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Affichage des articles associés au libellé Kaneto Shindō

Le Profond Désir des dieux : There Will Be Blood

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Shōhei Imamura.     Cette robinsonnade satirique, à la production et aux proportions épiques, dotée d’un « entracte » au mitan exactement, amplifie et délocalise La Femme insecte (1963). Il s’agit à nouveau d’un survival , presque d’un « film de cannibales », spécialité transalpine par exemple représentée par le bien (re)nommé Cannibal Holocaust (Deodato, 1980), puisque le capitalisme japonais y dévore des « indigènes » consanguins et condamnés. S’il se fiche de l’ethnographie, lui préfère la fable fatale, Imamura s’avère en vérité un élève involontaire de Lévi-Strauss, dont le pionnier Tristes Tropiques paraît en 1955. Le Profond Désir des dieux (1968) s’occupe donc de cosmogonie, de choc des cultures, de sexe et d’inceste, de puits à creuser en reflet, en replay , petit exercice à la Sisyphe, de pénitence ou à l’opposé de puissance. En découvrant ce film de son temps...

Belladonna : La Sorcière

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Exorcisme ? Érotisme. Procès ? Psyché. Que pourrait penser Jules Michelet de cette transposition japonaise de sa Sorcière (1862) littéraire ? Parions qu’il l’apprécierait, puisqu’elle sait conserver, par-delà sa propre liberté, style et sujet, son esprit précis, assemblage de romantisme révisionniste, de marxisme fantasmatique et de sensualité ancestrale. Film féminin sur une femme au fond très fréquentable, Belladonna (1973) évacue l’écueil du féminisme victimaire et du manichéisme moralisateur. Sacrifiée par une seconde femme de classe supposée supérieure, Jeanne demeure une force qui va, qui ne faiblit pas, même déchirée de manière littérale par un viol évident, individuel, ensuite implicite, collectif, à coup de chauves-souris rouge sang comme évanouies de son vagin meurtri. La scène, tout sauf obscène, constitue un moment marquant, mémorable, l’un des sommets d’expressivité de l’animation nippone des années 70. Héroïne de son temps, à la fois de productio...

La Terre éphémère : L’Île nue

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de George Ovashvili. L’auteur connaît-il Kaneto Shindō, Carrie au bal du diable et Le Silence de la mer  ? On l’ignore et cela n’importe pas, car son îlot fait écho (en nous), se suffit quand même à lui-même, le cinéma tel un océan d’individualités reliées par le spectateur-nocher. La Terre éphémère (jolie rime explicite, mais son avatar international, Corn Island , possède une saveur bientôt de saison, en sus d’un soupçon de Stephen King, remember ses adeptes juvéniles de secte assassine au maïs ) commence et finit d’ailleurs par un homme dans une barque : le premier vient s’approprier un bout de terrain fertile, y bâtir une baraque (réminiscence de Witness ), y cultiver une récolte compromise par un orage, y mourir accroché à un morceau de bois ; le second s’apprête à faire la même chose, les mêmes gestes, au même endroit, et la boucle bouclée du drame féminin possède l’élégance de s’achever par...

L’Île nue : Le Nouveau Monde

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L’Île nue  s’avère une vraie réussite qui relit  Les Travaux et les Jours  à la façon nippone. Moins calligraphique que Mizoguchi (qu’il assista), moins énergique que Kurosawa, moins panthéiste que Ichikawa, moins ironique que Naruse, moins mélodramatique que Kitano (dans notre bouche, il ne s’agit pas d’un reproche) mais plus cruel qu’Ozu, Kaneto Shindō filme au plus près de ses acteurs une fresque domestique et cosmique, un huis clos zen et musical (la partition de Hikaru Hayashi, en forme de valse, rappelle les compositions de Jarre pour Franju). L’amateur de film d’horreur, qui s’intéresse aussi au cinéma X, frémit à la violence d’un seau d’eau renversé (et de la gifle qui s’ensuit) ou jeté avant un hurlement maternel de révolte et de souffrance, à la sensualité furtive d’ablutions dans un bidon. On pense à  Terre sans pain , à  Stromboli , au  Septième Sceau  (petit cercueil blanc porté par un cortège d’enfants sur une colline, en écho à la dan...