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Affichage des articles associés au libellé Kate Bush

Au non du père

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  Exils # 135 (20/10/2025) Dragons d’introduction, affrontement sanglant, auquel répondra la main coupée de la sorcière aristocratique et mélancolique, sens médical du terme, puisque liquide noir au lieu de rouge. Après ce prologue, écho de chaos, « l’instabilité règne sur le royaume de Terremer », réplique en rime avec celle, économique et politique, de la France d’aujourd’hui, pardi, un père royal se fait planter par son fils infernal, scène originelle, quasiment « primitive », dont la dimension symbolique stimule bien sûr l’interprétation psychanalytique. Si ceci ne suffit, voici aussi du marché esclavagiste et du commerce addictif, première dose offerte, dépendance à perpète. Cette noirceur délestée cependant de complaisance, à relativiser lorsque comparée aux histoires du soir des Grimm, Perrault and Co. , constitue l’un des motifs thématiques et dynamiques du film. La quête d’équilibre ne saurait par conséquent occulter l’obscurité au cœur des adultes co...

Rudolf en force

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  Exils # 6 (16/08/2023) Aussi sublime que la célèbre séquence de danse épuisante et enivrante des Chaussons rouges (1948) ? Presque, par procuration, en raison d’une captation pas trop à la con. Chez Powell & Pressburger, la bien mais mal-aimée sorcière Moira Shearer on s’en souvient se suicidait, in extremis et sans malice sur un tracé ferroviaire sautait, écartelée entre l’art et l’amour, entre deux mecs trop (mal)honnêtes, sommée de (se) décider, donc de décéder, in fine se sacrifier, même si fi de misogynie ici, n’en déplaise à la spécialiste Margaret Atwood, au regard en déroute. Parmi Shakespeare revisité par Noureev, on continue à déclarer encore je t’aime, toutefois on diffère de dilemme : aux amants épris et passionnés dès l’orée, love at first sight , nous dit Kylie, la rivalité familiale et la mise en scène funèbre de mise en abyme théâtrale s’avèrent en effet fatales, la fidélité d’un philtre factice, religieux, à la Tristan & Yseult, indémodables modè...

Une nuit sur le mont Chauve

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  Bush & Björk ? Les Pyrénées, l’Empyrée… Pour Patrick Cette tristesse essentielle et existentielle, la littérature, même la plus impure, ne vous en sauvera, surtout pas le cinéma, ce que l’on désigne donc ainsi aujourd’hui, par habitude, par lassitude, mais la musique, immédiate et multiple, immatérielle et pragmatique, immortelle et programmatique, permet de respirer, de se reposer, peut-être d’espérer. Celle d’ Hélène Vogelsinger sait y faire, du lest se défaire, s’adresse avec adresse au corps et au cœur, s’installe in situ ou en studio. Dissimulée derrière ou dessous de chouettes pochettes, aux monolithes à la Kubrick, dotée de titres ésotériques, exfiltrés illico d’un dico de philo, voire d’un ouvrage de nouvel âge, gorgée d’énergies, sinon d’écologie, elle procède en définitive d’une forme féminine et intime de musicothérapie, de transe sonore créatrice de ses propres décors ou en accord selon ceux du dehors. Concentrée sur ses câbles colorés, la compositrice point...

Buster

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  Deux métrages, deux images : The Haunted House (1921) + Cops (1922) L’argent ne possède peut-être pas d’odeur, il peut cependant donner mal au cœur, il peut pourtant coller aux pattes, rendre patraque, gare à la matraque, démonstration avec ce diptyque drolatique. La figure hiératique et tragique de Keaton s’y agite de façon assez frénétique, poursuivie par tous ou presque, quelle allégresse, a fortiori par d’affirmés faussaires puis des policiers à satiété. Il faut dire que Buster, renommé Malec en Hexagone, fi de salamalecs à la gomme, fait des siennes sans en faire des tonnes, caissier à licencier, amoureux malheureux. En écho de tombeau, les courts où ça court s’achèvent du côté de saint Pierre ou au cimetière. En résumé, malgré des ascensions d’occasion(s), gloire provisoire, on finit toujours par dévaler, au propre et au figuré, l’escalier de la destinée, par être in fine pincé à l’insu de son plein gré. Si The Haunted House recycle un motif déjà familier du...

Diamonds

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  Rihanna & Sia ? De New York à Detroit… Pour Patrick Peillon Vous ne connaissez pas Shara Nova, ancienne Worden, un divorce, un gosse ? Moi-même dans l’ignorance de son existence jusqu’à samedi, merci l’ami, elle me séduisit aussitôt, j’écoutai ses cinq albums illico . En résumé, en subjectivité, tout ne me va, tout ne se vaut, puisque les deux derniers opus pâtissent autant d’une utilisation massive, pas assez incisive, de l’électronique, du synthétique, que d’un appauvrissement des lyrics , a fortiori lorsque l’artiste se soucie de politique, de fictionnaliser un fameux fait divers, Trayvon Martin l’affaire ( You Wanna See My Teeth ), de repasser une couche d’antiracisme basique à titre explicite ( White Noise ). Cependant on lui sait gré d’agréablement revisiter, voire corriger, un poème de Mallarmé ( Apparition ), de réadouber le blason d’adoration, érotisme de jadis, Marot and Co. , relooké en féminisme soft de catalogue à aimer ( This Is My Hand ), de dél...

En corps

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  Un métrage, une image : Full Contact (1990) Aimable mélodrame, Full Contact fonctionne au combat clandestin, à l’encontre, à la rencontre, du destin. Si l’issue du fight ultime, ensuite la fin du film, démonstration dédoublée de magnanimité méritée, n’entendent surprendre, l’ item trentenaire, populaire, indépendant, étonne autrement. Au-delà d’être un évident véhicule pour Van Damme, qui ne conduit, qui coécrit/chorégraphie, il s’agit aussi d’une vraie-fausse autobiographie, d’une fable familiale, d’un portrait paupérisé du « pays des opportunités ». Deux années après la satire lucide, à domicile, de Invasion Los Angeles (Carpenter, 1988), Lionheart , titre explicite, Kate Bush l’adore, d’accord, se place parmi une perspective marxiste, se rapproche des cloches, met à l’honneur un tendre déserteur, une esseulée belle-sœur, met en vedette des êtres honnêtes, cabossés au propre et au figuré. Ni Rocky (Avildsen, 1976), ni Fight Club (Fincher, 1999), sus au sentimenta...

Space Cowboys

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  Un métrage, une image : Les Mercenaires de l’espace (1980) Corman & Cameron, le premier produit, pardi, en casse presque son tiroir-caisse, le second cumule les fonctions, alors à l’orée de la carrière que l’on connaît. Derrière ou au-delà de la caméra, d’autres mecs de talent, se moquant du manque d’argent : le subtil scénariste John Sayles ( Piranhas , Dante, 1978, L’Incroyable Alligator , Teague, 1980, Hurlements , Dante, 1981, Le Clan de la caverne des ours , Chapman, 1986), aussi l’auteur du renommé Brother (1984) ou du beau Limbo (1999) ; le directeur de la photographie Daniel Lacambre ( La Carrière de Suzanne , Rohmer, 1963, Le Père Noël a les yeux bleus , Eustache, 1966) ; le compositeur James Horner ( Krull , Yates, 1983) et, last but not least , le réalisateur Jimmy T. Murakami, animateur émérite, amateur de tortues, surtout ninja, encore clipeur pour Kate Bush, sinon Elvis ( King of the Mountain ). Devant, sur l’écran, un casting choral i...

Brazil

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  Une chanson et deux déclinaisons… Ce qui rend irrésistible Aquarela do Brasil  ? Sa « mélancolie » pas si en sourdine, peu propice à la déprime, son « exaltation » d’unisson, d’assumée transformation. En 1939, année damnée, voici du neuf, ensuite illustré/adoubé par Disney ( Saludos Amigos , 1942), disons à la moitié d’une guerre mondialisée. D’une Amérique à l’autre, latine et nordiste, la belle aquarelle, nationale et non nationaliste, connaît le succès, devient vite un classique instantané, voire controversé, sans cesse relooké, mention spéciale à la version radicale, plutôt martiale que tropicale, quoique, de l’éphémère et royale Elis Regina. Ary s’inspire de la pluie, célèbre un pays, « troubadour d’amour » en train d’immortaliser une terre religieuse, « malicieuse » et « délicieuse », de signer une samba superbe, modèle, peut-être immortelle, dont l’impressionnisme épique se métamorphose en romantisme nostalgique, mer...