Le Genre d’Angela
Exils # 180 (16/03/2026)
Fameux pour son final, Massacre au camp d’été (1983) commence par une série de panoramiques fantomatiques, visite livide du lieu de l’intitulé, en septembre et à vendre. Le prologue au soleil introduit un accident d’adolescents, ski nautique fatidique, cadavre à la dérive sur le lac déjà sépulcral, gilet de sauvetage fissa renfloué à la surface, sinistre indice d’enfant défunt. Le survivant s’agitant demeure dos tourné, silhouette non identifiée. « Huit ans après », une tante médecin mais à demi démente fournit un faux certificat à son fils et à sa nièce. Voici donc Angela, calme gamine au mutisme traumatique, à dévisager la chipie de la chambrée, in extremis promise à subir le supplice d’un fer à friser enfoncé style Les Valseuses (1974), atrocité à oreiller, mur d’ombres portées. Avant cette vengeance vicieuse, à ravir le rêveur ou tueur sadique de Bret Easton Ellis, ces vacances s’apparentent à un petit martyre, pourtant pas autant sanglant que celui de Carrie (1976). S’il reprend un seule fois le point de vue subjectif, à hauteur puérile, de La Nuit des masques (1978), punition d’ébullition, pervers à terre, Massacre au camp d’été oublie la banlieue américaine malsaine et récupère l’espace vert du slasher en plein air, on renvoie vers La Baie sanglante (1971) et bien sûr Vendredi 13 (1980), autre suite d’assassinats « écologiques » aux prémices psychanalytiques. Entouré d’un compositeur et d’un directeur de la photographie de valeur, lyrisme mesuré de l’arrivée des gosses en bus jaunes, éparpillés parmi la propriété, remarques salaces du cuisinier excité, le scénariste et cinéaste Robert Hiltzik soigne son script et ses cadres, fait preuve d’une inventivité pragmatique pendant le déroulé des trépas programmatiques, mentions spéciales à l’essaim d’abeilles aux chiottes, à la flèche fichée en pleine gorge, pressentie par une cible.
Ni gore ni hardcore, malgré le beau boulot des effets spéciaux, pardon, des « make-up illusions », surprenante et excellente désignation, Massacre au camp d’été multiplie et chronique les activités, dont la principale, flirt moins sexuel que sentimental, « temps des secrets » de Pagnol et des autres. Qui sévit ? Pourquoi Angela ne se désape pas, autorisée à se doucher à l’écart, loin des regards, ne supporte d’être caressée par un soupirant attachant, décapité durant le dénouement, castration symbolique en contradiction et en accord de mort avec la nudité explicite de celle puis celui qui chantonnait, le berçait, pietà sans pitié ? Le secret dédoublé relève de l’identité, annonce davantage la révélation de The Crying Game (1992) qu’elle ne retravaille le travestisme de Psychose (1960) + Pulsions (1980). Devant deux éducateurs bienveillants et sidérés, la fille s’avère en fait et « sans contrefaçon » un garçon, une version locale et létale de L’Enfant sauvage (1970). L’arrêt sur image du visage verdi en immobilise et assourdit le cri, une chansonnette tresse à contretemps les louanges d’un « ange » exterminateur, genre gêné, orientation sexuelle, locution actuelle, contrariée, maman de néant, puisque le frère et la sœur possédaient deux papas, souvenirs de rires et travellings autour du lit, retours en arrière éclairés d’onirique manière. En 1983, c’est-à-dire au début de la médiatisation du sida, Massacre au camp d’été parle d’un rendez-vous médical, manie l’homosexualité dissimulée, permise à domicile, une masculinité homoérotique, munie de shorts et t-shirts d’imagerie gay friendly, une féminité (adulte) maladive, (juvénile) active ou agressive, sinon gérontophile. Impossible à filmer aujourd’hui pour des raisons d’idéologie, il s’agit en résumé d’un conte d’éducation disons climatique, d’une fable atmosphérique, d’un cauchemar clair et obscur, ni racoleur ni réactionnaire, modeste et sincère, dédié à une mère.

Commentaires
Enregistrer un commentaire