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Affichage des articles associés au libellé François Ozon

Dupieux du mieux

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  Exils # 174 (02/03/2026) Douze heures de perdues et trois jours de gagnés, un « conduit » qui descend, permet de remonter : Incroyable mais vrai (Dupieux, 2022) ne s’oppose au symbole, ni à la glose de numérologue, possède une architecture non-euclidienne, rappelle celle des Rêves dans la maison de la sorcière , du patraque Lovecraft. L’Alice de Lewis pénétrait à l’intérieur d’un terrier de lapin, on s’en souvient, la Marie de Quentin soulève soudain une trappe redoutable (le couple déclare « on n’est pas très cave »), se glisse parmi le puits de Poe et se hisse au premier niveau, reproduit l’exercice en série, ressuscite une pomme pourrie, jour et nuit rajeunit. La belle baraque acquise à crédit ne suscite l’homicide en famille, comme jadis l’homologue d’ Amityville (Rosenberg, 1979), modèle d’horreur dite économique, King & Forrester confirment, relève idem du surnaturel, catalyse encore une folie adepte d’insectes, fourmis mimis d’hôpital...

CRS et Détresse

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  Exils # 59 (04/11/2024) Une chambre en ville (1982) se conclut donc en écho à Possession (Żuławski, 1981), gisant d’amants, reprise rapprochée d’un plan des allongés pareillement en plongée. Le pont transbordeur peu à peu crépusculaire de l’ incipit optique remémore celui des Demoiselles de Rochefort (1967), mais Christine Gouze-Rénal remplace la productrice Mag Bodard. Pendant un prologue d’époque en noir et blanc, tension très hiératique, duo de chœurs antiques, l’action prend des couleurs, la caméra mobile esquive vite le cinéma marxiste, prend la tangente à Nantes, de manière littérale, puisque passe fissa la porte de l’immeuble de Madame Langlois, clin d’œil à Henri, spectatrice aux premières loges de la manif et des matraques moroses, baronne et daronne à la particule perdue, pianiste parfois pompette, qui abhorre la bourgeoisie, éprouve une maternelle sympathie pour le locataire prolétaire, en dépit des portes claquées, des amours contrariées. En pull rose puis ja...

Fanny

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  Madame rêve, agit aussi, vit sa vie, ses envies, me ravit… Dans le jamais embrasé, « tant pis », Couleurs de l’incendie (Cornillac, 2022), Fanny Ardant , discrètement, brillamment, au creux d’un nocturne compartiment, meurt du cœur, dernière lumière, vitre humide : soudain surgit, au milieu de ma mémoire cinéphile, le souvenir de la Max(ine) de Mission impossible (De Palma, 1996), c’est-à-dire de la superbe et vilaine Vanessa Redgrave, déguisée en stratège de TGV. Auparavant, Ardant donne de la voix, doublée par la spécialiste Sandrine Piau, au château, en appartement, à l’opéra, on n’oublie pas qu’elle incarna, autrefois, une certaine Maria Callas, en master class , Polanski opine, ou dans l’impasse, Zeffirelli confirme ( Callas Forever , 2001), qu’elle narra un documentaire dédié à la cantatrice, proche de Pasolini & Onassis ( Maria by Callas , Volf, 2017). Adolf s’affole, le chœur a cappella , au piano recta , des « esclaves juifs » du Nabuc...

I Feel Good

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  Un métrage, une image : Si on chantait (2021) Programmatique comme le film pornographique, le feel good movie entend, mot éloquent, faire du bien, faire se sentir bien, ce que confirme l’affiche de Si on chantait ( Fabrice Maruca ), imitée d’une célèbre pochette d’ album des Beatles, surplombée d’une citation de RTL, voici de quoi rendre « heureux », rendre la vie plus belle, amitiés pseudo-marseillaises, amen . Toutefois ce téléfilm inoffensif, poussif, pasteurisé, résumé presque en intégralité selon sa bande-annonce , digne d’être diffusé à la TV un soir d’hiver ou davantage d’été, disons sur TF1 ou M6, sa co-productrice/distributrice, démontre l’unisson du social et du musical, la solitude du mélodrame derrière la comédie d’amis, le double deuil de l’usine, de l’intime. Franck, orphelin de sa mère, peu épaulé par son père, amoureux malheureux depuis l’enfance, pas de chance, fils putatif de Jacques Demy, désire en-chanter les vies, réenchanter le réel, ...

Le Bar du téléphone

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  Un métrage, une image : La Belle Affaire (1973) Merci à Jacqueline Waechter « Vous avez devant les yeux la pire misère du monde : être muet de naissance, pour un Marseillais… » – co-écrit par Robert Thomas, le dramaturge de 8 femmes (Ozon, 2002), lui-même auteur d’un diptyque a priori exotique, voire horrifique ( Mon curé chez les nudistes , 1982 + Mon curé chez les Thaïlandaises , 1983), dialogué par Jean Halain, collaborateur régulier de Hunebelle, musiqué par l’estimable Gérard Calvi, La Belle Affaire s’avère une comédie de gangsters garnie assez réussie, pas trop rassie, servie par le réalisateur en définitive peu prolifique ni épuisant du Grand Restaurant (1966). Dégagé le gourmet de Funès, bye-bye à la bruyante grisaille des avions et des environs de la capitale, notre couple en déroute de cafetiers déprimés, pas si désargentés, sans tarder vend son brinquebalant établissement et dans le midi pas en taxi (à la sauce Besson) descend. À Marseille, la...

Claire Dolan : Lucy

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Lodge Kerrigan. « Présentée » par Marin Karmitz, portée par une actrice remarquable et remarquée, hélas trop tôt décédée, voici une œuvre qui captive par sa virtuosité discrète, sa radicalité adulte. Face à deux figures de masculinité tourmentée, à Colm Meaney la dangerosité onctueuse, à Vincent D’Onofrio la fragilité affectueuse, Katrin Cartlidge incarne, au propre et au figuré, donc de tout son corps, une call-girl qui appelle elle-même ses clients. En admirateur de Bresson & Scorsese, Kerrigan filme à son tour l’argent, son chauffeur de taxi à lui, remercie même Jacques Audiard au générique de la co-production franco-américaine, à la texture européenne. Pourquoi Claire se prostitue, cède la scène (sexuelle) à Lucy, professionnel substitut ? Au-delà d’une dette suspecte, ce mystère éclaire l’obscurité du CV. Film de façades, architecturales, sociales, sentimentales, de miroirs, narcissiques...

La Maison des bois : Famille d’accueil

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Les enfants, les parents, les combattants et les survivants… Sans être un ratage, on pouvait envisager davantage ; certes, face à la fadasse série servant de sous-titre à cet article, La Maison des bois (Maurice Pialat, 1971) demeure un lieu accueillant, intéressant, stimulant, mais le feuilleton de l’O.R.T.F. fait toutefois un peu pâle figure face aux déflagrations passées et futures, celles de L’amour existe (1960), L’Enfance nue (1968), Nous ne vieillirons pas ensemble (1972), La Gueule ouverte (1974), À nos amours (1983), Sous le soleil de Satan (1987) et Van Gogh (1991), ouvrages avec lesquels il entretient des liens évidents, de correspondances à distance. Au ciné, le scénariste René Wheeler co-signa les scripts de Jour de fête (Jacques Tati, 1949), Fanfan la Tulipe (Christian-Jaque, 1952) ou L’Amour d’une femme (Jean Grémillon, 1953), ce doublé d’ailleurs en compagnie de René Fallet. Ici, à la TV, avant un épisode d’ Arsène Lupin selon Georges Descrièr...

Elizabeth : But What Do You Know About Elexis Monroe?

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Poisson de saison ? Hommage de marasme… Ceux qui trouvent de laides intentions en de belles choses sont corrompus sans être séduisants. Et c’est une faute. Oscar Wilde, Préface du Portrait de Dorian Gray Moins connue que quelques consœurs, Elexis Monroe mérite quelques lignes de votre serviteur. Elexis exerce la profession de « cascadeuse », euphémisme anal-ogique assez judicieux d’une certaine Brigitte Lahaie, ensuite récemment (et inconsciemment) repris par la Jeune et Jolie (François Ozon, 2013) Marine Vacth, pour laquelle les scènes sexuelles, certes cette fois-ci simulées, s’apparentent à des « cascades » à exécuter la tête froide et le reste aussi, merci. Depuis longtemps, disons deux décennies, spécialisée dans le lesbianisme soyeux ou presque audacieux, on pense en particulier à un tandem attentif, attentionné, avec une Alicia Silver enceinte, aux inoffensives démonstrations d’incestes entre (belles-) mères et (belles-) filles, Mademo...

La Féline : A Serbian Film

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Le fretin du Grand Bain (Gilles Lellouche, 2018) ? Davantage la vestale, l’animal… « Je suis une grande fille, maintenant ; je n’ai pas peur » : ainsi Jane Randolph congédie gentiment Kent Smith, décide donc de rentrer seule, après un repas sympa, où papoter à propos d’Irena. Seulement Simone Simon les espionne, glisse en surface d’une glace, s’affiche derrière des fleurs à télégraphier. Les personnages se déplacent à l’unisson, de la droite vers la gauche du cadre. Ensuite surviennent une rue, un lampadaire, un travelling latéral, une séparation amicale. Les deux femmes, les deux rivales, reproduisent à distance un geste similaire, celui de serrer sur elles leur manteau contre la nuit claire, presque polaire. Jacques Tourneur insère un insert de la familière de dos, adopte par conséquent, brièvement, le point de vue de l’étrange étrangère. Nos héroïnes pourraient être prises pour des péripatéticiennes chics, en tout cas au sens étymologique du mot t...

Les Noces rouges : La Vérité

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Claude Chabrol. Chabrol sociologue ? Chabrol philosophe, a fortiori ici. La bibliothécaire austère, un brin commère, suppose que le pavé offert doit être difficile à lire, la fifille confirme. De quoi s’agit-il ? D’un essai obscur de Michel Souriau, professeur, doyen, recteur, légionnaire d’honneur décoré d’une croix de Grande Guerre et donc auteur de Éthique transréelle , paru aux Éditions de Minuit en 1961. Peu importe, à vrai dire, ce que contiennent les 752 pages recensées, puisque l’hermétique intitulé – Mimi médita également sur Le Mystère de Mallarmé , misère ! – définit le ciné, surtout celui-ci, lui va comme un gant, comme le gant de Stéphane Audran, posé sur le volant, pouce à peine en mouvement, tandis qu’un second Michel, Piccoli, rétame son mari à la barre de fer, fichtre. D’une DS à l’autre, fi de Fantômas, bye-bye Barthes, de la grise à la noire, conduite par un homme ou une femme...