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Les Pionniers de la Western Union : O’Brother

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Fritz Lang. Zane (Grey) par Zanuck (Darryl) – la Fox ni Fritz ne font dans le détail, la dentelle, la faute à un scénario falot, tracé à la truelle, dû à Robert Carson, l’auteur du script narcissique et sentimental de Une étoile est née (William Wellman, 1937). Durant les vingt ans de sa période américaine, Lang l’exilé réalise trois westerns , c’est-à-dire manipule à trois reprises une imagerie des origines, historiques et géographiques, une mythologie encore jolie, aseptisée par les préceptes de Hays, par les studios comme il faut, avant la violence et le révisionnisme des seventies . Ici, au début des années 40, les Indiens, pas encore rebaptisés Amérindiens, s’instrumentalisent, se ridiculisent, alcoolisés, électrifiés. Ici, un télégraphiste périt au sommet d’un poteau, planté à la Siegfried, remember le tandem des Nibelungen de 1924. Ici, une femme fait de la figuration, se plaint en souriant de ne po...

Zorba le Grec : L’Attaque de la moussaka géante

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Suite à son visionnage en direct sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Michael Cacoyannis. L’apollinien et le dionysiaque. Nietzsche et Sisyphe. Un fiasco presque à la Fitzcarraldo (Herzog, 1982), mais aussi l’écho de Stromboli (Rossellini, 1950), Marius (Korda, 1931), Manon des sources (Pagnol, 1952), La Fille de Ryan (Lean, 1970) ou  Harold et Maude (Hashby, 1971). Avant tout, surtout, une histoire d’amour entre deux hommes, dès le premier regard, en effet, à travers une vitre mouillée. Socrate & Platon ? Non, Montaigne & La Boétie, oui. Mystère de l’élection, voire de la filiation. L’ancien soudard trucideur de Turcs, agresseur de Turques, dessillé du nationalisme, il en porte les stigmates (christiques) sur le torse, sait désormais la valeur d’une vie, de toutes les vies, y compris les salies, tandis que le littéraire solitaire hésite, trop cogite, poursuit sa route en plein jour, revient la nuit. Zorba, père endeuillé, sinon indigne, de gestic...

Ocean’s Thirteen + Ned Kelly : Les héros sont fatigués

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Danny versus Kelly, par un soir de zapping en ligne. Ellen Barkin, alternativement psychorigide et hystérique, porte désormais des lunettes assorties à sa robe rouge décolletée, Pacino, très bronzé, l’imite en matière d’optique, opte pour la transparence, caresse avec délice, dans un écrin sud-coréen, son tout nouveau cellulaire, tandis que Brad & George (qui d’autres ?) reniflent devant un extrait d’une émission d’Oprah Winfrey (on offre une bicoque à des Noirs pleurnichards), que Vincent Cassel semble perplexe devant un étal de slips ; Soderbergh, bientôt biographe du Che acoquiné à Sasha Grey, sept ans après le soap sérieux du surfait Traffic , boucle une épuisante trilogie, se prend pour Scorsese, filme Las Vegas en hélico, en montage musical, en dialogues de mecs entre eux : cinéma de parvenu(s), de vide clinquant, qui se voudrait champagne amusant, qui s’évente aussitôt – au bout de dix minutes, on s’éclipsa fissa. Heath Ledger, paix à ses mân...

Balade entre les tombes : La Source des femmes

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Suite à son visionnage sur le site de C8, retour sur le titre de Scott Frank. Comme dans un Bond, le meilleur réside dans le générique : un corps féminin morcelé paraît caressé dans une éternité immaculée, avant que deux visages masculins ne suscitent le soupçon, avant qu’un court panoramique ne révèle un bâillon en chatterton , avant que les doigts ne s’enfoncent dans la chair trop claire de la victime terrorisée, condamnée. On reverra plus tard, brièvement, la jolie finlandaise Laura Birn à l’arrière d’une camionnette, torturée par les deux ravisseurs, filmée en vidéo et observée dans le rétroviseur par un amoureux armé de bonnes intentions infernales. Le témoin suicidaire sort aussitôt du véhicule et le film fait de même, pour ainsi dire, comme si sa propre noirceur l’effrayait, comme s’il se retrouvait au bord de l’irreprésentable. Ailleurs, plus tôt et plus tard, une épouse et une fille, toutes les deux idéalisées au ralenti, mannequin chic ou Chaperon rouge à chaper...

Danton : Trois hommes à abattre

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Andrzej Wajda. Danton, Desmoulins, Robespierre : ces trois-là s’appellent par leurs prénoms, se connaissent intimement, s’aiment et se détestent, se respectent et se condamnent d’un seul et même élan. La Terreur les force à s’affronter, à se déchirer le cœur, à se couper la tête. Une grande douceur, doublée d’une grande violence, celles d’amants trahis, répudiés, désenchantés (par les illusions de la Révolution) les unit, les réunit, davantage que le souci collectif ou la survie problématique de la République. Durant la rencontre à huis clos, cernés par des tentures grenat de bordel, entre bougies romantiques et verres de vin rouge vampirique, l’escroc hédoniste tente de décoincer le puritain tuberculeux, il s’en prend à sa perruque poudrée, il l’insulte sexuellement (« On raconte même que tu n’as jamais baisé avec une femme ! »). Oui, avant d’être une parabole sur la Pologne d’alors (lecture...

Solomon Kane : Libera me

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Suite à son visionnage sur le service Pluzz de France Télévisions, retour sur le titre de Michael J. Bassett. Dans ce conte de fées pour adultes, visuellement soigné, à l’argument assez passionnant, il nous plaît de lire une relecture hardcore de L’Idiot de Dostoïevski : comment être bon dans un monde mauvais, comment viser le salut en sachant son âme damnée, comment se réinventer par la seule force de sa foi ? Questionnement métaphysique et fondamental, cosmique et crucial. Une angoisse métaphysique à la Bergman innerve Solomon Kane , pas seulement via la présence doublement référentielle de l’inoxydable Max von Sydow, exorciste et joueur d’échecs bien connu. Michael J. Bassett, scénariste-réalisateur, auteur de l’intéressant mais inabouti La Tranchée , croit en son film à chaque plan et jusqu’au bout (plaisir de ressentir vraiment quelqu’un derrière la caméra), ne cherche jamais à rivaliser avec le nietzschéisme épique, érotique et lyrique du Conan le Barbare ...

Philomena : Secrets et Mensonges

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Suite à son visionnage sur le service Pluzz de France Télévisions, retour sur le titre de Stephen Frears. Dans une autre vie, au siècle dernier, Stephen Frears réalisa des films ironiques, enragés, raffinés, vigoureux, évocateurs : on éprouvera toujours pour lui une vraie reconnaissance admirative grâce à The Hit , My Beautiful Laundrette , Prick Up Your Ears , Sammy et Rosie s'envoient en l'air , Les Liaisons dangereuses , Les Arnaqueurs , Héros malgré lui , The Snapper ou Mary Reilly , polar métaphysique, cartographies en direct de l’Angleterre de Margaret Thatcher, de l’Irlande prolétaire ou de l’Amérique médiatique et modèles d’adaptions littéraires. Certes, la liste comportait des échecs, par exemple le diptyque The Hi-Lo Country et High Fidelity , western anémique à la Wenders chez l’Oncle Sam et chronique musicale/familiale arythmique. Trois œuvres-véhicules suivirent, The Queen pour Helen Mirren, Chéri pour Michelle Pfeiffer et Tamara Drewe pour Gemma Art...

Noé : Le Créateur

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Suite à son visionnage sur le service Pluzz de France Télévisions, retour sur le titre de Darren Aronofsky. Naguère « engodée » (dirait le poétique Frédéric Beigbeder) pour les besoins subliminaux du cacochyme Requiem for a Dream , la peu rancunière (ou alors sujette à des tendances suicidaires) Jennifer Connelly rempile sur le radeau (rameau) biblique du très surfait Darren Aronofsky ( Black Swan , cet ersatz oscarisé de Suspiria , assaisonné à l’écœurante sauce maternelle de Carrie au bal du diable ), auteur, cependant, d’un attachant The Wrestler (il devait beaucoup, presque tout, à Mickey Rourke, joliment flanqué de Marisa Tomei, oui). On pardonnera (presque) toujours un grand nombre de choses à celle qui fit ses classes avec Leone et Argento, qui grandit, comme tant d’autres, devant la caméra, jusqu’à devenir aujourd’hui cette femme belle et intelligente, cette actrice talentueuse et intense, à la filmographie largement inférieure à ses capacités (diptyque tout...

11.6 : Le Convoyeur

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Suite à son visionnage sur le service Pluzz de France Télévisions, retour sur le titre de Philippe Godeau. Le « réalisateur » distribua l’unique long métrage de Cyril Collard, Les Nuits fauves , produisit les derniers films des réellement regrettés Christine Pascal ( Adultère, mode d’emploi ) et Maurice Pialat ( Le Garçu ), le premier du tandem Virginie Despentes/Coralie Trin Thi, Baise-moi ( Le Huitième Jour , Mariages   ! , Les Sœurs fâchées , Mauvaise Foi , Danse avec lui , Largo Winch , Les Émotifs anonymes , Les Trois Frères : le retour parsèment aussi son parcours). Avec 11.6 , il adapte « très librement » (précise le générique), en compagnie d’Agnès de Sacy, le court, factuel et dispensable récit journalistique d’Alice Géraud (alors l’une des plumes de Libération ) consacré à l’affaire Toni Musulin, butant sur le même mystère (ou son absence). Ce supposé « portrait psychologique » (l’intitulé effraie) mâtiné de comportementalisme à...