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Affichage des articles associés au libellé Joe Dante

Épouvante impuissante

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  Exils # 137 (22/10/2025) Cafi d’informations, dont beaucoup en voix off , le prologue de Pompoko (Takahata, 1994) épuise vite, on se dit que le film ne va pas pouvoir tenir un tel rythme, mais il y arrive, fi du contemplatif. Si le synopsis paraît anticiper celui d’ Arrietty : Le Petit Monde des Chapardeurs (Yonebayashi, 2010), la (re)découverte consensuelle des espèces cède ici sa place à une guerre ouverte, sinon une lutte des classes, dont l’issue prévue et perdue dessine en définitive un joli génocide. Chronique historique d’une disparition programmée, ce requiem jamais blême, constamment amusant, ne succombe à la mélancolie, dépasse la problématique écologique, tarte à la crème de la mauvaise conscience moderne. Ce qui se joue sous les yeux ravis, jeu sérieux délesté de l’esprit homonyme, relève du réflexif, de la résistance, de la transcendance. Le baroud d’honneur devient un bagout d’horreur, la technologie détruit la magie, les Mohicans japonais se font fissa dég...

Planète Harlem

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Exils # 91 (12/03/2025) Contemporain du cossu Starman (Carpenter, 1984), moins sentimental et plus social, Brother (Sayles, 1984) mérite un accessit , bien qu’un brin manichéen. É crit, dirigé, monté – et interprété – par le scénariste de Piranhas (Dante, 1978), L’Incroyable Alligator (Teague, 1980), Hurlements (Dante, 1981) ou Le Clan de la caverne des ours (Chapman, 1986) et le réalisateur de Limbo (1999), il s’agit d’un conte moral (et anti-drogue en mode Reagan). Un extra -terrestre mutique à l’épiderme aussi sombre que la nuit se retrouve vite à Harlem, s’insère parmi ses « frères » (mendiant musulman le bénissant), réparateur de matériel électro et guérisseur de genou de minot doté d’un cœur d’artichaut, épris presto d’une chanteuse – Dee Dee Bridgewater sans Ray Charles – elle-même (dé)chue, du hit - parade , pas des étoiles. Le candide céleste découvre d’abord l’Amérique du Nord via les vestiges d’Ellis Island. Une main sur un mur, en écho à Brando sur ceux...

Il faut qu’on parle de Kevin

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  Exils # 82 (17/02/2025) Selon cette seconde version – je ne reparle de la première, relisez-moi ou pas – d’un « souvenir gênant de l’espace », dixit la réplique du chef des scientifiques et méchant de service, Noir du soir à la barbe blanche, personnage à présent « malaisant », un changement majeur modifie la perspective, en partie piqué au Piranhas (1978) de Sayles & Dante : exit la météorite, place à l’ artefact . Si de jeunes gens incarnent encore de grands adolescents ; si l’ensemble se déroule toujours sur fond de « guerre froide » et de menace mélasse à refroidir, au propre et au figuré ; si la « foi » et la confiance font à nouveau la force, il ne s’agit plus ici de xénophobie fifties , mais d’une manipulation de masse fictive et prophétique. Les hommes en blanc, soi-disant bienveillants, démasqués, menaçants, autant que les militaires d’hier, d’ E.T., l’extra-terrestre (Spielberg, 1982) ou Starman (Carpent...

L’Eau et l’Électricité

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  Exils # 78 (30/01/2025) La prison suprême ? L’esprit, surtout surnaturel. Telle pourrait être en résumé la morale de ce métrage que Monsieur Darmanin devrait visionner. En attendant le huis clos de narcos, voici le Wyoming State Penitentiary, bâtiment abandonné, nouvel avatar de la bonne vieille maison hantée. Après un prologue en POV, en vérité souvenir cauchemardé, exécution d’électrocution, suivi d’une conversation de commission sous tension, ériger un établissement vraiment pertinent prendrait trop de temps et d’argent, les prisonniers rappliquent en autocars et un tandem de rebelles termine à l’humide mitard. Au cœur des écroués, le jeunot et déjà beau Viggo (Mortensen, who else? ), que tout le monde remarque, que « tous les mecs matent », a fortiori le directeur directif, voire expéditif, au sommeil solitaire très tourmenté. Quitte à occuper une épave, illico retapée par les principaux intéressés, autant la confier à un professionnel (r)éprouvé, sen...

Quand Harry rencontre Sally : Les Jouisseuses

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  La preuve et l’épreuve, les sens et le sens, l’orgasme et l’organe… « How do you know? » demande, à deux reprises, la dérangeante, mais amusante, Meg Ryan, au pertinent partenaire, Billy Crystal comme le cristal encore clair, comprendre, erreur totale, trop sûr de ses capacités de (sur)mâle. En 1989, Rob Reiner filme un mec et une meuf, ne filme rien de neuf, se repose (et impose), un peu, sur le duo sans défauts, ou alors, le sert au mieux, souvenir heureux, le point de vue suivant, sévère ou indulgent, immortalise, in extremis , sa marrante maman, réplique remarquable et remarquée, de coda incluse, selon une sorte de « scène primitive » inversée, non plus surprise, ou représentée, par les enfants, puisque, à présent, proposée aux parents, carrément aux clients. Au sein, tout sauf malsain, d’un delicatessen serein , certes assez éloigné de l’homonyme satirique de Marc Caro & Jean-Pierre Jeunet ( Delicatessen , 1991), la lucide Sally, en sourdine ulcéré...

Démons + Démons 2 : Entropy

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    « Cathédrale » et « caïman », mitan et maintenant… Quand je mourrai j’irai au Paradis C’est en Enfer que j’ai passé ma vie Daniel Darc Cinéma méta ? Cela va de soi. Satire de la TV ? Pourquoi pas ou en effet. Ce diptyque sympathique cependant à ceci ne se limite. Bava se souvient de son puissant et pionnier papa ( Le Masque du démon , 1960), il rencontre le Cronenberg de Frissons (1975) et Vidéodrome (1983), il délivre deux survivals juvéniles, dont la surface à fond superficielle reflète celle, darwinienne, synthétique, ludique, cynique, de la décennie. Les films fonctionnent à la symétrie, dialoguent à distance, se citent, se corrigent. Le premier volet verse in extremis vers la dystopie, s’achève via un cadavre de nuit ; le second se termine sur une femme transformée en mère et son homme à l’aube, comme en clin d’œil à la coda ouverte de Zombie (Romero, 1978), hélico illico . Au-delà de divertissements d’antan, co-écrits...

Nikita

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  Un métrage, une image : Un espion ordinaire (2021) Mister Krushchev said we will bury you I don’t subscribe to this point of view Sting, Russians Face au soin de la reconstitution, tradition d’Albion, sur petit ou grand écran, n’importe quel essai hexagonal paraît provincial, même si les plus sarcastiques, miraud Truffaut, ne manquent d’assimiler le cinéma anglais à un musée, à un magasin d’antiquités. Biopic assez sympathique et en définitive anecdotique, Un espion ordinaire , c’est-à-dire, en VO de vocable français, The Courier , participe de ce chic idiosyncrasique, en sus se soucie de ressusciter une période (tré)passée, celle de l’équilibre de la terreur atomique, sur fond de relations refroidies entre l’URSS et les États-Unis, du côté de Cuba, ça ne rigola pas, because missiles so sixties . Personne, ni à l’Est, ni à l’Ouest, toutefois ne confondra ce (télé)film trop tranquille avec le lucide L’Aveu (Costa-Gavras, 1970), le ludique Panic sur Florida Beach ...