Articles

Affichage des articles associés au libellé Anthony Asquith

The Manxman : Kiss Me Kate

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Alfred Hitchcock. Hitch se fiche de l’île, effleure le conflit social causé par les satanés chalutiers, se focalise sur son trio de vaudeville à la dérive vers le mélodrame. Le capitalisme puis le consumérisme persistent à persuader que les classes n’existent plus, que la lutte devient donc caduque, nivellent partout par le même, tant pis pour Pasolini – le cinéma britannique démontre le contraire. The Manxman (1929), qui devrait plutôt s’appeler The Manxwoman , s’interprète et s’apprécie ainsi en conte moral et sentimental. Une fille de tavernier aux faux airs de Lon Chaney, sinon de John Hurt, se promet à un pêcheur, s’abandonne à un avocat. Exit la Jamaïque, bienvenue aux déconvenues. Tandis qu’Anny Ondra, doublure de Cyndi Lauper, passe du statut de plaisante petite salope briseuse d’amitié masculine à celui de mater dolorosa diariste, suicidaire, obstinée, endeuillée, ses boucles d’or dissimulées en rép...

The Blob : The Thing

Image
Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le tire de Irvin S. Yeaworth, Jr. Communisme ? Œcuménisme. L’Invasion des profanateurs de sépultures (Don Siegel, 1956) ? La Fureur de vivre (Nicholas Ray, 1955). En 1958, « Steven McQueen » devient Steve Andrews et semble atteint de démence, comme l’indique « le film dans le film » Dementia , aka Daughter of Horror (John Parker, 1955). Lui aussi, en Pennsylvanie, va vivre une nuit éprouvante, va tenter de convaincre la petite ville d’un Danger planétaire , retitrage de ressortie so seventies , affiche fallacieuse à la Frank Frazetta en sus, en vérité très stellaire, in extremis refoulé en Arctique, pas encore touché par le réchauffement climatique, déjà exploré par The Thing from Another World (Christian Nyby, 1951). D’une chose à l’autre : en 1982, John Carpenter localise son eschatologie en Antarctique, à l’exact opposé géographique, amusante manière de se déma...

Shooting Stars : La Clef

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Anthony Asquith & A. V. Bramble. Des étoiles filantes, des étoiles qui tournent, des étoiles qui tirent : le titre polysémique original de ce métrage admirable résume l’intrigue, mais ne saurait suffire à signifier l’ampleur de son effet sur le spectateur. On ne reviendra pas sur la révélation du consécutif A Cottage on Dartmoor (1929), ni sur le pedigree vite esquissé du cinéaste. On se contentera de dire, d’écrire, que Un drame au studio (1928), avatar univoque, procède déjà du cinéma méta, du triangle amoureux, malheureux, qu’Asquith le dirige sous l’égide du vétéran Bramble, débutant sidérant de maîtrise. Premier film, par conséquent, et à sa manière modeste, constamment documentée, modelée de justesse, un film définitivement grand. Shooting Stars débute par une mise en abyme de western sentimental, par un tournage en intérieurs qui déraille ; pour la prairie éprise, on repassera. Le volati...

L’Amour de Jeanne Ney : Reds

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Georg Wilhelm Pabst. J’aime depuis longtemps ce cinéma trivial et sentimental. J’aime La Rue sans joie (1925) et pas uniquement pour Garbo Greta ; j’aime Loulou (1929) et pas seulement pour Louise Brooks ; j’aime L’Atlantide (1932) vue en VF et j’aime Brigitte Helm même en trois exemplaires ; j’aime en outre La Tragédie de la mine (1931) en raison de sa sincérité-fraternité franco-allemande ; j’aime encore Don Quichotte (1933) car Chaliapine y brille. Ces films, je les découvris jadis, au siècle dernier, au Goethe-Institut, dans la salle d’un CDDP reconverti en ciné- club , dans des cinés dits de quartier ou à la TV, tard le soir. Pabst semblait déjà bien oublié, malgré les ravissements successifs de votre serviteur. Visionner L’Amour de Jeanne Ney sur PC, en version restaurée-numérisée, en 2017, quatre-vingt-dix ans après sa sortie en Allemagne, puisqu’inédit ici, tant pis pour l’admir...

La Femme que l’on désire : Un soir, un train

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Kurt Bernhardt. Marlene Dietrich n’attendit pas de rencontrer Josef von Sternberg pour avoir du talent, pour savoir comment le déployer à l’écran. Preuve supplémentaire avec ce mélodrame suprême et muet d’une surprenante vitalité, d’une constante beauté. Le réalisateur (pas encore « américanisé ») transforme un argument de vaudeville (bouquin du « kafkaïen » Max Brod adapté par Ladislaus Vajda, scénariste complice de Pabst) en tragédie pulsionnelle, reconfigure la géométrie rassie du « triangle amoureux », du « ménage à trois », en ligne droite vers le vide, en boucle bouclée vers une vie tracée, en élan vers le firmament et l’épuisement épousé par une caméra souvent en mouvement. On peut penser à du Murnau (la fondation du même nom se charge de l’exemplaire restauration) hétéro, à du Hitch sans cynisme, à du Bernstein (Henry, pas Elmer ni Lenny) revisité par un Resnais de...

A Cottage on Dartmoor : Le Fil du rasoir

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Anthony Asquith. Un père Premier ministre, une enfance choyée, un passage à Oxford, le choix du cinéma en raison de sa mauvaise réputation (et participation à la naissante Film Society of England), la découverte de l’Amérique par une sœur installée à New York (visite des studios de United Artists et désaccord esthétique avec le Chaplin du Cirque inclus), l’époque des quota quickies , ces petites bandes britanniques souvent bâclées, parfois formatrices, imposées par le gouvernement afin de sauver une industrie littéralement saignée par la Grande Guerre (comme en France, d’ailleurs), des adaptations théâtrales (Shaw, Wilde et l’ami Terence Rattigan) ou des mélodrames mondains peuplés de stars  : le parcours du réalisateur reste méconnu mais son évident talent mérite vraiment sa redécouverte, par exemple via ce vaudeville atmosphérique et méta au croisement et en commentaire de deux époques, du muet vers le p...