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Affichage des articles associés au libellé Nuri Bilge Ceylan

Taxi Téhéran : Permis de tuer

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jafar Panahi. « Tout film mérite d’être vu » : bien sûr que non, mais celui-ci, oui, car Panahi, dans le sillage de Lounguine ( Taxi Blues ) ou Kiarostami ( Ten ), qu’il assista, signe un périple   politique et drolatique, une vivace virée méta autant qu’une amusante mise en abyme. Au cœur de Taxi Téhéran , les caméras règnent, même prises à tort pour un anti-vol. L’accidenté de la route enregistre ses dernières volontés, l’ancien voisin visionne sur tablette étasunienne son agression masquée, en couple, la nièce munie d’un appareil photo japonais immortalise son « tonton chéri », l’avocate évoque une mère amenée dans une salle remplie d’écrans de TV. Quand le réel fait obstacle au « film-réalité » burroughsien du Pouvoir, les fictions fidèles deviennent en effet indiffusables, accusées de « noircissement » dès l’école. La morale des images vaut évidemment en Ira...

Album de famille : Allô maman, ici bébé

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Fête du Cinéma 2017, deuxième jour, séance de dix-huit heures trente. Formaliste et frontal, Album de famille à la fois indiffère et intrigue, déçoit et promet. Développé avec le soutien du Sundance Institute, co-produit par ARTE, ce premier long métrage d’un scénariste/réalisateur/monteur cristallise ou caricature une certaine tendance du cinéma dit d’auteur contemporain. Mehmet Can Mertoğlu assemble des blocs temporels, se soucie assez peu de progression dramatique, chronique le quotidien d’un couple de parents adoptants. En France, la réception critique numérique, positive ou négative, aussi clairsemée que le public dans la grande salle régionale, experte en sociologie, guère craintive de généralisation, nul ne l’ignore, classe l’ opus en portrait satirique de la classe moyenne turque, sinon du pays tout entier. Moins préoccupée d’exégèse géopolitique, la distribution hexagonale, via sa bande-annonce guillerette, préfère mettre en valeur la dimension de comédie noire, d...

Winter Sleep : King of the Hill

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Nuri Bilge Ceylan. Récompense de la patience, voire de l’endurance : à disons une demi-heure de la fin, le spectateur résistant assiste à l’une des meilleures scènes, des plus intenses, du cinéma contemporain, durant laquelle İsmail, poignardeur-prisonnier à la susceptibilité sexuée (se retrouver en « zonzon » pour des sous-vêtements féminins maritaux de vaudeville au couteau), de surcroît buveur (dans les bars) et mauvais payeur (de loyer), jette la liasse dégueulasse de billets bien-pensants apportée par la (trop) belle Nihal, venue nocturnement visiter les pauvres, soulager en secret, son mari parti à la capitale, sa conscience de jeune épouse frustrée (aucun contact tactile dans ce couple), « stérile » (pas d’enfant non plus), pleurnicharde et remplie d’acrimonie (Necla, la sœur du seigneur des lieux, ne vaut guère mieux, vipère récemment divorcée démasquant, lovée sur un confortable...

Rednecks et White Trash

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Les joies (et les atrocités) du grand air… Le slasher , qui donna naissance au sous-genre du survival , propose, dans son imagerie campagnarde et « dégradée », comme un reflet inversé d'une autre mythologie, celle de la small town , illustrée notamment par Capra ou Minnelli. Il faudra un jour s'interroger sur la « discrimination » symbolique de ces cous rouges et autre racaille blanche , que renversait péniblement Tucker et Dale fightent le mal ou dont s'amusait Friedkin avec Killer Joe . La même année que Délivrance , on trouve, pour ainsi dire, un « équivalent » hexagonal : Quelques messieurs trop tranquilles , d'après le sulfureux A.D.G., très ami, paraît-il, avec Manchette (les contraires s'attirent !), suivi par Malevil ou, côté belge, Calvaire et La Meute . La ruralité, de préférence « dégénérée », sert donc de repoussoir, ici ou ailleurs, à un art urbain et « bourgeois », pour un regard social et allégorique – la ca...

Il était une fois en Anatolie : Lost Highway

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Suite à son visionnage sur le site d ’ ARTE, retour sur le titre de Nuri Bilge Ceylan.  Excellente comédie noire, tragique et atmosphérique, entre Beckett et Lynch. Comme celle d’Aldrich, cette bande de flics souffre d’une fatigue existentielle face à la banalité, la trivialité du mal. Le numérique crée un lien avec  Dark Country , autre voyage au bout de la nuit en voiture. La plénitude formelle ne montre pas les images tremblées au caméscope sur le lieu de l’enterrement. Au village ou ici, les vivants et les animaux tourmentent les morts. Le conte, inclus dans le titre leonesque, se dit au coin du feu de la maison du maire, et l’on parle beaucoup, afin de masquer le vide du sens enfui dans le temps réel de la nuit immense ou du jour laiteux.  En Anatolie comme ailleurs, on mange du miel, on boit du Coca-Cola, on soigne un enfant malade, on se regarde dans un miroir (en regard caméra) et le talon d’une chaussure révèle une impatience érotique. Le visage fé...