Articles

Affichage des articles associés au libellé Dino Risi

Un homme à Rome

Image
  Exils # 165 (03/02/2026) Ce beau salaud de Stefano s’occupe donc d’immigration, fi d’ICE polémique, à peine une Anglaise à écarter d’un héritier. Il se soucie aussi d’un pseudo-producteur de disque, descendu dès le début : la caméra sur grue dévie de l’avenue, va vers une fenêtre, cadre la discussion sans le son et capte l’impact, incipit un brin hitchcockien, façon Frenzy (1972), à la suite d’un générique où les enseignes électriques se mêlent aux décorations de Noël. Le sous-titre l’explicite, Belli ressemble plus à un « détective » qu’à un flic, à l’ alter ego Baldo, sur ses traces et à ses basques. Désinvolte et tendu, facétieux et fiévreux, Franco Nero incarne un cousin pas si lointain du condé de Bouquet & Boisset, du Dirty Harry d’Eastwood & Siegel. Sous la cynique carapace se dessine une détermination sentimentale, itou motivée par la nécessité de sa propre peau sauver. Le « fonctionnaire de police » accro aux bakchiches n’y parvient...

Le Jour des masques

Image
  Exils # 138 (23/10/2025) Derrière la devanture du titre français façon Lon Chaney se dissimule un divertissement de mise en abyme, explicite intitulé d’origine. Avant d’identifier un film, il servit à désigner une émission de télévision, devint de Gassman le surnom. Moins mélangé, raconté au passé, Il mattatore (Risi, 1960) suit ce succès, Le Pigeon (Monicelli, 1958) paraît prolonger. Mais le système D de la délinquance souriante, tragi-comédie de darwinisme social, se mâtine d’histrionisme, d’un dilemme espiègle. Petit bourgeois très à l’étroit, Gerardo Latini étouffe gentiment chez lui, revoit et revit sa vie, s’émancipe in extremis , vive le volant, merci les complices. En coda colorée, cerise surprise sur le gâteau noir et blanc élégant, il dérobe illico des bijoux britanniques royaux, boucle bouclée pas sans rien de l’interprète shakespearien. L’Homme aux cent visages relie ainsi Pauvres millionnaires (Risi, 1959) et Le Fanfaron (Risi, 1962), dont l’adaptation de tr...

Le Nouveau Monstre

Image
  Exils # 97 (25/03/2025) On devine vite l’identité du tueur, mais le monstre manifeste du titre d’origine ( Il mostro ) de ce vrai-faux giallo – le directeur promet à l’ancien romancier de le rééditer en série « jaune » – ne cesse d’apparaître, bien avant que son descendant ne lui fournisse in fine le mobile de ses méfaits. À l’instar de Risi, spécialiste de triptyque ( Les Monstres , 1963, Les Nouveaux Monstres , 1977, Les Derniers Monstres , 1982), la monstruosité de l’humanité prête autant à sourire qu’à frémir, alors l’ opus de Zampa commence en comédie méta, au cinéma, affiches de Carrie au bal du diable (sous-titré Lo sguardo di Satana , De Palma, 1976), La banda del trucido ( aka L’Exécuteur vous salue bien , Massi, 1977) et Spasmo (Lenzi, 1974) aperçues illico , se poursuit en satire, exploitation médiatique et en musique du filon du fait divers épistolaire, se termine en mélodrame, tête baissée, tout (est) consommé. Reposant largement sur les épaules...

Flight Plan

Image
  Modèle de modernité, moralité de monstruosité… L’antidote à In t he Mood for Love (Wong, 2000) ? Davantage un ouvrage sur les images et les mirages. Dans l’avant-dernier segment émouvant puis éprouvant des Nouveaux Monstres (1977), coréalisé en compagnie de Scola & Monicelli, Risi leur laisse presque toute la place, petit précis de ciné muet très expressif, tout le temps éloquent, où à peine une poignée de répliques, unilatérales, répondent aux paroles ad hoc du double programme musical, aux informations à la télévision finales et fatales. Face aux interrogations du romantisme, le terrorisme conserve ainsi mystère et mutisme. D’une décennie à la suivante, les moyens de locomotion diffèrent mais demeurent mortifères, la virée en voiture ou le vol en avion se terminent idem au cimetière, Senza parole prolonge subito presto Il sorpasso (1962). S’il ne fanfaronne comme Gassman, présent ici aussi, qu’il évoque en vrai-faux sosie, Latin lover au charme de cheveux sombre...

Identification d’une femme : Monica survivra

Image
  Cassavetes & Rowlands, Eastwood & Locke, Roeg & Russell ? Antonioni & Vitti… Qui donc se souviendra, aujourd’hui, de Monica Vitti, sinon les fanatiques des films de Michelangelo Antonioni, les admirateurs d’un cinéma d’autrefois, façonné en Italie, d’un autre monde, aux vies évanouies ? La Monica, ça va de soi, durant ces vingt-cinq dernières années, dut tout en oublier, car atteinte, misère, d’un Alzheimer, en écho à « notre » Annie Girardot, presque compatriote, en tout cas de co-productions d’Europe. Ironie sinistre, peut-être rédemptrice, des actrices démunies de mémoire, incapables de se reconnaître au fantomatique miroir, quelle fragilité cruelle que celle de caractéristiques crues fondatrices. Avant de voir se dissoudre son identité, son pedigree , sa mémorable renommée, qu’elle situait dare-dare au-dessus d’un Oscar, Vitti traversa quatre décennies, se fit plusieurs fois féliciter, parce qu’elle le valait bien, par les « profess...

Les Tueurs

Image
              Un métrage, une image : L’Empire du crime (1972)         Il manque vingt minutes à la VF disponible en ligne, ce que l’on visionne, merci à l’amie italophone, séduit, suffit. La mala ordina , c’est-à-dire La Mafia commande , se divise en moitiés minutées : une première d’exposition(s), une seconde d’exécution(s). La séparation, reprise par les titres alternatifs Passeport pour deux tueurs + Manhunt in Milan , survient à l’occasion d’un double féminicide, tandem de dominos provoquant illico la tombée/trépas de presque tous les autres, à l’exception du commanditaire américain, car à l’écart de cette Italian Connection , intitulé calqué sur un succès, idem camé ( French Connection , Friedkin, 1971), aux allures d’imposture(s), sinon d’oraison(s). En bonne logique symbolique et graphique, la multiple poursuite se termine au creux d’une casse automobile, où doit dormir la belle bagnole ...

Dimanche d’août

Image
  Un métrage, une image : Le Fanfaron (1962) Il sorpasso commence comme Caro diario (1993), Rome nécropole, travelling avant de véhicule en mouvement. Si Moretti partait en pèlerinage auprès de Pasolini, Risi, covoituré avec Maccari & Scola, creuse la fosse, voire le ravin, du fameux miracle économique italien. L’étudiant Trintignant croise donc la (dé)route du grand adulescent Gassman, tandem de mecs modèle des mêmes ( Parfum de femme , 1974 Le Fou de guerre , 1985). Assis à la place du mort, à côté du matamore, il finit dans le décor, ersatz en extase de Werther le suicidaire. Matrice apocryphe du Easy Rider (1969) du connaisseur Hopper, autre road movie masculin, encore moins serein, désenchanté, à succès ; satire sociale à base d’hédonisme, d’infantilisme, de cynisme, de racisme, de nostalgie du fascisme, de capitalisme assumé, de vide et de vulgarité, de petite bourgeoisie rurale et rassie, cheveux détachés, rattachés, d’un soupçon d’homophobie...

Mais où est donc passée la septième compagnie ?

Image
  Un métrage, une image : La Grande Pagaille (1960) Ce récit d’Italie, de route et de déroute, accompagne le périlleux périple de quatre (pauvres) types, dépassés, trépassés, par des événements de revirement. N’en déplaise aux exégètes, aux amants du classement, il ne s’agit, jamais, d’une dite comédie à l’italienne, catégorie discutable, Chaplin opine, enchante et chagrine, certes moins stupide et raciste que celle, à la truelle, de « spaghetti western », Sergio Leone s’en désole, mais, bel et bien, d’un mélodrame martial et masculin, grevé de la gravité au carré du score d’escorte d’Angelo Francesco Lavagnino ( Les Sorcières du bord du lac , Tonino Cervi, 1970). Produit par Dino de Laurentiis, dont le nom fait au moins trois apparitions, durant le générique en images fixes, déjà figées, de bande-annonce immobilisée, l’ opus applaudi accompagne en plus, à sa manière douce-amère, le « miracle économique » capitaliste et consumériste, portraituré pied au plancher...

Corrina, Corrina

Image
  Un métrage, une image : La Proie de l’autostop (1977) Voici donc une comédie noirissime, aux allures impures de vrai-faux western excessif et existentialiste, qui se charge à charge d’une certaine et médiocre image de la masculinité, transalpine ou point. S’il revisite la violence sexuelle des Chiens de paille (Peckinpah, 1971), cette fois-ci assortie du second couple pas si en (dé)route, surtout sarcastique, de Guet-apens (Peckinpah, 1972), Festa Campanile, par ailleurs auteur de l’amusant Ma femme est un violon (1971), pensée attristée pour Laura Antonelli, quel gâchis, de l’émouvant La Fille de Trieste (1982), grâce à Jacqueline Waechter découvert, en sus scénariste pour Risi ( Pauvres millionnaires , 1959), Bolognini ( Le Mauvais Chemin , 1961) ou Visconti ( Rocco et ses frères , 1960 + Le Guépard , 1963), filme sèchement un enfer moderne, dont l’aridité désertique et définitive reflète de fait l’âme perdue de personnages plus pires les uns que les autres, excep...

L’Affaire Mattei : Le Goût de l’Italie

Image
  Trente métrages , trois images, deux visages, un rivage … À l’italianophile Jacqueline Io ho paura (Damiano Damiani, 1977) Petit polar politique, à propos de la pornographie, au propre, au figuré, d’une Italie alors terroriste-terrorisée, ponctué de saisissants effets de réel mortel et placé sous le signe duel de la duplicité, tandem de juges, juste ou injuste, pour policier déplacé, apeuré, justicier, assassiné, où le valeureux Volonté, flanqué des cosmopolites Adorf & Josephson, démolit, doté d’une dépressive fragilité, les « hommes forts » de sa filmographie, chez Petri & Rosi… Il nido del ragno (Gianfranco Giagni, 1988) D’un labyrinthe à l’autre : dans une Budapest spectrale, une secte tisse sa toile… Certes longuet, pas assez personnalisé ni développé, du fantastique toutefois soigné, beau boulot du directeur photo, musique à la Herrmann, avec spécialiste traumatisé, secrétaire singulière + bébé humain-arachnéen. Et Stéphane Audran, comme souvent, é...