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Affichage des articles associés au libellé Thriller

Michel ma belle

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  Exils # 192 (28/04/2026) « Tout ça pour toi » : la morale sentimentale s’applique au personnage de Kim, identifie le film de Pearce, sorti en 1986. Quarante années après, que reste-t-il de cette love story humide et pudique, de ce vaudeville assez vide, tramé en thriller mineur ? D’abord une direction de la photographie digne d’estime, due à Michel Brault, personnalité + pionnier de bon aloi du cinéma québécois, qui venait d’éclairer un certain Louisiane (de Broca, 1984). On demeure donc là-bas, dans cet É tat, on revisite évidemment La Nouvelle-Orléans, ville de vertige et de prestige, on épouse les pas troublés, passionnés, des fugitifs ( bis ) de l’abbé Prévost, sacrée Manon Lescaut, matrice apocryphe de La Sirène du Mississippi de William Irish et par ricochet du métrage raté de saint François Truffaut, des suceurs de sang existentiels et sensuels d’Anne Rice, ensuite de Neil Jordan ( Entretien avec un vampire , 1994), auxquels le Kurgan de Krabbé f...

La Ménagerie d’hier

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  Exils 189 (21/04/2026) La fin du film identifie enfin l’interprète principal, cependant depuis quatre ans reconnu et apprécié par les spectateurs de Touchez pas au grisbi (Becker, 1954), Razzia sur la chnouf (Decoin, 1955), Maigret tend un piège (Delannoy, 1958), Ascenseur pour l’échafaud (Malle, 1958) ou Montparnasse 19 (Becker, 1958). Autrefois flic ou voyou, bien avant Belmondo, à présent espion, voilà Ventura mis en avant, via un véhicule divertissant, qui relie le film classé policier au film dit d’espionnage, dont le casting choral et l’humour méta annoncent Les Tontons flingueurs (Lautner, 1963) et bien sûr Les Barbouzes (Lautner, 1964). Le « Vieux » de Vanel, monocle en toc vissé à la Meurisse, évoque le « Mexicain » (Dumesnil) du premier, tandis qu’une messe basse d’église l’anticipe aussi. Au lieu du tandem Audiard & Simonin, Le Gorille vous salue bien (1958) se base sur un scénario de Robert ( Marie-Octobre , Duvivier, 1959 ou Le Mo...

Sorcière sonore

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  Exils # 177 (05/03/2026) Mère au volant, mort au tournant, celle d’un cerf, liquidé en ligne droite, chaussée mouillée, conductrice inattentive, mauvais « signe ». Pas de délit de fuite grâce à sa fifille, indocile plutôt que prodigue, mais pare-brise abîmé de son côté, motif de toile d’araignée, repris ensuite durant l’enfance, jeu joyeux à deux, mains et laine en tandem , à l’âge adulte, endeuillé tumulte, pendant la mise en espace des sons de la maison. En 2007, Émilie Dequenne (ré)écoute donc Ludmila Mikaël, démolie à domicile ; en 2026, on (ré)entend l’attachante actrice, décédée en mars dernier. Le cinéma comme art funéraire, la cinéphilie forme de nécrophilie. Doté d’un titre impératif et programmatique, É coute le temps reprend la profession de Blow Out (De Palma, 1981) et récupère l’installation de Spider (Cronenberg, 2002). Construit en boucle bouclée, accident au carré, au présent, au passé, animal en rime, sous la pluie et sous le soleil, le premie...

Le Sang de la Présidente

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  Exils # 172 (25/02/2026) Tu dois avoir très peur, citoyen spectateur : (re)voici l’extrême droite aux portes du pouvoir (hôte mis à la porte), à liquider dare-dare, « bonimenteur dangereux » à mettre hors-jeu, maté en vidéo avec sa maîtresse, mais tous les dimanches à la messe. En 2022, le secrétaire général amoureux, baiser volé d’adieu douloureux, informait l’aristocrate patraque des méfaits d’une « internationale fasciste », rime prophétique à la même « réactionnaire » de l’actuel ministres des Affaires étrangères. Puisque « Paris vaut bien une messe », votre démocratique altesse, que le peuple déteste, « l’antifascisme » mérite un homicide, pragmatisme cynique applaudi par les nervis de LFI. La royale Élisabeth de Raincy résiste puis reprogramme le meurtre in extremis , en partance vers la Suisse, où vient d’être commis un attentat terroriste, pardon du pléonasme, massacre causé par un « Français » suicidé, «...

Game (to redisc)over

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  Exils # 151 (16/12/2025) Redécouvrir WarGames (Badham, 1983) en 2025 finissante, sinon inquiétante, possède un certain piquant et démontre deux choses : 1) John Hughes dut le voir avant de réfléchir à l’hédoniste effronté de La Folle Journée de Ferris Bueller (1986) ; 2) en dépit d’un catalogue – j’allais écrire arsenal, terme très connoté – technologique déjà dépassé, le conte moral conserve son actualité. La bataille finale de tartes à la crème (coupée au montage, dommage) de Kubrick & Southern ( Docteur Folamour ou : comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe , 1964) ? L’ordinateur placide et néanmoins homicide de Clarke & Kubrick ( 2001, l’Odyssée de l’espace , 1968) ? Le cinéaste et les scénaristes ne s’en soucient, délaissent au tandem d’illustres ancêtres la satire en situation et l’ironie d’anticipation. Ils s’intéressent au « réel », au jeu sérieux, à ce qui les différencient, cf. l’épiphanie collective de...

Panique celtique

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  Exils # 143 (20/11/2025) « T’es pédé ou quoi ? » demande Depardieu à Perez : question de bon ton, désormais démodée, merci au moralisme cinématographique, à la police du lexique, dont le pronom indéfini importe plus que l’épithète obsolète. Diptyque de répliques explicites : « L’amour c’est la merde », toujours du junior , « Ils jouent à un drôle de jeu ces deux », observe avec justesse un flic à l’écoute. Comédie noire souvent desservie par sa forme de téléfilm, TF1 co-produit, l’incontournable Canal+ aussi, Le Pharmacien de garde (Veber, 2003) connut l’échec économique et critique. Alors âgé de trente-sept années, le fils de Francis mit une décennie à s’en remettre, remit le couvert sur un script assez similaire, puisque Bipolar (2014) a priori revisite de Hyde & Jekyll, tourné aux States , sa nation de formation, inédit ici. Autrefois assistant sur La Chèvre (Veber, 1981) et acteur dans Les Fugitifs (Veber, 1986), ensuit...

Corps (d’)étranger

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  Exils # 131 (02/10/2025) Dans L’Inconnu (Browning, 1927), l’amoureux et dangereux Lon Chaney, lanceur de couteaux avec ses pieds, se faisait amputer des deux bras, fi de la phobie tactile de Joan Crawford, hélas éprise d’autrui, tant pis pour lui. Presque une centaine d’années après, dans Above the Knee (Bøe, 2024), Freddy Singh, acteur, co-scénariste et co-producteur, ne supporte plus sa jambe gauche, c’est-à-dire diabolique, qu’il perçoit en train de pourrir, qu’il prépare au pire. Incarnation à son corps défendant et obsédant de notre époque, celle du DIY, le quidam de domestique et médical mélodrame souffre du syndrome de la DIC (dysphorie de l’intégrité corporelle), que détaille à la TV une vraie-fausse aveugle, victime vite complice pas jusqu’au-boutiste, portée sur les piqûres d’anesthésiant et le vaudeville malséant, en écho aux dingos de Misery (Reiner, 1990) et Liaison fatale (Lyne, 1987). À l’écart de sa compagne compatissante, l’ancien alcoolique dépressif, r...

Le Concert et le Cimetière

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  Exils # 128 (16/09/2025) Dans Obsession (De Palma, 1976), autre avatar du complexe d’Électre, une restauratrice de tableaux invitait à sauvegarder la beauté, peu importe le palimpseste. Dans La 7 ème Cible (Pinoteau, 1984), la mamma de Ventura dissimule sous ses « gouaches » pas si dégueulasses des signatures de renom, découvre Degas d’un coup de chiffon. On devine vite que le procédé de la double couche s’applique au film, qui commence comme se termine Un papillon sur l’épaule (Deray, 1978) et se termine comme commence L’Espion qui venait du froid (Ritt, 1965). Cette fois, toutefois, l’acteur en bout de course et presque à bout de souffle ne se fait plus descendre à distance, en pleine rue passante et indifférente, il se fait tabasser arrivé au sommet d’un escalier à la Remorques (Grémillon, 1941) mais démuni de flotte, position surélevée perdue puis retrouvée, car il l’occupera en coda, indication musicale et spatiale. Ce récit d’une chute rempli de tumulte troq...

Voix sans issue

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  Exils # 127 (10/09/2025)  Macabro (Prado, 2020) commence comme un codicille au diptyque Troupe d’élite (Padilha, 2008 + 2010), qui plut au public et déplut à la critique, les producteurs rempilent, l’affiche et la bande-annonce le précisent. On retrouve vite plusieurs motifs : des hommes en uniformes, une bavure au début, le récit du protagoniste en voix off , avant celle du journal régional nommé A voz da serra . Mais le film sème ce modèle, évite la ville, se déplace donc en montagne, retrace sous forme fictive un fait divers en effet macabre, plus sordide que celui du script . Au Brésil sévissent ainsi deux « frères nécrophiles », friands de refroidissants « féminicides », à faire défaillir les féministes nordistes. Au Brésil sévit aussi un prêtre pédophile, son onctuosité le trahit dès l’orée, son discours antidémoniaque le démasque. En vérité je vous le dis, en dépit de somptueux paysages de parc national, paradis laïc presque préhistorique...

Pollack paranoïaque ?

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  Exils # 126 (09/09/2025) Redford au téléphone et face à Dunaway presque adepte du syndrome de Stockholm : « Je ne suis pas un espion ». Cependant Les Trois Jours du Condor (1975) commence comme Mission impossible (De Palma, 1996), par l’élimination de l’équipe, histoire de faire table rase pour sa star . Avant d’aller suer à Langley, suspendu et non plus perché, Cruise transpire et conspire dans La Firme (1993). Il utilise aussi le mot « conspiracy », que la VF transforme illico en « complot », que les sous-titres de juriste traduisent d’un « entente délictueuse ». Parmi d’autres diptyques apocryphes, disons Les Chasseurs de scalps (1968)/ Jeremiah Johnson (1972), Yakuza (1974)/ Out of Africa (1985), les productions dialoguent à distance, dessinent des individus tendus, témoignent de leur temps. Les choses changent et demeurent les mêmes, la mafia remplace la CIA, Memphis New York (horizon Washington), le blanchiment d’argen...

Des justiciers dans la ville

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  Exils # 122 (28/08/2025) Dans Death Wish (Winner, 1974), la femme de l’avocat Paul Kersey se faisait tuer, sa fille se faisait violer ; dans Fighting Back ( aka Philadephia Security ou Death Vengeance , Teague, 1982), la femme de l’épicier John D’Angelo fait une fausse couche après une poursuite en voiture et sa mère se fait « mutiler ». À huit ans de distance, les deux productions Dino De Laurentiis paraissent prendre le pouls d’une Amérique nordiste malsaine et urbaine, où sévissent toutes les violences, dont celle du vigilante , d’abord citoyen anonyme malmené, ensuite modèle ou malaise à main armée, (anti-)héros dépressif ou héraut droitiste de westerns modernes, pantin de républicains ou cauchemar de démocrates. Ce personnage donnera au passage son titre à un film de Lustig (1983), dans lequel la femme de l’ouvrier Eddie Marino se fera poignarder, son fils se fera descendre, inspiré en partie lui aussi par l’entreprise salvatrice ou le discutable épou...

Je fuis une légende

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  Exils # 120 (24/07/2025) « Il a toujours été spécial » déclare la barmaid adepte du « pas de vagues » local. Cependant le berger sudiste n’accomplit rien d’extraordinaire, l’élevage en bord de mer, donc dénué de la transhumance montagnarde, représente à peine une particularité, un mode démodé soumis à l’immobilier. La séquence du générique le présente ainsi en caméra portée dans son active banalité, s’occupant en silence de ses bêtes simplettes, inconscientes des enjeux dangereux et des « intérêts monstrueux » de leur ancienne présence et programmée absence, avant qu’une porte ouverte et un mouvement paysagiste ne dévoilent l’ampleur du panorama et le prix de cette terre-là. Ni pétainiste ni marxiste, Joseph se fiche de l’idéologie, de la lutte des classes ne se soucie, l’attachement au territoire, voire au terroir, variante culturelle et accessoire consensuel de la provinciale politique archaïque ou écologique, lui passe au-dessus de la tête et...

À l’ouest d’Éden

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  Exils # 104 (23/04/2025) Adieu aux Doors et à leur Moonlight Drive , voici donc le méconnu Midnight Ride (Bralver, 1990). Sans doute la production Cannon comptait capitaliser sur le solaire Hitcher (Harmon, 1986), mais elle évoque davantage Le Voyage de la peur (Lupino, 1953) et La Proie de l’autostop (Festa Campanile, 1977), même délestée de l’intensité du premier, de la rudesse du second. Sauf celui de cinéphile Italie, tous ces titres ne pouvaient naître qu’en nordiste Amérique, pays de l’espace, patrie du road movie , paranoïa du piéton, victoire de la voiture, en Australie aussi, disons pour d’identiques raisons, on renvoie vers Mad Max (Miller, 1979) et Road Games (Franklin, 1981). Certes le parcours convenu de cette histoire d’un soir de couple en déroute sur la route face à un fêlé « de retour au bercail », direction l’hôpital, périlleux périple à la Ulysse, au picaresque funeste, ne surprend personne, en dépit d’un épilogue en ascenseur et fauteuil, tu...

La mire m’a tuer

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  Exils # 101 (08/04/2025) Le générique anticipe Shining (Kubrick, 1980) : Delon de dos conduit sur une route sudiste, en bordure de mer et donc de mort, escorté d’une chorale musique dramatique, signée de l’inspiré Demarsan ( Le Cercle rouge , Melville, 1970). Le type anonyme économise son fric chez le tutoyé pompiste et roule en américaine « automatique », assiste en sus à la noyade d’une nounou espagnole, s’incruste au creux de la villa vandalisée par les mômes autonomes, camés aux sucreries et au Coke. Voir Alain avachi dans le canapé devant la télé, en train de sourire et surtout de singer une Sheila au disco « dévouée » vaut déjà le visionnage, mais Attention les enfants regardent (Leroy, 1978) mérite aussi d’être exhumé pour une poignée de qualités. Tel La Traque (Leroy, 1975), il s’agit en définitive d’un survival satiriste, doublé d’une lutte des classes et des territoires, au terme funèbre duquel succombe le pauvre protagoniste, Mimsy Fa...