Marcel pastel
Exils # 178 (10/03/2026)
Immersif (Minnelli), naturaliste (Pialat) ou onirique (Kurosawa), le cadre de la caméra, écho du tableau, d’une toile l’autre, portraiture van Gogh et sa peinture. Marcel et Monsieur Pagnol (2025) revisite aussi une vie, sous la forme d’un dessin animé documenté, plus solaire que crépusculaire. Au soir d’une existence, l’écriture à rebours antidote à l’absence, l’écrivain académicien se souvient, fait fi du four de Fabien. Au creux de l’éclairée obscurité d’un bureau sans chat ni oiseau, le cinéaste projette un film de famille de séance intime, y assiste le reflet rajeuni, compagnon de route à l’écoute du parcours au long cours, parfois les personnages l’aperçoivent. Sollicité par une certaine Hélène (Lazareff), médiatrice des lectrices d’Elle, le dialoguiste rétif à se considérer romancier dispose donc de trois heures pour ressusciter le passé, puisque le coursier venu récupérer l’article oublié, les psychanalystes parleraient d’acte manqué, paraît peu doué pour réparer un pneu crevé. Ce qui suit, les connaisseurs du CV et les admirateurs de la production multiple, dont l’auteur de ces lignes, compatriote depuis longtemps en exil, remarquez la plaque d’apéritif patronymique, le suivent tout sauf à l’improviste, hommage délesté d’outrage et démuni de surprise. Certes, cette évocation de bon ton, aux adroites transitions, sise sous le signe facile de la mémoire en mouvement, placée sous le patronage d’héritage d’un descendant entreprenant, anniversaire aidant, possède le mérite de rectifier la réputation à tort pétainiste de La Fille du puisatier (1940), opus estimé contre-productif par l’occupant allemand, comme Le Corbeau (1943) de Clouzot, rappelons-le aux amnésiques de mauvaise foi et aux magistrats du cinéma. On compte itou à son actif la mise en scène guère obscène du décès de la petite Estelle, étoile digne d’une prière, soleil noir d’un père et d’une mère, l’irrésistible Jacqueline héroïne en sourdine d’un mélodrame ludique et pudique, en rime inversée, papounet emporté, (im)pitoyable Papet, du choral antique de Manon des sources (1952).
Orphelin de mère et de frère, du bourru Raimu, le muté enseigne l’anglais, emporte Simon(n)e, Rastignac d’Orane et séducteur de la Josette de La Belle et la Bête (Cocteau, 1946), là connaît le succès, s’intéresse au ciné, traverse la guerre, résiste à sa manière, évacue Greven, bousille ses bobines, ne rumine le ressentiment, ne s’amuse des sexuées tondaisons de la Libération. Dans Le Festin nu (Cronenberg, 1991), William Burroughs devenait Bill Lee, (ré)écrivait sa vie, Orphée drogué, Guillaume Tell éternel, damné condamné à lutter contre lui-même, citoyen lucide d’Annexie littéraire et pénitentiaire. Le Marcel de Chomet pourrait désespérer, se retirer, s’embarquer à la Rimbaud, marchand d’armes et d’hommes mort à Marseille. Il préfère la chère poussière d’hier, couchée sur des cahiers d’écolier d’une écriture à la clarté anachronique et calligraphique. À la fin de l’heure vingt biographique, l’enfant revient, désormais (ré)incarné, revenu au début, porteur d’une promesse faite trop tôt à la « châtelaine » maternelle. Téléfilm de luxe sous l’égide de Netflix, Marcel et Monsieur Pagnol jamais ne décolle, accumule les fantômes, ne rivalise avec la rugueuse tendresse pagnolesque, ensemble personnel, à l’impact international, drolatique et mélancolique. Il s’agit en résumé d’un biopic pasteurisé, honnête et propret, scolaire et soigné. Réalisateur en camion (du son) moins radical que l’homonyme de Marguerite Duraille, dirait Desproges, le « conteur » capital y apparaît plus objet que sujet, impulsion féminine en prime, partie de cartes increvable réintégrée dos tourné. Ponctué d’extraits visionnés sur Moviola, conclu par un rap dispensable de SCH, voici un divertissement très vite transparent.

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