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Affichage des articles associés au libellé Luis Buñuel

Dupieux du mieux

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  Exils # 174 (02/03/2026) Douze heures de perdues et trois jours de gagnés, un « conduit » qui descend, permet de remonter : Incroyable mais vrai (Dupieux, 2022) ne s’oppose au symbole, ni à la glose de numérologue, possède une architecture non-euclidienne, rappelle celle des Rêves dans la maison de la sorcière , du patraque Lovecraft. L’Alice de Lewis pénétrait à l’intérieur d’un terrier de lapin, on s’en souvient, la Marie de Quentin soulève soudain une trappe redoutable (le couple déclare « on n’est pas très cave »), se glisse parmi le puits de Poe et se hisse au premier niveau, reproduit l’exercice en série, ressuscite une pomme pourrie, jour et nuit rajeunit. La belle baraque acquise à crédit ne suscite l’homicide en famille, comme jadis l’homologue d’ Amityville (Rosenberg, 1979), modèle d’horreur dite économique, King & Forrester confirment, relève idem du surnaturel, catalyse encore une folie adepte d’insectes, fourmis mimis d’hôpital...

Le Neuvième Homme

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  Exils # 169 (11/02/2026) À Maïté Du givre sur les épaules évoque Pagnol, surtout celui de Manon des sources (1952) : un instituteur y retrace « les terribles événements du bois d’Errosas », coda d’hécatombe d’une lutte des classes sise en sierra, au village enclave de Biescas de Obago. Le mélodrame marxiste et romantique, rural et choral, se termine sur un massacre moral, exercice de darwinisme poussé au paroxysme. Les « héritiers » un brin bourdieusiens et « requins » humains de « maisons » façon Frank Herbert s’y déciment de manière horrifique et orgasmique, prétendants s’étripant, relecture ironique de la table rase fatale du féroce Ulysse, revenu lui aussi chez lui in extremis . Huit macchabées en obscure forêt paraissent pourtant anecdotiques face au conflit fratricide, moins proche que lointain, de la guerre d’Espagne, qu’alimente la contrebande d’armes. Le fait divers légendaire occupera en effet une « demi-colonne e...

Barbare Barbara

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  Exils # 148 (10/12/2025) Palme méconnue et moins musicale que le fameux Orfeo Negro (Camus,   1959), La Parole donnée (Duarte, 1962) ressemble un brin, de loin, sujet de sainteté très tourmentée, à Rossellini ( Le Miracle , 1948) & Buñuel ( Simon du désert , 1965), dispose d’un escalier ecclésiastique aussi spectaculaire que celui d’Odessa la soviétique ( Le Cuirassé Potemkine , Eisenstein, 1925), tandis que le générique de danse, transe, errance, se munit d’un désertique incendie à ravir Tarkovski ( Le Sacrifice , 1986). Ceci posé, l’ opus possède sa propre personnalité, se suit avec plaisir et le sourire pendant une heure trente rapide et dense. Si le dramaturge et scénariste (Alfredo) Dias Gomes souffrit d’afficher ses sympathies gauchistes, interdiction d’expression et licenciement à l’avenant, là-bas, en ce temps-là, ça ne plaisantait pas, pas vrai, Lula da Silva, le socialisme sur fond d’antiracisme ne sort ici grandi, car la satire bien sentie, tragi-comique...

Panique à Pigalle

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  Exils # 95 (21/03/2025) Les détracteurs (des deux sexes) de Deneuve devraient (re)découvrir ce film libre, comme un condensé (du ciné) des années soixante-dix, que l’actrice co-produisit avec Berri (caméo de client) et l’Italie (d’où le sous-titre explicite Non si possono strappare le stelle ), qu’elle qualifiait au fil des années (à juste titre) d’insolite et de poétique. É chec économique et critique, sorte de version hardcore des Demoiselles de Rochefort (Demy, 1967), Zig Zig (Szabó, 1975) jamais ne démérite (depuis le prologue clopin-clopant jusqu’à l’épilogue poignant), s’apparente à un happening (un peu d’impro mais pas trop), comédie aux éclats de mélancolie conclue au milieu des flammes et des larmes du mélodrame. Si l’on songe bien sûr à Belle de jour (Buñuel, 1967) et in extremis à Thelma et Louise (Scott, 1991), ce métrage de son âge possède sa propre identité, sa renversante vitalité, une trivialité moins satirique que celle de Ferreri (pas seulement celui d...

La mariée était en blanc

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  Exils # 93 (19/03/2025)  Mythomane à Mexico ? Bovarysme à l’El Globo ? Luisa débarque de sa campagne, d’un « village » aux « deux mille habitants », dans une « pâtisserie française » se rend, où pour une mendiante on la prend, cependant posthume recommandation de la « tante » du bon patron, veuf avec enfants, aux groom et employées plutôt bien traités. Douée, adoubée, la discrète s’adresse à des personnages en sucre, une petite pièce occupe, dont la fenêtre pauvrette permet au voisinage, trivial outrage, de la mater, de ses manières se moquer, aussi elle quitte ce quartier de concierges, au-dessus de « bureaux » et de « caves » se perche. Sur le toit-terrasse, de colère lasse, on peut apercevoir des enseignes américaines, spectacle nocturne d’un capitalisme qui l’illumine et ne l’importune. Via une variation de la célèbre pantoufle de vair de Cendrillon, elle (se) raconte à ses collègues allègres sa re...

Drôle de Tram

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  Exils # 76 (28/01/2025) Défense d’Enfers, embarcation à la Charon : chez Hadès on ne baise, si tu forniques tu te fais fissa refroidir, cf. la justice expéditive réservée au toubib abuseur, à ses « salope » de cloporte. De la petite mort à la grande, il suffit dans le métro de descendre, de monter dans une tour, de troquer le béton qui trop « rend marteau » contre une campagne sépulcrale. Se mettre au vert sent le sapin, personne n’échappe au Destin, y compris un pékin kafkaïen, doté d’un cran d’arrêt à donner de « drôles d’idées », alourdi d’une hitchcockienne culpabilité d’altérité. Le chômeur en quête de contact patraque se demande s’il planta le comptable, un suicidaire l’en assure, l’héritière altière au cabriolet corbillard venge en définitive son père. Avant de se retrouver à faire du tir au pigeon sur le pont de Brion, de naviguer sur les gorges de l’Ébron, Alphonse croise un flic en train d’emménager, porté sur la conserve de cassoulet, la vio...

El Jodo

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  Exils # 68 (08/01/2025) « Do you want to go on? » demande l’alchimiste au voleur, c’est-à-dire le cinéaste à l’acteur. Certains spectateurs répondront non, moins fans et financeurs qu’Ono & Lennon. Cependant ce métrage de son âge se suit sans déplaisir, constamment amusant à défaut d’être surprenant. Une cinquantaine d’années après sa sortie limitée, doté d’un budget de millionnaire utilisé à moitié, La Montagne sacrée (1973) ne ressemble en rien à un évangile ni à un texte bouddhiste, n’en déplaise au polyvalent stakhanoviste, ici scénariste, réalisateur, compositeur, costumier, décorateur et producteur. L’auteur de BD remarqué vient du mime et du théâtre, tendance panique, il connaît donc l’éloquence du silence, le mouvement des tableaux vivants. Adapté de Daumal vaguement, d’un livre de chevet de Mitterrand, l’ opus magnum rappelle bien sûr Buñuel & Fellini, le Mexique au passage patrie d’adoption du drôle d’Espagnol. Le Chilien taquin tacle autant les...

Jeu est un autre

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  Exils # 49 (10/09/2024) La « double indemnité » [1] de Billy Wilder ? La « double identité » de Dolorès Grassian. Le Futur aux trousses (1975), remarquez donc l’oxymoron en situation, méconnue mais aimable comédie noire, commence dans un miroir, identitaire et dédoublé accessoire, affiche des chiffres pré-générique presque à la Matrix [2] , donne à entendre les clochettes d’une calèche chipées bien sûr à Buñuel [3] , comporte une partie de chasse en marche telle celle de La Règle du jeu [4] , en prime un happening un brin fellinien, « boudoir défouloir » d’anciens abattoirs, ce qui, accolé aux séquences de micro-trottoir (la scénariste/réalisatrice s’y met en abyme ?), au prix pour faire partie du club inclusif (120 francs) rappelle illico les quidams et les fachos du spécialiste Pasolini [5] . À moitié tourné au sein aseptisé d’un « centre informatique du Crédit Lyonnais », banque pas encore en détresse ni préoccupée de ...

L’Angélique et l’Hypnotique

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  Exils # 26 (20/03/2024) Pour Catherine presque Portinari L’Eucharistie inversant, cannibalisme adjacent, le cinéma désincarne le monde, le réduit à un (im)pur esprit. Parmi la forêt des films, pétrifiée, néanmoins animée, mobilis de l’immobilité, Nemo KO, jadis suites d’images pelliculées pas si sages, désormais fichiers de données numérisées, plus rien ne prend corps, ne (se) sent encore, y compris au creux des trois imageries, des belles âmes bien sûr honnies, de l’horreur, du mélodrame et de la pornographie, cependant censées carburer au sang, à la sueur, au sperme et aux larmes. Entre apparence de résistance au virtuel à la pelle, au simulacre matraque, et gadgets obsolètes, Odorama et tout le tralala, le ciné se bouche le nez, assume sa sinusite chronique, tant pis pour la poignée d’Italiens un brin malsains portés sur la coprophilie, revoyez vite avant de mourir, de vomir, les cadavres excrémentiels et exquis de Ferreri ( La Grande Bouffe , 1973) & Pasolini ( Sal...

La Charrette fantôme

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  Un métrage, une image : Un carrosse pour Vienne (1966) Une forêt de conte de fées défait, à défaite (« Hitler fichu ») guillerette ; une paysanne pas bavarde, veuve guère joyeuse de guerre affreuse, décidée, Dieu merci, à « réparer l’injustice » d’un mari trop tôt parti, parce que pendu pour l’exemple après avoir volé du ciment, tu m’en diras tant ; deux chevaux « braves » au cœur et à l’écart du drame ; deux soldats à hue et à dia, le premier malade, pessimiste, lucide, le second assez bon, au fond, « bon à rien », il le vaut bien, avec ses photographies de famille, son sommeil d’épuisé, d’employé des pompes funèbres improvisé, où sa Mutter maternelle il appelle : immobile road movie, dont le révisionnisme sentimentaliste évidemment déplut en Tchéco coco, fable affable fournie en hommes mais flanquée d’une seule femme, Un carrosse pour Vienne ( aka le plus pragmatique et moins satirique Un chariot pour Vienne...