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Affichage des articles associés au libellé Freddie Francis

La classe ouvrière va au paradis

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  Un métrage, une image : Les Camarades (1963) Pour Jacqueline, camarade cinéphile Comédie (mélo)dramatique en sourdine drolatique, Les Camarades (Mario Monicelli, 1963) se termine en déprime : le gosse déscolarisé se met à travailler, à franchir en dernier, derrière les adultes, après le tumulte, les grilles vite refermées, usine d’hier, insulaire, cellulaire, fissa substitué à son frère à terre, mortellement touché par le « feu à volonté » de l’armée, sur lequel s’ouvrait, deux heures dix auparavant, l’épopée d’antan. À la découvrir aujourd’hui, restaurée, numérisée, à moitié par TF1, ils ne redoutent dégun, elle paraissait programmée pour l’insuccès, trop amère, trop en colère, pas assez solidaire ni révolutionnaire. Pas encore cancéreux, hospitalisé, suicidé, le cinéaste chronique un échec collectif, donc individuel, l’immortalise et le magnifie, très beau boulot du maestro Rotunno ( Rocco et ses frères , Visconti, Hier, aujourd’hui et demain , De...

The Beast in the Cellar : 1917

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  Hostilités domestiquées ? Folie fraternelle… James Kelly écrivit pour la TV, dirigea deux titres au ciné, décéda dans sa quarante-septième année. Mal reçu à sa sortie, par la Tigon produit, société classée spécialisée, des plus connues Amicus & Hammer au côté, The Beast in the Cellar (1970) ne manque de qualités, mérite quelques lignes. Disponible en ligne, visionné en VO non sous-titrée,  practise your English, please , ce mélodrame à deux dames, davantage qu’à deux balles, constitue donc un huis clos, tout sauf falot, s’affirme en fable assez affable, à propos de passé qui ne saurait passer, plutôt trépasser, « poor thing », en effet. Tandis que des bidasses en série se font fissa décimer, que la police enquête, un peu perplexe, au sujet d’un « human animal or animal animal » s’interroge, dialogue guère morose, concentré d’humour macabre anglais, déroulé au-dessus d’une dépouille dépiautée, cependant invisible, puma ou léopard, à vous de voi...

Élémentaire, mon cher... Lock Holmes : Le Prête-nom

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La pipe et la plume ? La loupe et l’épée… Vraiment divertissant, ce divertissement renverse donc les rôles, entre Watson & Holmes, s’autorise davantage, puisqu’il associe Pirandello & Stevenson. Si le dissimulé, l’infâme Mister Hyde, représente la part sombre de Londres, piétine, de manière malsaine, le puritanisme hypocrite (pléonasme) de la période victorienne, au-delà matérialise la monstruosité intime, guère magnanime, de l’humanité divisée, l’anonyme Reginald Kincaid en incarne une version douce, se contente d’être un coureur de jupons concon, un buveur obstiné, un joueur endetté. Marionnette peu malhonnête, du « docteur en criminologie », insupporté par son succès, du romancier de ses aventures vécues, très romancées, l’obscur cabot va devoir se réinventer, merci Moriarty, c’est-à-dire devenir le divin (et endeuillé) détective, se transformer fissa en son fameux modèle. Le personnage pourvu d’un auteur, suspendu en hauteur, saura se hisser sur les...

Les Chemins de la haute ville : Simone

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Suite à sa diffusion par ARTE, retour sur le titre de Jack Clayton. Savez-vous qu’elle a été ma réaction à la suite de cette fameuse journée des femmes ? Je me suis dit que j’allais organiser la journée des hommes. Que pensent toutes ces femmes ? Que les hommes n’ont pas, eux aussi, des problèmes, des angoisses, pas de peur ? Pensent-elles qu’ils ne sont pas vulnérables ? […] Moi, j’aime les hommes. Je ne puis vivre sans eux. Romy Schneider Un caméléon, Clayton ? Oui et non, car son premier long, Les Chemins de la haute ville (1959), déploie déjà le « réalisme fantastique » des Innocents (1961) et de La Foire des ténèbres (1983). Ce récit d’ambition, de confrontation, de désillusion, ressemble en effet à une malédiction, à une damnation, dont la dimension-démonstration a posteriori conservatrice – chacun à sa place, chacun dans sa classe – ne saurait en réalité dissimuler la saveur satirique et tragique. Sorte de Rastignac «...

The Elephant Man : Le Grand Sommeil

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Mouchoir d’insomnie ? Mouroir magnifique… La cathédrale de Elephant Man répond au dédale de Shining  : en 1980, David Lynch & Stanley Kubrick portraiturent deux freaks , deux créateurs, deux hommes à proximité d’une maquette. Si Jack Torrance s’enlise au sein de l’insanité, John Merrick réaffirme son humanité ; in extremis , ce tandem accède à une sorte de délivrance sidérante, sidérée, sise sous le signe d’une image à miroiter, à intégrer. Le père impuissant, frigorifié, ogre égaré par son extra -lucide Petit Poucet, fait toutefois, photographié, la fête en famille, pour l’infinité du passé, d’un bal du 4 juillet. Le fils orphelin, condamné, décide de se coucher, enfin, en être humain, à l’imitation du gamin du dessin. À l’agnosticisme ironique, fantastique, de Kubrick, succéderait donc le sentimentalisme suicidé, maternel, de Lynch ? Pas vraiment, malgré le redoutable adagio de Samuel Barber, bientôt utilisé avec une délicatesse de pachyderme, just...

The Night Walker : Castle Freak

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Une reine sur le retour ? Une moralité sur le désamour... Dreams are my reality A different kind of reality I dream of loving in the night And loving seems alright Although it’s only fantasy Richard Sanderson Machination sentimentale et méta concoctée par Robert Bloch, le papa de Psycho , The Night Walker (1964) devint donc en français Celui qui n’existait pas , titre ésotérique emprunté au Celle qui n’était plus de Boileau-Narcejac, lui-même rebaptisé Les Diaboliques (1955) par Henri-Georges Clouzot. Certes, on (re)trouve ici, en noir et blanc élégant, des transparences automobiles, un escalier gothique, des yeux en verre, un macchabée vénère et une épouse poussée vers le décès, mais le film de Castle évoque davantage Sueurs froides (Alfred Hitchcock, 1958) que les mésaventures de Marion au motel de Norman. Comme Madeleine, Irene évolue entre rêve et réalité, frise l’asile, se fait suivre, par un privé à défaut d’un psy ; comme Scottie, elle finit au bor...

Le Train des épouvantes : Les Cinq Gentlemen maudits

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Terminus de malice et opus tout sauf à descendre. Débutons par des substitutions : le paquebot des envoûtés de Julien Duvivier (1931) cède sa place à un train très méta, au final aussi funeste que celui d’Auschwitz ; la Mort ne joue plus aux échecs, a contrario du Septième Sceau (Ingmar Bergman, 1957), elle tire aussitôt le tarot, elle s’appelle Schreck, clin d’œil patronymique à l’interprète du Nosferatu le vampire de Friedrich Wilhelm Murnau (1922). Poursuivons par des évocations : Le Train des épouvantes (1965) dialogue à distance avec Hurlements (Joe Dante, 1981), Les Ruines (Carter Smith, 2008), Vaudou (Jacques Tourneur, 1943), Les Mains d’Orlac (Karl Freund, 1935), voire La Famille Addams (1964-1966) ou Comtesse Dracula (Peter Sasdy, 1971). Finissons pas des observations : au niveau de sa structure, le métrage repose sur un thème funèbre et ses variations d’occasions, il commence et se clôt sur la boucle bouclée du gothique, amitiés désargentées de la mini A...

The Old Dark House : Le Majordome

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  « Prenez une patate » ? Le repas frise l’insipide et le festin nous laisse sur notre faim. Œuvre effroyablement bavarde et faussement fantastique, The Old Dark House (1933) semble vouloir conjurer à chaque réplique les spectres mutiques. Que fit le cinéma une fois qu’il se mit à parler, une fois qu’on lui imposa la parole, reformulent les défenseurs de la supposée pureté silencieuse du muet ? Il papota, il immobilisa ses caméras, il adapta du théâtre, des romans. Ici, les dramaturges Levy & Sherriff transposent un titre de Mister Priestley, la Grande Guerre et son désenchantement apparemment à l’arrière-plan. Laemmle produit, Edeson éclaire, Hall décore et Whale réalise, dans le sillage de Frankenstein (1931). Même équipe mais résultat différent, car Une soirée étrange , intitulé français d’un film visionné en VO non sous-titrée, ne vise pas le frisson, pratique plutôt la décontraction. Sis au Pays de Galles, doté d’un casting en majorité ang...