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Affichage des articles associés au libellé Anthony Perkins

Poussière d’étoile

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  Exils # 113 (18/06/2025) Dans ses Souvenirs et Réflexions , l’estimable musicienne Mel Bonis affirme : « L’artiste n’est pas un moraliste, mais il se doit d’être une personne morale. » On ne saurait douter de l’éthique d’Anthony Mann, néanmoins cette « étoile d’étain » d’intitulé original mérite son titre. Western modeste, mineur et méconnu, cela explique en partie ceci, Du sang dans le désert (1957) ne réussit jamais à s’élever au-dessus du statut de bel exercice de style desservi par un script simpliste, signé du complice de Ford Dudley Nichols ( La Chevauchée fantastique , 1939), « d’après une histoire » de scénaristes de TV, handicapé par un casting anecdotique, surtout du côté des dames, aux rôles en toc, doté d’un didactisme rédhibitoire rempli d’espoir, ce succédané stérile et laïc de l’espérance, précise le credo catho de la précitée compositrice. Un chasseur de primes en transit, pragmatique et presque cynique, transmet sa prati...

Venise en Italie

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  Exils # 98 (26/03/2025) Moins émouvant que L’Anti-gang (Reynolds, 1981), moins réussi aussi, Banco (Richards, 1986) possède cependant quelques éléments intéressants. L’ouverture divisée, en montage alterné, affiche deux motifs et deux formes de violence : celle « faite aux femmes », dénomination de discrimination et de victimisation désormais à la mode, celle entre hommes, emmerdeur de dame costaud – et joueur de billard, la queue, les boules, Freud roucoule – contre « crevette » dégarnie [1] le mettant au tapis. Si la première impressionne, rappelle illico les marches au tombeau de Blue Velvet (Lynch, 1986) et Twin Peaks: Fire Walk with Me (Lynch, 1992), la seconde s’avère vite autant truquée qu’un match de catch. Les situations en opposition carburent donc à la lutte de pouvoir, voire de territoire, matérialisent une masculinité enténébrée au carré – tout se situe de nuit – à vomir ou à sourire. Tandis que la craintive puis conquise compagne du...

Les Loups de haute mer : Commando pour un homme seul

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  Chercher la femme, ne rechercher l’infâme… Fable féministe fardée en film d’action, sinon de science-fiction, car Roger Moore misogyne, puisque Tony Perkins terroriste, Les Loups de haute mer  (Andrew V. McLaglen, 1980) cristallise les contestations sexuées de la décennie en train de se terminer, les développe d’une façon positive et apaisée. À contre-emploi, sans doute il s’en délecta, le regretté Roger les « femelles » ne peut supporter, en raison de raisons familiales puis conjugales formulées, indices pour expliquer, pas pour justifier. Il s’avère cependant capable de reconnaître les qualités du Premier ministre, interlocutrice complice, a contrario de facto de l’infecte Margaret : « Cette femme vaut bien deux hommes », en effet, tout comme le vrai-faux « garçon » survivant, dissimulé, frigorifié, auquel il devra la vie, sous la douche chaude, il se surprend de ses seins, donc de son sexe, vive la vapeur, vive la valeur, il l’admet d...

Le Trou noir : Gravity

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Bricoler la capsule ? Figurer l’infigurable… Une BO de John Barry  ? Un casting incluant Yvette Mimieux, Ernest Borgnine, Robert Forster, Anthony Perkins, Maximilian Schell ? De la SF d’astrophysique, fantaisiste, certes ? Tout ceci donne envie de (re)voir Le Trou noir (Gary Nelson, 1979), de faire fonctionner la frange d’enfance enf(o)uie. Par conséquent nous voici, illico , à bord du Palomino, confronté, dès le générique infographique, en vert cadavérique, à un film funèbre, l’un des rares essais de Disney désireux de s’adresser aux adultes, en sus des Yeux de la forêt (John Hough, 1980), de La Foire des ténèbres (Jack Clayton, 1983), diptyque fantastique, cette fois-ci. The Black Hole ou la rencontre de Vingt mille lieues sous les mers (Richard Fleischer, 1954), idem produit par le studio de Walt, avec Silent Running (Douglas Trumbull, 1972), serre partagée. Dans le sillage de James Mason, Schell interprète un ermite ne sachant se lasser des «...

Edge of Sanity : Susana la perverse

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  « Connais-toi toi-même » conseillait Socrate – et quid du diable à domicile ? Je l’ai dit, je le dis, et je le répète : les femmes, je suis contre... tout contre. […] Je ne peux m’en passer car la femme est une drogue des plus violentes et des plus coûteuses. Guitry Docteur Jekyll un jour a compris Que c’est ce Monsieur Hyde qu’on aimait en lui Mister Hyde, ce salaud A fait la peau, la peau du Docteur Jekyll Gainsbourg Voyeurisme infantile de « scène primitive » et introductive durant une orageuse nuit au creux d’une écurie, avec pendaison par les pieds, fessée rousseauiste administrée par l’étalon au milieu des étalons, défiguration de gourgandine moqueuse d’humiliation : nul de s’étonnera que l’honorable médecin se réveille en sursaut sous le choc de ce souvenir-cauchemar-fantasme. Épargnons au lecteur l’énumération des adaptations du court roman de Stevenson pour situer celle-ci, sortie en 1989, juste avant les ré...

Psychose III : Chambre avec vue

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Autoroute perdue et humanité retrouvée. On ne peut qu’aimer ce film mal-aimé, maudire ceux qui le moquent ou méprisent, car il montre et démontre une mémoire stimulante et une émouvante mise à nu de cinéma. Après le duo Hitchcock/Stefano puis Benjamin/Holland, Anthony Perkins et Charles Edward Pogue (dramaturge notamment connu pour sa contribution à La Mouche contemporaine de David Cronenberg) retournent en 1986 au motel Bates, le réinvestissent de souvenirs, de surprises, de pistes et de promesses. Des artistes solides et talentueux les accompagnent : David Blewitt (monteur de Ghostbusters et Moonwalker ), Henry Bumstead ( production designer supérieur), Carter Burwell, Hilton A. Green (producteur et ancien assistant de Sir Alfred), Bruce Surtees, sans omettre une troupe à l’unisson : Roberta Maxwell (croisée dans L’Enfant du diable ), Diana Scarwid, Jeff Fahey (excellent dans Chasseur blanc, cœur noir ), Hugh Gillin, ni les appréciables apparitions de Juliette...

L’Ombre d’un géant : Souvenirs d’Orson Welles

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Un centenaire, pour quoi faire ? Loin du chœur (des pleureuses) critique, voici un petit portrait inspiré de Perec… Je me souviens d’un éditorial nécrologique, au cigare et chapeau noir, paru dans feu Starfix et du « découpage » de Dossier secret publié dans L’Avant-Scène Cinéma . Je me souviens des entretiens avec Peter Bogdanovich, Moi, Orson Welles , dans une traduction parfois hasardeuse, de son émotion à la vue sur petit écran des sublimes Amberson, non en raison du montage tronqué, mais bien du temps perdu. Je me souviens des textes d’Edgar Allan Poe, interprétés pour un album studio d’Alan Parsons Project, intitulé Tales of Mystery and Imagination . Je me souviens de la projection, dans une salle provinciale et vide, aujourd’hui disparue, de It’s All True , tourné au Brésil, ressuscité/narré par la fidèle Jeanne Moreau, et d’un téléfilm anodin avec Liev Schreiber en avatar,  RKO 281 : La Bataille de Citizen Kane . Je me souviens de ...