écriture à rebours antidote à l’absence, l’écrivain académicien se souvient, fait fi du four de Fabien . Au creux de l’éclairée obscurité d’un bureau sans chat ni oiseau, le cinéaste projette un film de famille de séance intime, y assiste le reflet rajeuni, compagnon de route à l’écoute du parcours au long cours, parfois les personnages l’aperçoivent. Sollicité par une certaine Hélène (Lazareff), médiatrice des lectrices d’ Elle , le dialoguiste rétif à se considérer romancier dispose donc de trois heures pour ressusciter le passé, puisque le coursier venu récupérer l’article oublié, les psychanalystes parleraient d’acte manqué, paraît ...

Éloge des femmes mortes

Image
  Exils # 158 (20/01/2026) Pour Patrick Laura Palmer, Laura de Preminger, l’ aura de Marker. L’Orphée figé de La Jetée (Marker, 1962), poursuivant le passé, souvenir à venir, in extremis descendu, divisé. En anglais, filmer (ou photographier) et flinguer se disent to shoot . En français, on dit tirer le portrait, mais en France, on utilise le fusil photographique de Marey. Femme de falaise ou bancal « Batman », les suicidaires d’hier se visionnent en vidéo, la torche humaine se relève, prend leur relève. Les conflits s’avèrent en vérité peu « présentables », en fait irreprésentables, il n’existe de films « olfactifs », la guerre en images se réduit à des images de guerre, devient une guerre des images, une mise en scène de l’obscène, à Iwo Jima, Clint ne le contredit ( Lettres d’Iwo Jima , Eastwood, 2006), à Kiev & Gaza. « Tu n’as rien vu à Okinawa, tu ne vois que dalle à Marienbad » pourrait-on répliquer, Resnais au carré, sous le...

Luigi ou l’Embellie

Image
  Exils # 100 (02/04/2025) Dabadie adapte/dialogue Curtis et de Broca dirige un « exercice de style », ainsi qu’il qualifiait ce film méconnu et mal aimé, que le cinéaste souhaitait « pudique et délicat comme l’âme même de son héroïne » ( Philippe de Broca : Un monsieur de comédie ). Exécuté à Cannes, la critique ricane, sorti sans succès en septembre en salle, désormais restauré, disponible en ligne, Chère Louise (1972) ne relève ni du « trésor retrouvé », accroche de la nouvelle affiche, ni du déterré navet, sentimentalisme intempestif. Sorte de réponse positive à Mourir d’aimer (Cayatte, 1971), de matrice apocryphe et bien moins antiraciste de Tous les autres s’appellent Ali (Fassbinder, 1974), il peut aussi faire penser à Pain et Chocolat (Brusati, 1974), encore un conte tragi-comique de lac trop calme et d’étranger sudiste. Mais l’humour mélancolique du réalisateur du Magnifique (1973), perçu et rendu par la musique de Delerue, ne pa...

Fanny

Image
  Madame rêve, agit aussi, vit sa vie, ses envies, me ravit… Dans le jamais embrasé, « tant pis », Couleurs de l’incendie (Cornillac, 2022), Fanny Ardant , discrètement, brillamment, au creux d’un nocturne compartiment, meurt du cœur, dernière lumière, vitre humide : soudain surgit, au milieu de ma mémoire cinéphile, le souvenir de la Max(ine) de Mission impossible (De Palma, 1996), c’est-à-dire de la superbe et vilaine Vanessa Redgrave, déguisée en stratège de TGV. Auparavant, Ardant donne de la voix, doublée par la spécialiste Sandrine Piau, au château, en appartement, à l’opéra, on n’oublie pas qu’elle incarna, autrefois, une certaine Maria Callas, en master class , Polanski opine, ou dans l’impasse, Zeffirelli confirme ( Callas Forever , 2001), qu’elle narra un documentaire dédié à la cantatrice, proche de Pasolini & Onassis ( Maria by Callas , Volf, 2017). Adolf s’affole, le chœur a cappella , au piano recta , des « esclaves juifs » du Nabuc...

Le Médecin imaginaire

Image
  Un métrage, une image : Molière (1978) Pendant l’épilogue, la troupe en groupe piétine, à l’image du film, comme placée sur un escalator au sens inversé, prière de ne point pouffer, essai très raté de pathos sur du Purcell, cinq ans avant l’emploi surprenant et inspirant de Pialat ( À nos amours , 1983), cinéaste mélomane qui accompagne sa sirène Sandrine de la valeureuse version de Klaus Nomi, oh oui. Blanchi et rougi, en sursis, à l’agonie, Caubère ressemble un brin au Joker, mais ce chemin de croix laïc, merci aux religieux hypocrites, idem tragi-comique, ne se soucie de psychologiser une sociétale insanité, davantage de décrire une France déjà fracturée, puisque provinciale et royale, de famine et de fête, « d’errance » et d’arrogance. La fifille d’Alexandre Mnouchkine, lui-même de Lelouch à plusieurs reprises le producteur, se fait ici renvoyer l’ascenseur, bénéficie du fric des Films 13, de celui aussi d’Antenne 2 et de la RAI. Linéaire et scolaire, so...

Le Temps d’un week-end

Image
  Un métrage, une image : YUL 871 (1966) De l’exode à l’exil – un ingénieur parisien aux parents roumains se casse au Canada, y musarde en compagnie d’une aimable gamine, gosse à la « gomme », donc à bonbon, allons bon, y visite une usine de « lourdes machines », dont le patron préfère les polars de la Série noire à la science-fiction selon Ray Bradbury, tant mieux, tant pis, y rencontre une drôle de blonde, portée sur le tir au pigeon et promise émancipée d’un amateur de ballon rond concon. Au sein jamais malsain de ce simulacre « provincial » du voisin américain, Denner ne désespère, avec Hélène & Madeleine partage sa peine, celle d’un vrai-faux orphelin au portrait de famille pieusement préservé, parmi sa valise emporté. Tout contre la chair de la chère étrangère se donnent à voir et à entendre des souvenirs de la seconde guerre, mais YUL 871 ne vise à rivaliser avec Hiroshima mon amour (Resnais, 1959), même en noir et blanc élégant, s...

Les Demoiselles de Rochefort : Le Parfum d’Yvonne

Image
  Des chants d’antan, maintenus maintenant… Contraste et concordance : malgré du métrage la grisante immanence, Yvonne & Maxence n’apprécient le présent ni n’en font l’expérience. La cafetière, pas encore en colère, à cause des contemporaines mesures de fermeture pseudo-sanitaires, molto totalitaires, du passé prisonnière s’avère ; l’artiste au service militaire se projeter préfère, peintre épris d’une introuvable et pourtant à proximité tendre et chère. À nouveau portuaire, alors solaire, sise place Colbert, en dialogue à distance et en réponse à succès à Lola (1961), La Baie des Anges (1963), Les Parapluies de Cherbourg (1964), la mélancolie de Demy irradie, déploie en duo à deux voix le géométrique et le mélodramatique, au sens certes étymologique. On sait, via un aveu de l’intéressé, ou le souvenir de l’ami Paul Vecchiali, que le marin amoureux d’une image idéale devait d’abord terminer sous les roues du camion des forains pas un brin durassien, quoique, mai...

Les Enfants d’Abraham

Image
  En mémoire de Robert Hossein (1927-2020)… Beau balafré de ciné, bien longtemps avant le Tony Montana de Brian De Palma ( Scarface , 1983), Robert Hossein, en tout cas au cinéma, traversa le mélodramatique Maya (Bernard, 1949), l’incertain Les Petits Matins (Audry, 1962), le maboule Chair de poule (Duvivier, 1963), s’amouracha de Michèle Mercier pendant une plaisante et populaire pentalogie jolie, évidemment commencée par Angélique, Marquise des anges (Borderie, 1964), la retrouva décostumée via l’heuristique La Seconde Vérité (Christian-Jaque, 1964), croisa Le Casse (Verneuil, 1971), son chemin molto morriconien, s’afficha en (faux) frère du familial et dépressif Un officier de police sans importance (Larriaga, 1973), emmerda Belmondo (et sa dame et son hélico) pour Le Professionnel (Lautner, 1981), alors rebaptisé Rosen, remarquez la contraction de ses nom + prénom de scène, s’immisça entre le médiocre tandem de Lévy et Goliath (Oury, 1987), avant d’investir l’esti...

L’Homme atlantique : La Voix humaine

Image
  Cet amour-là, à plusieurs voies… À Jacqueline, davantage durassienne que moi-même. Vous découvrez L’Homme atlantique (1981). Vous le découvrez, oui. Vous le visionnez car l’amie qui elle aussi vous vouvoie vous l’adressa. Alors vous écoutez Marguerite Duras. Alors vous regardez Yann Andréa. Duras déclame sa déclaration de désamour. Elle dirige Andréa à distance. Le film affiche sa réalisation jusque dans sa narration. Il comporte peu de plans. Il comporte l’empilement d’une mise en abyme au miroir. Dans la villa vide, la voix s’élève. Dans l’écran d’encre, elle se donne à entendre. Absente et présente, voilà. La cinéaste enregistre une présence et une absence. Un homme parmi des milliards. Une élection ou une introspection. Sa proximité, son altérité. L’image multipliée de sa mort au milieu d’un règne mortel. Le son de l’océan. Le paysage d’une plage. Les mots échafaudent aussitôt un hors-champ. Ils identifient une différenciation dite irréd...

Ne vous retournez pas (2) : Un mois de cinéma

Image
  Des films, des films, des films … Frime futile ? Exil utile ! À la mémoire de Sean Connery (1930-2020)   L’Ange meurtrier (Larry N. Stouffer, 1974) Carrie au bal du diable en brouillon, en version Stevenson, dont le bel intitulé français congédie le jeu de mots multiple de l’original, Horror High , pas grave. Premier opus du peu prolifique Larry N. Stouffer, ce métrage méconnu, tourné en deux semaines, mérite sa (re)découverte, sinon son culte discret, car Pat Cardi & Austin Stoker, émouvant, élégant, y forment un estimable tandem espiègle, en écho à ceux de Columbo : du lycée soigné, allez… Le Baiser du diable (Jordi Gigó, 1976) Le strabisme de la Française Silvia Solar s’avère certes irrésistible, cependant l’on sourit assez souvent à cette version hispanique du féminin Frankenstein . Escortée par l’accorte Evelyn Scott, soubrette pas simplette, zombie si jolie, par un scientifique cardiaque et télépathe, notre héroïne, presque marxiste, che...

London After Midnight : Remarques sur Le Loup-garou de Londres

Image
Le « cri du cœur » de Rick Baker… Le cinéma sympathique et anecdotique de John Landis trouve ici une sorte de sommet. Son film préféré retravaille en partie Le Chien des Baskerville (Terence Fisher, 1959), adresse un clin d’œil salace au Voyeur (Michael Powell, 1960) et se conclut comme King Kong (Merian C. Cooper & Ernest B. Schoedsack, 1933). Outre résonner avec d’autres opus consacrés de loin ou de près à la « lupinité », par exemple Wolfen (Michael Wadleigh, 1981), Hurlements (Joe Dante, 1981) ou La Compagnie des loups (Neil Jordan, 1984), Le Loup-garou de Londres (1981) se souvient des werewolves nazis avant le Lars von Trier de Europa (1991) et préfigure à la fois La Féline (Paul Schrader, 1982) et Simetierre (Mary Lambert, 1989). Une trentaine d’années après, Landis retournera en Angleterre, à l’occasion de Cadavres à la pelle (2010), encore une relecture des mésaventures du sinistre tandem Burke & Hare, disons dans le sillage d...