Articles

Affichage des articles associés au libellé Patrice Leconte

Que Marianne était jolie

Image
  Mitan émouvant, cadeau tombeau… À Lorea qui ne le lira Entre un « prologue » dantesque et un « épilogue » shakespearien, parce qu’elle le valait bien, Marianne Faithfull ne s’avère en vitesse – trente-cinq minutes au compteur, mon cœur – ni faithless ni sado-masochiste, en dépit de ses maternelles origines Sa vie secrète écrite et orchestrée au cordeau, selon ses propres mots, ceux de l’amical McGuinness, du tandem Foreman & Levine, on le sait ne connut aucun succès, économique ou critique. Précédé puis suivi par une paire d’ opus de reprises, le sevrage de Strange Weather , le cabaret à la Brecht & Weill de 20th Century Blues , sorti assorti de sa traduite autobiographie, c’est-à-dire de sa vie retracée, révélée, A Secret Life constitue cependant un chef-d’œuvre de poche, un classique instantané, un (mélo)drame de chambre à coucher. Certes moins narratif que l’ idem mal-aimé Berlin de Lou Reed, guitariste sur deux titres de l’allitératif H...

Le Repas de bébé

Image
  Un métrage, une image : Les Années Super 8 (2022) « Fiction familiale », « fragment d’autobiographie » homonyme, le film intime se situe sous le signe des « commencements », pas seulement ceux des enfants, affiche l’épiphanie des premières et uniques fois, met en « récit » la « trace » d’autrefois, mais il documente a posteriori des disparitions en série, celles d’un désenchanté Chili, d’un Portugal apparenté à Tanner, d’une Cergy associée à Rohmer, celles d’une mère au carré, de grands-parents du paternel côté, d’un mari fumeur et filmeur. Ce cinéma dit amateur, jamais mateur, dépourvu de pathos, manie aussi l’étymologie, l’amour et le désamour, le couple en route puis en déroute, la publication et la séparation. Durant une décennie, (re)voici la France de mon enfance, prise à travers le prisme et l’objectif subjectif d’une caméra « désirable », (em)portée là-bas, sur soi, en train d’enregistrer du « temps...

Husbands + Stand by Me

Image
  Deux métrages, deux images : Le Plein de super (1976) + Un étrange voyage (1981) Cavalier au carré, un cadavre au départ, un autre à l’arrivée. Huit années après le dispensable La Chamade (1968), repêché par Deneuve & Piccoli, le revoici, sur la route et surtout la déroute. Item d’autoroute et film de voie ferrée, leur générique remercie les sociétés concernées, bien sûr la SNCF, Le Plein de super + Un étrange voyage bénéficient de financiers célèbres et désargentés, à savoir Danièle Delorme & Yves Robert, d’un dirlo photo de valeur et parfois acteur, cf. son commissaire, Jean-François Robin ( Les Bronzés , Leconte, 1978 ou L’Amour braque , Żuławski, 1985) le valait bien, de scénarios signés à huit ou quatre mains, la création donc à l’unisson de la fiction. S’ils frisent l’autobiographie, le vécu revisité, voire fantasmé, les métrages d’un autre âge, moitié d’une décennie censée être libérée, en réalité déjà libéralisée, pas seulement en matière de sexualit...

Le Chasseur

Image
  Un métrage, une image : L’Air de rien (2012) Road movie immobile, d’avortée amitié masculine, L’Air de rien (Grégory Magne & Stéphane Viard) anticipe le diptyque L’Enlèvement de Michel Houellebecq + Thalasso (Guillaume Nicloux, 2014 et 2019) : Michel Delpech y interprète (plusieurs succès) « Michel Delpech », ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Il s’agit ainsi d’une vraie-fausse biographie, d’une authentique fiction, à base de filiation, sinon de résurrection, de rédemption. L’acteur discret, en retrait, incarne sur le tard l’assez vain avatar, un brin égrillard, d’un univers alternatif, a fortiori dépressif, où les dettes se substituent aux conquêtes, où s’alcooliser en compagnie de Miossec et d’une journaliste joyeuse, vive la « tournante » malaisante, où la Spitfire ne triomphe, ne fait un malheur, où la fanatique Véronique déchante durant la dédicace, les prénoms et les souvenirs s’effacent, le temps passe, les dép...

Le Festin nu

Image
  Un métrage, une image : Le Souper (1992) En apparence, ce repas concerne l’État ; en réalité, il se soucie surtout de ciné. Plus de vingt ans avant Diplomatie (Schlöndorff, 2014), reconstitution aussi dispensable de décisif duel idem , voici le spectateur prié d’assister à une leçon de cynisme, assortie de gastronomie. Les tandems drolatiques, Molinaro les manie, les maîtrise, remember L’Emmerdeur (1973) ou La Cage aux folles (1978), d’ailleurs deux autres transpositions théâtrales. Point de Poiret, arrière, Veber : Brisville rempile, la TV, publique et privée, co-produit, l’ambassade de Pologne prête sa piaule à Paris, au générique on remercie le sieur Łukaszewski. Précisons que ce souper soigné, très réchauffé, assez insipide, appartient autant à Yves Rousset-Rouard, ici co-scénariste et producteur, de la franchise Emmanuelle en partie possesseur, du diptyque des Bronzés (Leconte, 1978 + 1979) de fait financier, à Michael Epp, cadreur et directeur pho...

Coup de tête : Le Dîner de cons

Image
    « C’est l’histoire d’un mec » privée de Coluche, remplie de baudruches… Sans atteindre la tension d’un spécialiste appelé Maurice Pialat, qui lui-même ensuite réalisera une autre mémorable scène de repas, vers À nos amours (1983) je vous renvoie, Jean-Jacques Annaud ne démérite pas, loin de là. Moins muette et moralisatrice que son homologue de The Square (Ruben Östlund, 2017), l’humiliation en réunion, tel le viol d’accusation, direction la prison, de Coup de tête (1979) coupe autant l’appétit, craque encore le joli vernis. Pas de Zinedine Zidane à l’horizon, pas de main divinisée à la Diego Maradona décédé, qu’importe, puisque Patrick Dewaere sait cependant y faire, afin de terroriser les discutables notables attablés, atterrés. Bien éclairé par le fidèle DP Claude Agostini, adoubez les bougies bicolores un brin à la Barry Lyndon (Stanley Kubrick, 1975), bientôt au boulot sur Les Compères (1983) de Francis Veber ; bien écrit par ce dernier documenté...

Gros dégueulasse : Le Complexe du kangourou

Image
Existence et flatulence, gagnant pourtant perdant… Produit par Alain Siritzky, propriétaire de l’interminable franchise Emmanuelle , réalisé par Bruno Zincone, monteur pour Raymond Depardon ( 1974, une partie de campagne , 1974) & Jean-Pierre Mocky ( Noir comme le souvenir , 1995) mais aussi, surtout, pour les polissons Jean-Marie Pallardy & Pierre Unia, ou le supérieur Francis Leroi ( Emmanuelle au 7ème ciel , 1993, après Emmanuelle 6 , 1988, fissa finalisé par un certain Jean Rollin, puisque Zincone cinéaste aussitôt remercié), Gros dégueulasse (Zincone, 1985) s’avère une satire terminée en mélodrame. Le courageux Maurice Risch, autrefois flanqué de Louis de Funès ( Le Grand Restaurant , Jacques Besnard, 1966, Le Gendarme et les Gendarmettes , Jean Girault, 1982) ou depuis passé par Maurice Pialat ( Nous ne vieillirons pas ensemble , 1972), François Truffaut ( Le Dernier Métro , 1980), Bertrand Blier ( Beau-père , 1981) et ensuite Pascal Thomas (trilogie des anné...

Une femme libre : Sandrine Bonnaire, aujourd’hui et hier

Image
Petit croquis d’une actrice atypique… On pardonnera toujours beaucoup à Sandrine Bonnaire, notamment d’avoir soutenu, naguère, une certaine Martine Aubry, incarnation exacte, sinon caricaturale, dans l’arrogance de son incompétence, d’une large part du socialisme français contemporain (que « ces gens-là », comme persiflait Thierry Le Luron en Jacques Brel, osent encore se dire de gauche relève de l’abus de langage et paraphe une imposture politique). Certes, elle épousa un acteur célèbre (William Hurt, excellent chez Ken Russell, Michael Apted, Héctor Babenco ou David Cronenberg , il participera d’ailleurs à la première réalisation fictionnelle de son ancienne compagne, J’enrage de son absence ) et un scénariste renommé (Guillaume Laurant, alter ego de Jean-Pierre Jeunet) ; bien sûr, elle cumule deux César, une Coupe Volpi vénitienne, on la vit là-bas à la Mostra puis à Deauville et Beaune, trio de festivals sous le signe de l’Italie, de l’Amérique et du polar...

Monstres et Fiancées

Image
Le Deuxième Souffle :  Panique   (1946) Notre amour pour le cinéma de Julien Duvivier remonte à loin, et nous renvoyons le lecteur (la lectrice) à son portrait sur ce blog , ou aux mentions le concernant sur l’une de nos communautés dédiée à la production française. Aujourd’hui, on se concentrera sur un seul titre de sa filmographie, à l’occasion d’une œuvre numérique signée du talentueux Natsu Zuma… Réalisé à son retour des États-Unis, après un exil volontaire (et reproché par les « professionnels de la profession » peuplés de  héros très discrets ) loin de Vichy, le film adapte  Les Fiançailles de M. Hire  par Simenon bien avant Patrice Leconte – et sans son formalisme sincère mais hélas  auteuriste , perceptible aussi dans  Le Mari de la coiffeuse  (musiques de Michael Nyman, gage de « sérieux », dans les deux cas) – pour cartographier un pays encore  malade , au climat pour le moins malsain. Faux fil...