Le Sang de la Présidente

 Exils # 172 (25/02/2026)

Tu dois avoir très peur, citoyen spectateur : (re)voici l’extrême droite aux portes du pouvoir (hôte mis à la porte), à liquider dare-dare, « bonimenteur dangereux » à mettre hors-jeu, maté en vidéo avec sa maîtresse, mais tous les dimanches à la messe. En 2022, le secrétaire général amoureux, baiser volé d’adieu douloureux, informait l’aristocrate patraque des méfaits d’une « internationale fasciste », rime prophétique à la même « réactionnaire » de l’actuel ministres des Affaires étrangères. Puisque « Paris vaut bien une messe », votre démocratique altesse, que le peuple déteste, « l’antifascisme » mérite un homicide, pragmatisme cynique applaudi par les nervis de LFI. La royale Élisabeth de Raincy résiste puis reprogramme le meurtre in extremis, en partance vers la Suisse, où vient d’être commis un attentat terroriste, pardon du pléonasme, massacre causé par un « Français » suicidé, « fiché S et islamiste ». À demi surpris, un officiel affirme que la menace se situait d’après ses sources du côté de « l’ultra gauche » et non plus des « barbus », balèze « quartier des banques françaises ». Mentionnons que l’auto-suppression (chute off et sonore style de Staël) du partenaire fidèle et sincère, cependant soupçonné de traîtrise, associée à la disparition subite de l’ambassadeur en Russie, explique en partie ce retournement final et fatal. Le cassandre en costard à la prose lapidaire – « toi et moi ne sommes rien », derniers mots illico – ne termine donc Moby Dick, n’accompagne au lit sa compagne cinéphile, belle de Bruxelles, tandis qu’un carton de conclusion, aphorisme œcuménique et consensuel de feu Stefan Zweig, car complicité des contraires, vie contrastée nécessaire, indique aux cancres l’origine du titre et donne un tour d’écrou au chaos.

Ces gens d’entregent, à domicile et en déplacement, lors d’une inauguration de pas si bon ton, le député malmène la main de Madame la Présidente avant sa conférence, devant le commissariat selon son cœur, au creux cérémonieux d’un château tombeau, où se terre sous terre la « salle Jupiter », clin d’œil au carré à Kubrick, atomique et cosmique, le tribun idem démodé de Dead Zone (Cronenberg, 1983) ne détonne, ne désirent pas tant sauvegarder la société, la République (« laïque »), l’avenir, filtres automobiles en prime, chancelier boche au téléphone, en anglais on (se) raisonne, que se débarrasser d’un remplaçant gênant, corrompu et repu, décaler leur départ, conserver le pouvoir, à l’écart de « rêves » et cauchemars dérisoires, à l’abri d’un secret (d’État) médical un brin mitterrandien. Si Le Bon Plaisir (Girod, 1984) gardait le sourire, malgré la mer et la mort, d’accord, Le Monde d’hier de Diastème décuple son risible esprit de sérieux à l’aide d’un fadasse filigrane de mélodrame familial (l’ex se casse), mère et fille « meufs » fortes et fragiles, d’un romantisme mutique à demoiselle en détresse, la dame admirable soutenue et portée, au propre et au figuré, par un garde (pas de Jeune Garde) du corps attentionné. Filmé de façon anonyme, confondant classicisme et pilotage automatique, il cristallise de claire manière, escomptée crépusculaire, Visconti en rit, nous aussi, une catégorie de produits franco-français supposés adultes et engagés, en fait infimes et inoffensifs, insipides et prévisibles. Le cinéaste issu du théâtre se réclame de Camus & Cocteau, hélas le duo de sa Belle (compétente Drucker un sein à l’air) et de sa Bête (bien-pensant et bien-votant Podalydès) prend l’eau, dès l’incipit à vitre humide, essoré cliché de « minuit » rassis. Écrite à quatre, musiquée au violoncelle, cette fable ni cruelle ni machiavélienne souffre en sus d’un casting Netflix, mention spéciale à Benjamin Biolay, autant crédible en Premier ministre que celui en sursis qui sévit aujourd’hui.   

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