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Paterson : Speed

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jim Jarmusch. La « petite musique » de Jim, on commence à la (re)connaître, presque à la trouver suspecte, on aimerait juste que Jarmusch, au moins une fois dans sa filmographie, prenne des risques, please . Après le plantage de l’à peine supportable Only Lovers Left Alive (2013), où le cinéaste mélomane ressemblait à un ersatz d’Anne Rice, (re)voici une chronique impressionniste, dont la torpeur impénitente, sinon impertinente, surtout en période de précipitation, cinématographique ou non, s’impose dès le premier plan, plongée d’aplomb sur les amants endormis. Au cours de sept jours, mon amour, en fin de semaine, Dieu se repose aussi, tant mieux pour Lui, on assiste par conséquent, cent dix minutes durant, à la routine répétitive d’un chauffeur d’autobus – classique, pas « articulé », tant pis – incarné par le bien nommé Adam Driver. L’admirateur de William Carlos Williams vit dans la ville homonyme ...

Qui a tué Lady Winsley ? : Tête de Turc

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Les bonnes intentions et les mauvais résultats. Aux deux tiers une comédie Cluedo , Qui a tué Lady Winsley ?  (Hiner Saleem, 2019) se casse ensuite à la suite d’une révélation généalogique. Nous voici en Turquie et donc le whodunit drolatique bascule vers l’identitaire, puisque l’inspecteur dépêché, presque empêché, d’Istanbul, s’avère en vérité un Kurde, comme la juvénile victime occise une vingtaine d’années plus tôt, au même endroit pas si sympa, île humide, autarcique, sinon consanguine, autant réjouissante-refroidissante que la Grèce de Theo Angelopoulos, le DP Andreas Sinanos en point commun. La poésie importée insupporte l’autoproclamé patriote, qui récidive au présent, en plein hiver, s’en prend à une romancière étrangère, une Américaine altière, le manuscrit dérobé transpose à peine le crime occulté. Une balle suffit à la faire taire, une goutte d’hémoglobine désigne le complice militaire, la visite d’une mère et la traduction d’une hôtelière feront le rest...

Le Voyage en Arménie : Ararat

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La goûteuse cerise de l’ami Abbas ? Non, délectons-nous aujourd’hui d’un khorovadz ! En pensant à Arsinée Khanjian On apprécie depuis longtemps le cinéma de Robert Guédiguian, pas seulement parce qu’il portraiture en partie une ville que nous aimons, connaissons, où nous naquîmes, où nous vécûmes, comme aucun avant ni après lui : il existe mille Marseille, sur et hors de l’écran, et le sien paraît peut-être le plus juste, le plus immanent, le plus métonymique, tandis que celui d’un Pagnol s’étend à la Provence, que celui d’un René Allio s’entiche de Brecht ( La Vieille Dame indigne , déjà sis à L’Estaque), que Bill Friedkin se servit de la ville violente en décor spectral du prologue de French Connection , à l’instar de l’Irak du Nord hanté de l’ouverture de L’Exorciste . Verneuil (autre célèbre « Arménien de France ») y inscrivit ses souvenirs, Melville ses résistants, Bourvil en Corse d’occasion et Ventura à bout de souffle, Deray ses truands (ou...

My Sweet Pepper Land : L’Ordre et la Morale

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Hiner Saleem. Cette co-production franco-allemande (remarquons le nom de Robert Guédiguian, la participation de la TV nationale) filmée-éclairée (en numérique) sans génie particulier, sans paresse scolaire, se suit aimablement, privée de surprise(s) mais pourvue de plaisir, jusqu’à sa jolie fin sereine et symbolique (visez-moi cet arbre au milieu du désert, en promesse d’avenir, de lendemains meilleurs). La belle coda vaut à elle seule le détour et le visionnage : les amants enfin rendus à leur solitude pacifiée (par les armes, certes) s’appellent sans se voir et (se) sourient sous la pluie (Golshifteh Farahani & Korkmaz Arslan forment un appréciable tandem de cinéma, bien secondés par Tarik Akreyi en méchant magnanime puis impitoyable). Davantage que via une imagerie (une panoplie mise à jour) superficielle disons délocalisée (après tout, il existe aussi des westerns teutons, non, et Winnetou ne dir...