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Affichage des articles associés au libellé Documentaire

Bangui blues

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  Exils # 18 (05/02/2024) En RCA, jadis chez Bokassa, si tu souhaites étudier, au public préfère le privé, comme le dirait l’actuelle et indécrottable ministre de l’ É ducation hexagonale. À la fac un peu beaucoup patraque de la boueuse et populeuse Bangui, des fuites il faut faire fi, putain de pluie, coucher à quatre dans une chambre et à deux par lit, pousse-toi l’ami, se pointer à cinq heures du matin afin de se serrer en sardines au sein d’un simulacre d’amphi cafi. Les profs ? Ils pontifient en chemise rose, costard noir, montre maousse, ils pérorent à propos du capitalisme à bout de souffle, ouf, ils interrogent de manière rhétorique et comique, la classe se marre, les probables futurs licenciés au sujet de leur improbable future ruralité, cultiver ou se cultiver, ton choix à toi. Une universitaire altière aux airs un brin de mannequin prône l’optimisme, crois en toi, crois en la RCA. Question exams, quelque chose de morose se trame, des notes se baissent, des copies d...

Le Corbeau

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  Magicien du matin ? Légende sans danse… Pendant le prélude, Pauwels rappelle le célèbre mot de Hugo adoubant Baudelaire ; mais face à celui de Céline , documenté, donc condamné, l’antisémitisme de l’auteur des Fleurs , impulsif, intempestif, paraît presque inoffensif. Passé ce préambule d’épouvantail « génial », à prendre avec des pincettes, le Louis à lunettes et regard caméra ne reviendra vers les ouvrages outrages, cède toute la place et l’espace à « l’ermite de Meudon », oracle cadré au sternum ou à la taille, assis sur un fauteuil impérial, l’interlocuteur commentateur se contentant de quelques plans de coupe et sur la bande-son de ses successives questions. Auparavant, après le générique à l’imprimerie, télévisuel « village global » de Marshall McLuhan se souvenant du temps récent de la « galaxie Gutenberg », mise en scène, à demi en abyme, de l’outil alors utilisé pour la fabrication des livres en papier, ni numériq...

Le Repas de bébé

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  Un métrage, une image : Les Années Super 8 (2022) « Fiction familiale », « fragment d’autobiographie » homonyme, le film intime se situe sous le signe des « commencements », pas seulement ceux des enfants, affiche l’épiphanie des premières et uniques fois, met en « récit » la « trace » d’autrefois, mais il documente a posteriori des disparitions en série, celles d’un désenchanté Chili, d’un Portugal apparenté à Tanner, d’une Cergy associée à Rohmer, celles d’une mère au carré, de grands-parents du paternel côté, d’un mari fumeur et filmeur. Ce cinéma dit amateur, jamais mateur, dépourvu de pathos, manie aussi l’étymologie, l’amour et le désamour, le couple en route puis en déroute, la publication et la séparation. Durant une décennie, (re)voici la France de mon enfance, prise à travers le prisme et l’objectif subjectif d’une caméra « désirable », (em)portée là-bas, sur soi, en train d’enregistrer du « temps...

Les Ailes du désir

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  Un métrage, une image : Petit Dieter doit voler (1997) Une dizaine d’années après, Herzog réalisera Rescue Dawn (2006), reconstitution de fiction, dont on trouve ici la trace véritable, je pense au passage du groupe sans entourloupe, figurants tout sauf menaçants. Parfaitement conscient de la dimension méta du documentaire exemplaire, Dengler accepte de (re)jouer le jeu, d’incarner en courant son propre rôle d’incroyable survivant, quitte à ce que le cœur s’emballe, batte la chamade, au rythme du ressuscité cauchemar arrivé, réactivé en replay . « It’s a movie, don’t worry, buddy » dit-il aussi à une autre silhouette guère suspecte, placée en roleplay , en silence, de voleur d’alliance presto amputé via des Viets tortionnaires certes, cependant « scrupuleux et honnêtes ». Si l’exercice de style indiffère Werner, en dépit d’une bande-son délestée d’illustration, le Liebestod de Tristan und Isolde sur un aquarium de méduses, il fallait oser, imager ...

Enquête sur un monde solitaire : Les Galettes de Pont-Aven

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  Conrad & Cohen, Garbo & Bécaud ? Toi, moi, elle, île… Bien trop long, plus de six heures, Seigneur, desservi par une illustration musicale très dispensable, ponctué de plans topographiques anecdotiques, assorti de stroboscopie assez hors sujet, à la Noé ( Irréversible , 2002), encore en noir et blanc mais aussi en couleurs, haut les cœurs, ce montage de témoignages rend hommage au « tissu associatif » tendu contre le « naufrage » social, métaphore à bon port, car cadre(s) de Bretagne. Un mois avant l’effarement du (premier) confinement, lui-même modèle d’isolement dément et mondialisé, aux effets collatéraux que l’on connaît, notamment en matière de « violences conjugales », topic du titre, manifestant(e)s à Lorient et flics à trique, pendant une période d’environ deux ans, l’auteur local de L’eau douce qui coule dans mes veines (2013) filme de façon frontale, à la suite d’une citation explicite des increvables Misérables , les «...

Le Sang des bêtes

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  Un métrage, une image : La Panthère des neiges (2021) Il faut savoir ce que l’on aime Et rentrer dans son HLM manger du poulet aux hormones Jean Ferrat, La Montagne Vous resterez dans l’histoire le président de l’inaction climatique. Yannick Jadot à Emmanuel Macron Le camouflage animal procède du pragmatique, ne se soucie de l’esthétique : l’invisibilité assure une certaine sécurité, permet d’épier, sans être mal vu, malvenu. La bête presque obsolète, proche de la roche, nécessite de l’attention, sinon de la protection. Elle inverse aussi le mouvement d’agrandissement de Blow-Up (Antonioni, 1966), où un cadavre devenait paysage puis pure image. Mutique, mythique et « totémique », un brin à la Moby Dick, elle incarne avec majesté, immobile, inaccessible, encore « incommunicable », la réalité réconciliée, « la liberté, l’autonomie, la parfaite connaissance de son environnement », tel un superbe requiem adressé à l’espèce hu...

Artemisia

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  Un métrage, une image : Frida Kahlo (2020) Après le destin sympathique ( Frida , Taymor, 2002), le dessin historique ( Josep , Aurel, 2020), voici donc les dernières révélations à propos du peintre, puisque l’on promettait de portraiturer une personnalité, en sus de retracer une artiste. Hélas, le vœu pieux boit vite la tasse, surtout de tequila, oui-da, car ces quatre-vingt-dix minutes de ripoliné tumulte se cantonnent à ne jamais dépasser de la doxa les bornes. Documentaire linéaire et scolaire peuplé de transparents experts, Frida Kahlo (Ray, 2020) consacre par conséquent, à l’avenant du tout-venant, une icône laïque de la modernité tendance doloriste, sinon la figure de proue d’un féminisme mâtiné d’exotisme, à Mexico ou à l’hosto. Les Femmes artistes sont dangereuses affirmait la drolatique Laure Adler, toutefois rien de risqué au sein trop sain de ce travail soigné, aseptisé, de cette évocation britannique, didactique et anecdotique, sise sous le sceau de l’auto...

Trois visages + Hidden : Femmes Femmes

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  Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur les titres de Jafar Panahi. Le croisement de Où est la maison de mon ami ? (Kiarostami, 1987) et du Goût de la cerise (Kiarostami, 1997) ? Le prolongement, voire le développent, de Taxi Téhéran (Panahi, 2015) ? Bien sûr et bien davantage. Si Bava, autre cinéaste méta, filma autrefois, par trois fois, au féminin l’effroi ( Les Trois Visages de la peur , 1963), Panahi (s’en) va vers la vie, se focalise sur des formes de féminité, par ricochet de masculinité. Trois visages (2018) s’ouvre sur un vrai-faux snuff movie , un suicide d’adolescente, d’actrice aspirante, servi au cellulaire, au sein du (presque sous)terrain platonicien et utérin d’une grotte ad hoc , en écho sans eau à la pareille du compatriote Mohammad Rasoulof ( Un homme intègre , 2017). Comme Herzog ( La Grotte des rêves perdus , 2010), cet espace a priori de pendaison, donc de définitive renonciation à ses aspirations, possède sa propre pui...

Because of My Body : La grande bellezza

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Francesco Cannavà. Ce documentaire délicat et pudique donne à découvrir une jeune femme magnifique. Voilà Claudia, irréductible à un « spina bifida », aussitôt escortée de son « assistant sexuel » préféré, l’aimable et calme Marco, qu’elle rajeunit de douze ans illico . Entre elle, la vingtaine, et lui, la quarantaine, une brève rencontre survient, aussi bouleversante et autant élégante que dans le film homonyme de David Lean (1945). Muni de sa caméra toujours empathique, jamais pornographique, Cannavà chronique cela, les hauts, les bas, la confiance, la distance, les étapes d’une émancipation remplie de révélations, de variations. Vierge guère vengeresse, mille fois plus forte que toutes les féministes, l’héroïne « heureuse » et en déprime sourit et s’automutile, affiche à demi une fragilité infinie. Pas une seule fois l’on ne l’entendra se lamenter sur sa « condition de h...

Voyage au pays de la peur

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  Un métrage, une image : Ceci n’est pas un complot.  (2021) Pour Patrick Défié « à nous », doté d’un intitulé, d’une affiche, à la Magritte, d’un sous-titre explicite : Comment les médias racontent le COVID , cet essai individualisé séduit par sa modestie, s’apprécie en réponse posée, réfléchie, au dramatique, discutable et dilaté Hold-up (Barnérias, 2020). En soixante-dix minutes sans tumulte, le documentariste éclectique et critique récapitule une chronologie de contamination, de communication, de collusion, de coercition, de contestation. Pendant que le président méprisant de la France se prend pour un chef de résistance, au milieu et au sommet de sa « guerre » imaginaire, la Belgique succombe aussi vite, ne se veut « incivique », tels les octogénaires géniteurs de l’auteur. Sa chronique d’une double mort annoncée, celle de la démocratie, celle de la déontologie, a fortiori journalistique et pharmaceutique, possède la colère ...

Belle et Sébastien

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  Un métrage, une image : Sébastien Tellier: Many Lives (2020) Corrigeons l’hagiographie jolie, déjà rassie, fastidieux défilé des « habituels suspects », comme on cause dans Casablanca (Curtiz, 1942), typique de ce type de produit à bas coût produit : personne, pas même un compositeur assez inspiré, ne saurait posséder « plusieurs vies », tant mieux, tant pis, même si celui-ci se plaît à déployer un aréopage de personnages, à la fois drolatiques et anecdotiques. Dissimulé derrière des lunettes aussi noires que les blanches de Michel Polnareff, autre artiste parfois précieux et a priori individu davantage désagréable, autant grand, barbu et chevelu qu’un second Sébastien, Chabal, bien sûr, Tellier, doté d’un patronyme à la Maupassant, certes déteste l’esprit de sérieux, ne s’y prend jamais, considère chaque disque non en « conclusion », seulement en essai. Mais il prend au sérieux la composition, l’émotion, la surexposition de sa persona...

Petit pays

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  Une œuvre, un plan : Vive la France (1974) « Cher et vieux pays » : produit par André Génovès, proche de Chabrol, co-monté par Jacqueline Thiédot, assembleuse attitrée chez Grangier, (Denys de) La Patellière, Sautet ou Giovanni, peut-être inspiré par un livre homonyme paru en 1973, ce « point de vue documenté » point à la Vigo ne connut le succès en salles, le voici désormais ressuscité, sinon plébiscité, en ligne, magnanime. Durant une heure dix, Audiard déride notre histoire, pas celle de Michelet, Foucault ou Castelot, de (Bertrand) Blier ni Delon, fameux admirateur d’un célèbre résistant londonien ici réduit à rien, à un ersatz de Zorro réduit à zéro. Tressage d’anciennes images, de citations en situation, de chansons de saison(s), pas seulement susurrées par Salvador, l’ opus paraît à présent impossible à reproduire tel quel, en raison d’évidentes raisons de bienséance, de bien-pensance, de moralisation, de victimisation. Certaines sensibili...

Bosna!

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  Un métrage, une image : What You Get Right Now  (2020) « Tu n’as rien vu à Sarajevo », ou (où) un descendant décomplexé de l’atomique Alain Resnais de la sympathie éprouverait For the Daemon (Brieuc Le Meur, 2020), en effet, surtout serbe, n’en déplaise à Peter Handke. Ainsi surgissent, en décembre au goût de cendre, des images d’hiver, comme pour recouvrir, voire ensevelir, celles d’hier. À l’unisson d’une exhumation de saison, aussitôt les voici investies, au moyen d’une musique martiale ? Disons que les notes davantage évoquent une fantaisie militaire, sinon minimale, un brin, second Alain, à la Bashung. Sorte de solitaire Nemo, surcadré en surimpression par un vrai-faux hublot, doté de son gros appareil photo, l’artiste cosmopolite documente donc des jours en définitive pas si tranquilles en Bosnie, cédant à Miller Henry ceux, so sexy , sis à Clichy, ensuite réchauffés par Claude Chabrol en 1990. Délesté de clichés, démuni de chichis, il vadrouille en ville, visiteur ...

Barrages, l’eau sous haute tension : Aquarela, l’odyssée de l’eau

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  Faire barrage aux ravages du marchandisage… À Michel, avec mes remerciements La menace mondialisée du virus corona ne vous suffit pas ? Voici donc la faillite d’EDF, de ce qu’il en reste. Durant une heure vingt assez alerte, ce « point de vue documenté », comme jadis Jean Vigo disait, s’avère une démonstration de déraison. Les spécialistes, pas seulement syndicalistes, s’expriment, dépriment, leur discours didactique converge vers un désastre annoncé, redouté, redoublé, puisqu’au risque représenté par le privé, par le boursier, s’ajoute en sus celui du médiatique « réchauffement climatique » et de ses conséquences clivantes, SOS de sudistes fissa assoiffés à la sauce hispanique. En réalité remémorée, il s’agit ici d’une ancienne histoire, d’espoir après le désespoir, de Résistance politique et de résistance électrique, cf. la séquence consacrée à Marcel Paul & Pierre Simon. Barrages, l’eau sous haute tension  (Nicolas Ubelmann, 2020) s’appr...

Hold-up : Virus cannibale

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  Dialectique épidémique ? Désorientation d’oraison… À Patricia Au siècle dernier, souviens-toi, barbare Barbara, docile Deborah, durant la distribution du « visionnaire » Vidéodrome (1983), David Cronenberg déclarait ne pas croire au complot, estimait une méconnaissance généralisée des causes, des effets. Une quarantaine d’années après, la « Toile » succède au « câble », les (grands) enfants de Max Renn (re)font des siennes. Immergés parmi le « film-réalité » de Bill Burroughs, sis au sein de la « société du spectacle » du sieur Debord, comment conserver sa lucidité, comment ne pas perdre le nord ? Opus à propos d’un virus , ouvrage « censuré » au viral succès, Hold-up (2020) constitue un cas d’école, devrait être visualisé, envisagé, par tout journaliste, tout sociologue. Déjà responsable, voire coupable, du dispensable Thanatos : L’ultime passage (2019), le fadasse Barnérias effectue sans classe un ...