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Affichage des articles associés au libellé Liliana Cavani

Italie année uno

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  Exils # 154 (08/01/2026) « L’union politique européenne détruira-t-elle l’individualité des nations et leur rôle historique ? » interroge le journaliste. Le pacifiste et volontariste De Gasperi répond par son obsession, l’unité italienne étendue à l’union européenne. Cinquante-deux années après, l’échange conserve sa pertinence, n’en déplaise à la bien-pensance de la chaîne franco-allemande, médiatique, idéologique et symbolique alliance, laquelle conclut sa courte critique d’un alarmiste « Ce cinéma moral et politique offre des outils de compréhension du monde et demeure puissamment d’actualité à l’heure où les démocraties occidentales se voient fragilisées par les montées des extrémismes ». Comme si la superstructure malsaine présidée par l’indéboulonnable Madame von der Leyen ne possédait sa part de responsabilité dans le populisme des peuples, ces entités à mater, à masquer, à manipuler, accessoirement à calmer avec de l’argent méprisant, cf. la PAC, viv...

Zone morte

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  Exils # 21 (15/02/2024) Déjà responsable de l’ arty et risible Under the Skin (2013) – le fameux et freudien « continent noir » de la sexualité féminine relooké en tache d’huile, puits de pétrole pas drôle où périssent les prédateurs devenus proies, les féministes s’en félicitent, ça va de soi –, l’austère Glazer remet le couvert, telle la servante tétanisée, maltraitée, de la maudite maisonnée. De Scarlett Johansson, autant transparente que dans l’insipide pudding du Dahlia noir (De Palma, 2006), in fine transformée en Jeanne d’Arc en forêt, aux crématoires à concevoir, améliorer, jour et nuit utiliser (la mère de la mère s’en désespère, se carapate en catimini, laisse un mot cramé illico , occupation locale oblige), puis pendant l’épilogue interpolé contemporain, sis au musée malsain, astiquer en silence et au féminin, en rime à l’hygiénisme de la funeste famille – baignoire miroir, car les os à l’eau, ça salit, la baise d’une prisonnière rousse pas farouche...

L’Expérience interdite

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  Un métrage, une image : K.Z.9, camp d'extermination (1977) « De même, le cinéma montrant sans cesse des scènes de massacre et d’atrocités, vous finissez par croire que vous   êtes vaccinés contre la mort. C’est du courage en toc. »   Bernard Werber, Le Livre du Voyage Voici un ouvrage lesté d’outrages, qui ne pouvait être produit que durant les excessives seventies , libertaires ou permissives, suivant l’adoptée perspective. Si mon homonyme décédé, donc ressuscité, peut-être que Mengele à ceci aussi pensait, décidait soudain de le commettre aujourd’hui, non seulement il ne trouverait aucun financement, a fortiori du côté du ciné d’Italie, en soins palliatifs, comme chacun sait, depuis disons une trentaine d’années,   mais en sus il lui faudrait affronter de multiples néo-ligues de vertu, plus ou moins bienvenues. Le réalisateur des pas si redoutables, presque recommandables, L’Autre enfer (1981), Scalps (1987), des plus discutables Virus cannibale...

5ème set

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  Un métrage, une image : Le Jardin des Finzi-Contini (1970) À la mémoire de Lino Capolicchio (1943-2022) Désadoubée par Bassani, le romancier à succès, l’estimable scénariste de La Marchande d’amour (Soldati, 1953) ou Senso (Visconti, 1954) condamnera, pas totalement à tort, le « consumérisme cinématographique » du film acclamé, critiqué, à procès, récompensé, à Berlin & Hollywood, consensus de quasi amnésie, fi des forces de l’Axe et des Alliés, vingt-cinq années après, dommage, Dumas, du meilleur ennemi De Sica, cette partie, pas juste de tennis , perdue d’avance, sans seconde chance, rappelle celle de Blow-Up (Antonioni, 1966), signée d’un autre cartographe notoire de Ferrare, ses rues, ses spectres, son brouillard. Hemmings immortalisait un cadavre idem de verdure, assistait à une évaporation de situation, une dissolution d’abstraction, puis un mime imitait une balle abolie. Du simulacre au souvenir, la disparition du réel s’avère définitive, de...

Le Coup du parapluie

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  Un métrage, une image : La police a les mains liées (1975) Cinq ans plus tôt, Britt Ekland descendait prendre le dernier métro, Eurydice d’une dystopie dont la surface affichait d’intouchables cadavres intacts ( I cannibali , Cavani, 1970). Cinq ans plus tard, Milan ressemble encore au royaume des morts, donc des vivants en sursis, qui le savent ou l’ignorent, tel cet assassin descendu/hissé sur un escalator , anticipant ainsi celui de L’Impasse (De Palma, 1993), ses pieds inanimés toujours agités, via le mouvement indifférent, face au commissaire vénère, debout, de lui venu à bout. Si la justice se doit d’être aveugle, voire aveuglée, le ciné devrait dessiller, donner à regarder doté de douloureuse clarté, quitte à scruter l’obscurité. Opus d’objets, presque à la Perec, énumérons un réveil, une valise, un briquet, une clé, un chamberlain malsain, une ardoise magique, de subterfuge phonique, La polizia ha le mani legate comporte un policier + un suspect tous deux lun...

Tiresia

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  Un métrage, une image : Les Cannibales (1970) De Cavani, qui ne connaît (que) Portier de nuit (1974) ? Quatre avant ce scandale sentimental, elle se soucie de Sophocle, surtout de l’époque. Anouilh dérouille ? Ekland s’y colle, Boccardo illico , Clémenti à la mer, Milián se mouille. Britt bientôt tabassée, torture de chaise à roulettes, de mecs, mazette, ressemble un brin à Axelle Red, Pierrot, en perfecto, glossolalies aussi, à un employé de poissonnerie, Tomas, méconnaissable, ne boit la tasse, résiste in extremis , tandis que Delia baiserait bien à l’improviste, à proximité de cavaliers aristos, occupés au polo . Conspué par la critique d’hier et d’aujourd’hui, I cannibali s’avère vite une comédie noire plus ou moins (in)volontaire, dont la Milan d’antan, grise et humide, (ba)lourde et (terrain) vague, évoque la Grèce d’Angelopoulos ou davantage de Costa-Gavras, car les colonels contrôlent, les généraux gèrent, l’armée maintient l’ordre et la loi, recrute de surcroît...

Enfer mécanique

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  Un métrage, une image : La Course à la mort de l’an 2000 (1975) Plus impersonnelle que Private Parts (1972), voici une dystopie anecdotique et cependant drolatique. Ni Rollerball (Norman Jewison, 1975), ni Mad Max (George Miller, 1979), Death Race 2000 (Paul Bartel, 1975) s’avère vite une comédie noire et satirique, dont la portée politique assumée n’étonnera que ceux qui méconnaissent le supérieur The Intruder (Roger Corman, 1962). Il s’agit donc d’une production de « l’écurie » cormanesque, vocable ad hoc puisque le road movie de vilain avenir carbure à la compétition sur roues, autorisation de tous les coups, surtout les pires, les piétons pointés pouvant rapporter un paquet, jeunes ou âgés, au hasard ou destinés, institués ou sexués. Fable affable sur la fameuse « Frontière » refaite, défaite, le film à succès adresse des clins d’œil à l’Histoire plus ou moins héroïque et aux imageries cinématographiques, via les noms des protagonist...

Marcelin, Pain et Vin

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  Un métrage, une image : Le Conformiste (1970) Exercice de style en caméra mobile, Le Conformiste confirme que Bertolucci se spécialisa fissa dans le dispensable psychodrame à tendance freudienne, sillon creusé à l’occasion pseudo-scandaleuse ou non du Dernier Tango à Paris (1972), 1900 (1975), La luna (1979) ou Le Dernier Empereur (1987). Se reposant souvent sur les talents évidents du mélodiste Georges Delerue , du dirlo photo Vittorio Storaro, du production designer Ferdinando Scarfiotti, du monteur Franco Arcalli et bien sûr de sa petite troupe impeccable, le buono Bernardo voudrait bien nous convaincre qu’il ravive Moravia, qu’il sait où il va, qu’il étudie les mœurs de malheur d’une époque ad hoc , comme son compatriote Scola, oui-da, homosexualité idem ( Une journée particulière , 1977). En réalité, historique, reconstruite, il se borne à ressasser, tel son « mouchard » à mémoire, pour l’originalité, la lucidité, la densité, il peut repasser, surto...

Le Parfum de l’invisible

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  L’avenir du passé, le présent des instants…   Au séducteur désabusé, il faut des femmes à fantasmer ; au cinéphile fébrile, des films en fuite. Verrai-je un jour Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique ? (Scola, 1968), Une saison en enfer (Risi, 1971), La Peau (Cavani, 1981) ? Cela importe peu, après tout, puisque leurs bandes-annonces valent le coup (d’œil), puisque le reste, on s’en fout, au moins pour le moment, ici et maintenant. Comédie dramatique, film biographique, reconstitution historique, les imageries s’accumulent, dialoguent à distance, affichent l’Afrique, ressuscitent un mythe (poétique), font machine arrière, en direction de la dernière guerre (mondiale). Durant ces quelques minutes, remplies de tumultes, on revoit les visages valeureux, depuis longtemps évanouis, de Bernard Blier, Nino Manfredi, Alberto Sordi, Florinda Bolkan, Jean-Claude Brialy, Terence Stamp, Claudia Cardinale, Burt Lancaster, Ma...