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Affichage des articles associés au libellé Jean Vigo

La vie est belle à Vienne

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  Exils # 139 (12/11/2025) Sans emploi et sans toit, le quidam de mélodrame, soi-disant « Jean Durand », décide recta d’un suicide à la Capra, sauve in situ la désespérée bienvenue, qui le secourt à son tour, n’en déplaise aux féministes contemptrices du motif de la « demoiselle en détresse », lesquelles soulignent le double outrage du vrai-faux mariage, l’époux « protège », l’épouse « obéit », eh oui. Après cette plongée en replay , puisque récompense à la clé, billet policier et frais transférés, notre jeune « couple de (non) mariés », condition d’annonce, astuce d’alliances pas chères, répond donc à l’impératif programmatique du titre, parcourt un périple épisodique plus hédoniste que marxiste. Gardez le sourire (Fejos, 1933) fait souvent sourire, en intérieurs et en extérieurs respire, porté par un tandem amène, candide « Gustave Froehlich » & Annabella en réel « rayon de soleil », nom de baptême ...

Le Pantin et la Femme

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  Exils # 102 (15/04/2025) Comme Bergman ( Fanny et Alexandre ) & Kieślowski ( Le Décalogue ), Pialat ( La Maison des bois ) & Lynch ( Twin Peaks ), Comencini manie en cinéaste la temporalité, la proximité de la télé. Que vaut donc cette version condensée, en salle distribuée, en français doublée ? Elle démontre d’abord que la qualité du regard ne dépend de la quantité de l’écran : leçon de réalisation, sinon d’adaptation, bravo à l’incontournable co-scénariste Suso Cecchi D’Amico, (re)lisez mon portrait, Les Aventures de Pinocchio (1972) bénéficie ainsi et aussi d’une direction artistique – costumes + décors de Piero Gherardi ( La dolce vita , Fellini, 1960) – et photographique – Armando Nannuzzi éclaire ensuite le Jésus itou cathodique de Zeffirelli – assez admirable, mélange réussi de réalisme et de fantastique, de rudesse et de douceur. Avec son casting hétéroclite, aux caméos drolatiques, citons Stander en marionnettiste, De Sica en magistrat, Adorf en...

Le Culte et l’Occulte

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  Exils # 54 (10/10/2024) Aussi suicidaire mais moins « suicidé de la société » que le pauvre van Gogh, James Whale s’intéressait aux « dieux » et aux « monstres », cf. une réplique emblématique de La Fiancée de Frankenstein (1935). Alors âgé d’une trentaine d’années, Antonin Artaud se soucie de « sorciers » et de « saints », selon une sorte de note d’intention écrite à l’époque de La Coquille et le Clergyman (1928), vaudeville anecdotique et pseudo-cryptique dont le scénariste se désolidarise vite, dommage pour Germaine Dulac et sa « composition visuelle » très patraque, conspuée en sus dès sa sortie par les susceptibles surréalistes. Né un an après la date de naissance officielle du « cinématographe », leur rencontre se place cependant sous le signe du rendez-vous loupé, en dépit d’apparitions assez impressionnantes chez Gance ( Napoléon , 1927), Dreyer ( La Passion de Jeanne d’Arc , 1928), L’Herbier ( L’Arge...

Brice de Nice

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  Un métrage, une image : Pierrot, Pierrette (1924) À Jacqueline, cinéphile enfantine Fi de Fantômas (1913-1914), au plaisir Les Vampires (1915-1916), exit Judex (1917) : Pierrot, Pierrette appartient à la seconde partie et à la fin de la filmographie de Feuillade, qui se fiche des années folles, qui se soucie de gosses, qui alterne séries et unités. Feuillade filme en famille des familiers, flanqué de son beau-fils/directeur de la photographie/monteur Maurice Champreux, de son tandem de minots d’édifiants mélos, Geneviève Juttet ( aka Bouboule) & René Poyen, parce qu’ils le valaient bien, rapportaient du pognon à la Gaumont, ironie pas si jolie du spectacle acceptable de la misère douce-amère. Rien de surréaliste et sexy ici, ni d’anarchiste non merci : Pierrot, Pierrette pasteurise ainsi l’inspiration d’hier, d’avant-guerre, son histoire sans désespoir basée sur un foyer paupérisé séparé, retrouvé, élargi, ravi. Le moyen métrage commence à Nice, au cours du carn...

Un carnet de bal : Lydia

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  Première fois, dernière foi… Un carnet de bal (1937) dialogue donc à distance avec Pépé le Moko ( idem ), La Charrette fantôme (1939), Marianne de ma jeunesse (1955), sans omettre son vrai-faux remake , Lydia (1941) made in USA . L’un des meilleurs de l’auteur, ce métrage d’un autre âge accomplit davantage, au cours d’un écho onirique à celui de Zéro de conduite (Jean Vigo, 1933). Un carnet de bal carbure ainsi à la nostalgie, à la mélancolie, au romantisme sentimental, au désenchantement de maintenant, au fantastique à la française, au féminin, à la fois mental et trivial. Contrairement à Ettore Scola ( Le Bal , 1983), Julien Duvivier ne se soucie de sociologie, de chronique historique, il opte pour plusieurs épisodes reliés par le regret, une tonalité souriante et attristée. Veuve en vadrouille, Eurydice endeuillée, Christine croit pouvoir ressusciter le passé, a fortiori magnifié, fantasmé, fissa elle comprendra que cela ne se peut pas, à part au cinéma, ou si l...

Drôle de drame, Hôtel du Nord, Les Assassins de l’ordre : Vous connaissez Marcel Carné ?

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  Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur trois titres de l’auteur. Drôle de drame (1937) Déjà Jaubert, ses notes de L’Atalante (Jean Vigo, 1934), réentendues au début de Hôtel du Nord (1938) ; déjà Eugen Schüfftan ( Le Quai des brumes , 1938), à la lumière, à l’obscurité, en trio avec Louis Page, régulier de Grémillon, Henri Alekan, bientôt au côté de Cocteau ( La Belle et la Bête , 1946) ; déjà Jean-Pierre Aumont, en prison. On compte Prévert & Trauner, on calcule une screwball comedy ,  au rythme un brin rassis. Les ouvrages si sages, si soignés, du classique Carné, se caractérisent par des troupes dépourvues d’entourloupe, par une précision propice à l’émotion mesurée, fi d’effusions déplacées. Drôle de drame démarre un tandem « remarquablement remarquable », résume l’inspecteur opportuniste, a fortiori fumiste, il abonde en bilinguisme de surprenantes surimpressions, comme si persistait l’époque des doubles versions. Adap...

Hair + Pink Floyd The Wall : Expendables

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  L’unique et l’inique, le numéro et le morceau… Sur le fond en reflet de chansons à succès, écrites pour contester, les séquences font s’affronter l’individu et la collectivité, les solitaires et la masse. Dans les deux cas, complémentaires, contradictoires, il convient de donner à voir un double processus d’impuissance et de dépossession, l’affreuse façon dont l’armée américaine puis l’éducation anglaise transforment fissa les soldats et les élèves en « chair à canon », en « chair à pâté », au sens cette fois littéral, le figuré congédié. Si Forman filme une arrivée en retard, un sauvetage survenu trop tard, une coupure temporelle, de croix et de chevelures une ribambelle, Parker plonge parmi l’esprit point serein ni malsain d’un petit poète humilié en public, à proximité de ses condisciples antihéroïques. Chez le premier, l’aboiement des supérieurs prépare le terrain psychotique de Full Metal Jacket (Kubrick, 1987), la soute de déroute d’un avion vert, ou...

Jésus de Montréal

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  Un métrage, une image : Le Chat dans le sac (1964) Merci à Jacqueline Waechter « Je vénère Jean Vigo » : et davantage Godard ou le Resnais de Hiroshima mon amour (1959), pour faire court. L’ opus pionnier, in situ récompensé, aujourd’hui disponible en ligne, cinéphilie à domicile, s’éternise durant une heure quinze, au cours de laquelle ça discourt à la truelle, ça se sépare en douce(ur). Barbara & Claude incarnent Claude & Barbara, regardent la caméra, s’unissent au lit, y fument et s’y bousculent aussi. Presque au mitan des années 60, on faisait ainsi du ciné francophone placé sous le signe de la sociologie, situé de l’autre côté enneigé, fatidique, de l’Atlantique. L’histoire du couple en déroute, scruté par Gilles Groux, reflète à sa façon de documentaire distancié, un brin brechtien, maître du dispositif formel et maître (Puntila) au sein du récit, via la division d’une identité, la scission d’une société. Le journaliste désargenté croyait tro...

Kaléidoscope (sans Hitchcock) II

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  Six années de ciné recensées sur FB… À propos de Nice (Jean Vigo, 1930) Accompagné de Kaufman, Vigo invente le point de vue vertical des séries US urbaines (ou du générique de Candyman en mode Nicolas de Staël), présage les pantins de casino à la Demy. L’eau des vagues devient un motif rythmique repris par les arroseurs de municipalité, les garçons de café. En montage alterné, on s’active pour le carnaval, à l’opposé de palmiers immobiles, pénis naturels dont prendre soin. Les luxueux hôtels basculent dans l’ivresse des axes, la promenade embourgeoisée, malgré sa mendiante, défile en travelling ou prise en plongée. Un avion puis des bateaux sur l’eau, un match de tennis , une pétanque de prolos, des autos : vive, placide, la ville se donne en spectacle, à l’instar de la (bonne) société immortalisée, déshabillée. Anges = requins alors Vigo cadre des crocos, des ruelles presque napolitaines. Le soleil incinère, des mecs jouent avec leurs mains, on danse (en contre-plongée, ...