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Affichage des articles associés au libellé Jean-Jacques Annaud

L’Absence et la Cendre

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  Exils # 72 (21/01/2025) Comédie policière douce-amère, Adieu poulet (Granier-Deferre, 1975) annonce un second scénario de Veber, celui de Coup de tête (Annaud, 1979) itou interprété par Dewaere. S’il s’agit aussi d’une histoire de traque et d’une satire politique sur fond de corruption, ce film de son temps, désormais de cinquante ans, l’âge du personnage de Ventura, voilà, s’apprécie surtout en « baroud », portrait impressionniste d’un « idéalisme » jusqu’au boutisme. Muni d’humour, dès la découverte du cadavre d’un vieillard queutard de lupanar, agité à l’électricité, secousses irrespectueuses à faire se gondoler la candide prostituée, mention spéciale à la séquence d’assaut à l’hôpital, où croiser un Zardi incontournable, tandis que Sarde compose en mode minimum syndical, il possède un masculin tandem en rappel du couple d’entourloupe de L’Emmerdeur (1973), dirigé par Molinaro, avec déjà Lino. À notre époque médiocre de moralisme et de tribalisme, l...

Mine de rien

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  Un métrage, une image : Passe ton bac d’abord (1978) Ça balance, à Lens ? Pas pareil qu’à Paris, pardi, où s’enfuient enfin, à la fin, fi du destin, en tandem de déveine, deux mecs promis aux oubliettes, celles du giscardisme sinistre et sinistré, le premier, encore allocataire doux-amer, au chômage, au creux de la vague, de la capitale, le second, très petit employé de banque, plutôt que saltimbanque. Ce portrait de groupe paupérisé permit à Pialat, on le sait, de se refaire une financière santé, connut un modeste succès, cataplasme jamais misérable, posé sur le sec échec de La Gueule ouverte (1974). S’il poursuit le sillage et le style de L’Enfance nue (1968), s’il envisage déjà l’oisiveté désabusée de Loulou (1980), Passe ton bac d’abord paraît aussi annoncer en sourdine Noce blanche (Brisseau, 1989), puisque professeur de philo proche d’une de ses élèves un peu trop. Mais Maurice se soucie de réalisme, de comédie dramatique, cède à son confrère, bientôt ra...

Adieu au langage

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  Adages, radotages, sabordages… Talk is cheap Dicton ricain D’abord je veux avec ma langue Natale deviner tes pensées Plus tu cries plus profond j’irai Dans tes sables émouvants sables Où m’enlisant je te dirai Les mots les plus abominables Serge Gainsbourg, Love on the Beat Dans Les Hommes le dimanche (Siodmak & Ulmer, 1930), du body language en mode Miss Minogue ; dans Permis de construire (Fraticelli, 2022), des onomatopées au café ; dans Les Sans-dents (Rabaté, 2022), de régressifs borborygmes contre la déprime et, tangente évidente, dans L’Homme au crâne rasé (Delvaux, 1966), une voix off fatiguée : à travers les décennies, les pays, les titres réunis ici, se pose ainsi la question de l’expression, de la langue, du langage, donc de l’identité, de l’individualité, de son dialogue et de sa dialectique avec la communauté. Face à la solitude infinie, faussée – je voudrais être au moins une fois enfin moi-même – de l’anti-héros d...

Marche ou crève

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  Un métrage, une image : Randonnée pour un tueur (1988) En 1958, la question (inter)raciale (re)liait, au propre et au figuré, Curtis & Poitier ( La Chaîne , Kramer). Trente ans après, elle ne se pose presque plus, à peine aperçue au cours d’une réplique – le flic du FBI affirme avoir combattu les cagoulés du KKK, les cocos du KGB – ou d’une scène drolatique, démonstration d’intimidation entre espèces à mettre en parallèle avec le contemporain L’Ours (Annaud, 1988). À la fin des années 80, un homme dit de couleur pouvait donc occuper un poste important parmi la police de Hoover, n’en déplaise à un incrédule pêcheur, ensuite son torse nu être frotté par un homme blanc puisque idem en quête de chaleur, autres temps, autres mœurs. Co-écrit par Petrie Jr. ( Le Flic de Beverly Hills , Brest, 1984, Big Easy : Le Flic de mon cœur , McBride, 1987), fiché en forêt, fini sur un ferry , le récit de Randonnée pour un tueur , aka l’explicite Deadly Pursuit , l’impérat...

Le Jouet : À vendre

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  Parure de Zorro, petit saligaud, repas d’achat, tablée désertée… Pour la peu cupide et plutôt joueuse Jacqueline En 1976, Veber vient de travailler avec Lautner ( Il était une fois un flic , 1972), Robert ( Le Grand Blond avec une chaussure noire , idem ), Molinaro ( L’Emmerdeur , 1973), de Broca ( Le Magnifique , aussi) ou Verneuil ( Peur sur la ville , 1975). Le scénariste-dialoguiste à succès décide donc de (dé)passer le cap de la réalisation, conseil d’ami de Claude Berri, le patron de Renn Productions. Deux ans avant Coup de tête (Annaud, 1978), Le Jouet s’avère une satire sentimentale du Capital, un magnat des médias à la place des notables du football . Escorté du solide DP Étienne Becker, fils de Jacques et frère de Jean, lui-même sorti de la direction de la photographie des dépressifs Le Vieux Fusil (Enrico, 1975) et Police Python 357 (Corneau, 1976), Veber revitalise et rajeunit ici sa fameuse formule du tandem masculin, je te déteste et je t’aime bien, promise...

Michel-Ange : Le Pic de Dante

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  Chapelle à la truelle ? Façade affable…   Décevant et cependant séduisant, Michel-Ange (Kontchalovski, 2019) évacue donc la question de la création, se concentre sur le contexte. « Ça vient tout seul » explique l’artiste laconique, n’en déplaise aux adeptes de la genèse. La statue du pape au genou joli, poli, se voit ainsi expédiée, achevée via une ellipse ensuite reprise durant le déplacement du « monstre » en marbre, un temps retenu, au plan suivant à moitié descendu. Ceci s’assortit de deux ralentis, un sur la paume d’extase et d’agonie d’une femme « foutue », c’est-à-dire baisée à la Baudelaire, sur le visage de diable davantage que d’ange de l’anti-héros à la noce, en train d’assister à des noces. S’il décrit les délices et les douleurs d’un créateur à la Andreï Roublev (Tarkovski, 1969, co-écrit en tandem par le doublé d’Andreï), coda en clin d’œil des œuvres dévoilées, inversées, à la couleur le noir et blanc substitué ; ...

Coup de tête : Le Dîner de cons

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    « C’est l’histoire d’un mec » privée de Coluche, remplie de baudruches… Sans atteindre la tension d’un spécialiste appelé Maurice Pialat, qui lui-même ensuite réalisera une autre mémorable scène de repas, vers À nos amours (1983) je vous renvoie, Jean-Jacques Annaud ne démérite pas, loin de là. Moins muette et moralisatrice que son homologue de The Square (Ruben Östlund, 2017), l’humiliation en réunion, tel le viol d’accusation, direction la prison, de Coup de tête (1979) coupe autant l’appétit, craque encore le joli vernis. Pas de Zinedine Zidane à l’horizon, pas de main divinisée à la Diego Maradona décédé, qu’importe, puisque Patrick Dewaere sait cependant y faire, afin de terroriser les discutables notables attablés, atterrés. Bien éclairé par le fidèle DP Claude Agostini, adoubez les bougies bicolores un brin à la Barry Lyndon (Stanley Kubrick, 1975), bientôt au boulot sur Les Compères (1983) de Francis Veber ; bien écrit par ce dernier documenté...

Histoire d’O + Histoire d’O, numéro 2 : La Débandade + Maîtresse

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Initiale infernale, d’orifice à offrir, de tandem cinématographique à fuir…   Comment minorer un roman majeur, l’amoindrir en modèle de cinéma bourgeois ? En pasteurisant Pauline, pardi, en modifiant le possible suicide en final féministe, fichtre. Toutefois les reflets en soft focus pouvaient presque fonctionner, car raccord avec la dimension onirique du conte initiatique, mystique, avec le parcours éprouvant, voire bouleversant. Hélas, l’érotisme inoffensif, la superficialité de publicité, le fastidieux défilé des vains mannequins, caractéristiques de pseudo-style, lassent fissa et le film ne s’en remet pas. Histoire d’O (Just Jaeckin, 1975), illustration d’une transposition de Sébastien Japrisot, dont l’Elle vengeresse et « névrosée » de L’Été meurtrier (Jean Becker, 1983) renverse et victimise la volontariste et extrémiste O, se voit donc co-éclairé par Robert Fraisse, qui dirigera dix-sept ans après la photographie du fumiste L’Amant (Jean-Jacque...

Il primo re : Roma

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Nulle louve fellinienne à l’horizon, mais un chevreuil chassé, dévoré, sans cuisson…   Péplum réaliste, Il primo re (Matteo Rovere, 2019) relit le récit originel de Rémus & Romulus. Davantage qu’à La Passion du Christ ou Apocalypto (Mel Gibson, 2004 + 2006), autres épopées primitives, dépaysantes, aux idiomes d’époque(s) reconstitués, puisque le ciné, art funéraire, fantomatique, les « langues mortes » aussi ressuscite, le film fait penser à La Guerre du feu (Jean-Jacques Annaud, 1981) et au Nouveau Monde (Terrence Malick, 2005). Il s’agit, en effet, d’une réflexion en action(s), sur la société puis la citoyenneté, à base de fraternité, ensuite de fratricide, d’altérité, de religiosité, de piété, de virginité, de sacrifice et d’hubris, de destin et d’émancipation. En dépit d’un déluge dévastant les deux bergers, liminaire, spectaculaire, l’ opus se place sous le signe du feu, assimilé ou non à un dieu, à respecter, ne profane point son cercle sacré, à ...

Humongous : Anthropophagous

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La faim, les moyens, la famille (in)humaine...   Humongous (Paul Lynch, 1982) mérite au moins en partie sa mauvaise réputation, même auprès des amateurs d’horreur(s), souvent indulgents, car ce slasher insulaire hélas largement indiffère. Il s’agit, résumons, d’une version (r)adoucie, rajeunie, du film assez sympathique, à défaut d’être gastronomique, de Joe D’Amato, auquel j’emprunte le sous-titre de mon article. Contrairement à son célèbre prédécesseur, le méconnu Humongous s’avère linéaire ; pareillement à lui, il se dote d’un diary . Comme les bonnes intentions, navigation ou non, pavent l’enfer, on va finir par le savoir, nos oisifs adolescents du moment, secourants, davantage que secouants, perdent immédiatement leur paternel bâtiment, avant de perdre la vie, parmi la nature jolie, funestement délestée du moindre son, du moindre signe d’animation, souligne avec pertinence la seule et future survivante. Qui diable décime les teens ? Le fils illégitime, guère magn...