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Affichage des articles associés au libellé The Doors

À l’ouest d’Éden

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  Exils # 104 (23/04/2025) Adieu aux Doors et à leur Moonlight Drive , voici donc le méconnu Midnight Ride (Bralver, 1990). Sans doute la production Cannon comptait capitaliser sur le solaire Hitcher (Harmon, 1986), mais elle évoque davantage Le Voyage de la peur (Lupino, 1953) et La Proie de l’autostop (Festa Campanile, 1977), même délestée de l’intensité du premier, de la rudesse du second. Sauf celui de cinéphile Italie, tous ces titres ne pouvaient naître qu’en nordiste Amérique, pays de l’espace, patrie du road movie , paranoïa du piéton, victoire de la voiture, en Australie aussi, disons pour d’identiques raisons, on renvoie vers Mad Max (Miller, 1979) et Road Games (Franklin, 1981). Certes le parcours convenu de cette histoire d’un soir de couple en déroute sur la route face à un fêlé « de retour au bercail », direction l’hôpital, périlleux périple à la Ulysse, au picaresque funeste, ne surprend personne, en dépit d’un épilogue en ascenseur et fauteuil, tu...

Ballade de Jim

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  Enfoncer des portes ouvertes ? Défoncer les idées (dé)faites… Un demi-siècle après la disparition de Morrison, que demeure-t-il encore des Doors ? Des pistes épiques, dénommées  Light My Fire , The End , When the Music’s Over , The Soft Parade , Riders on the Storm  ; un biopic hyperbolique, au risque de l’anecdotique ( The Doors , Stone, 1991) ; des recueils de lyrics ou de textes tout sauf prétextes, édités autrefois chez Christian Bourgois ; une biographie de référence, à l’intitulé référentiel en effet ( Personne ne sortira d’ici vivant du tandem Jerry Hopkins & Danny Sugerman) ; un estimable essai en plus pionnier ( Jim Morrison au-delà des Doors de Hervé Muller) ; le Vietnam et ses états d’âme, par Coppola ( Apocalypse Now , 1979) puis De Palma ( Outrages , 1989), in extremis Zemeckis ( Forrest Gump , 1994), sillage de Scorsese, portier au singulier ( Who’s That Knocking at My Door , 1967) ; une fiction imparfaite...

L’Amour à la plage

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  Surdité à la Beethoven ? Unité pas à la gomme…    D’une Caroline à l’autre : avant un train en train de siffler, un clébard d’aboyer, une reprise a cappella de boucle bouclée, Pet Sounds donne donc à entendre en coda dépressive un portrait chanté, enchanté, davantage désenchanté, que pourrait adouber la sentimentale déprime de Berlin . De Reed à Wilson ne change presque pas la donne, la dope persiste et signe, la douceur supposée du LSD, de la marie-jeanne, substituée à la dureté de l’héroïne en prime. L’ opus de Lou ne pouvait sans doute surgir qu’au sein malsain des révisionnistes seventies , se situer en Allemagne en effet « mère blafarde », en reflet d’une mère amère et suicidaire. Celui des plagistes à succès, ensoleillés, à demi déjà séparés, révèle l’envers et la facticité du rêve californien, la genèse du disque se verra ensuite mise en images de manière hollywoodienne,  boomerang propret de biopic pasteurisé ( Love and Merc...

Si seulement Marc Seberg

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  Dix titres , dix stèles, désire, dit-elle… Si seulement les chansons d’amour et de désamour de notre modernité (dé)moralisée, contaminée, condamnée, pouvaient posséder une seconde une once de l’élégance intense de celles de Marc Seberg… Si seulement ce chanteur charmeur qui jamais n’exista, sinon en toi et moi, sous une forme démultipliée d’individualités réunies, en sursis, revenait d’entre les morts vous éclairer encore, d’une éclaircie pas rassie, sus à l’ennemi, aux geignardes nostalgies, aux années enterrées, aux jeunesses effacées, fin de siècle, obsolètes… Si seulement Philippe Pascal, autrefois artiste apolitique de Fnac marseillaise, votre serviteur se le rappelle à l’aise, ne disparaissait, peut-être se suicidait, à la soixantaine, à Rennes… Si   seulement l’éphémère Pascale Le Berre, claviériste et compositrice, fredonnait davantage sur ces voyages efficaces, effectués tout sauf en solitaire, quelles belles et bonnes bouffées d’air, breton ou non… Si Brecht ...

Vertigo Days : Strange Days

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  Adoucir les mœurs ? Créer du bonheur… Pour Patrick Strange days have found us Strange days have tracked us down They’re going to destroy Our casual joys We shall go on playing or find a new town […] Strange days have found us And through their strange hours We linger alone Bodies confused Memories misused As we run from the day To a strange night of stone Jim Morrison, Strange Days Une amie mélancolie, grande et allemande, traverse en vérité la   valeureuse traversée de ces vertigineuses journées : dès 1967, les Doors annonçaient le décès de l’époque utopique par un titre distordu et fatidique ; en 2021, les frères Acher des Notwist diagnostiquent une glaciation intérieure, quel malheur, cherchent à (s’)échapper à eux-mêmes, sinon à ce qui les suit, une pensée pour It Follows (David Robert Mitchell, 2014), préoccupés d’un spectre, sans doute celui, enfui, de notre autonomie, physique et psychique, une pensée pour Le Fantôme de la li...