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Affichage des articles associés au libellé Anthony Mann

Au nom du Pierre

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  Exils # 117 (11/07/2025) Haceldama ou le Prix du sang (1919) s’ouvre sur une citation explicative, topographique et laconique, de l’ É vangile selon Jean , cela ne surprend de la part du réalisateur de Golgotha (1935), où Judas se resuicidera. Le tout premier plan du tout premier film de Duvivier, auteur disons supérieur, puisqu’il s’occupe de tout, du scénario, de la caméra, du montage, du labo à Bordeaux, de la production avec sa société Burdigala Films, in extremis signe même l’ item , jolie calligraphie, possède donc une pendaison d’introduction, de religion, suivie illico d’un sanglant couteau, tandis que ce métrage sans dommages carbure à la culpabilité, fonctionne au secret de famille enterré, au propre et au figuré, du côté de la Corrèze, planque balèze, au creux de laquelle concocter un vrai-faux western , mode d’époque, Gaumont ne dit non, une « grande scène dramatique en quatre parties », voire évangiles, témoignage sans outrage d’une « époque hé...

Poussière d’étoile

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  Exils # 113 (18/06/2025) Dans ses Souvenirs et Réflexions , l’estimable musicienne Mel Bonis affirme : « L’artiste n’est pas un moraliste, mais il se doit d’être une personne morale. » On ne saurait douter de l’éthique d’Anthony Mann, néanmoins cette « étoile d’étain » d’intitulé original mérite son titre. Western modeste, mineur et méconnu, cela explique en partie ceci, Du sang dans le désert (1957) ne réussit jamais à s’élever au-dessus du statut de bel exercice de style desservi par un script simpliste, signé du complice de Ford Dudley Nichols ( La Chevauchée fantastique , 1939), « d’après une histoire » de scénaristes de TV, handicapé par un casting anecdotique, surtout du côté des dames, aux rôles en toc, doté d’un didactisme rédhibitoire rempli d’espoir, ce succédané stérile et laïc de l’espérance, précise le credo catho de la précitée compositrice. Un chasseur de primes en transit, pragmatique et presque cynique, transmet sa prati...

Chasseur blanc, cœur noir

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  Un métrage, une image : Bacurau (2019) Comédie macabre scandée de cercueils, salut subito à Django (Corbucci, 1966), Bacurau ne vole haut, en dépit de son titre métaphorique et programmatique de local et nocturne volatile. Quant aux clins d’œil adressés à Carpenter, Terre stellaire, morceau en stéréo, nom de l’école, ils ne font jamais sens en soi, loin de là. Pas davantage élève d’Anthony Mann, Mendonça Filho ne dispose hélas ni du sens de l’espace ni de celui de la menace de ses célèbres prédécesseurs. Il ne suffit en résumé d’un objectif anamorphique afin de faire (l’) américain, d’utiliser des volets pour ressusciter le ciné des seventies , d’adopter une dioptrie pour adouber le split screen optique typique d’un De Palma, oui-da. Tourné in situ sans steadicam mais avec un budget à moitié français, créateur de « huit cents emplois », tant tu m’en diras, car la culture comme « identité et industrie », eh oui, dixit le générique ; copro...

Le Cerveau

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  Un métrage, une image : Le Quatrième Homme (1952) L’intitulé français évoque Verhoeven ( Le Quatrième homme , 1983), toutefois Kansas City Confidential ne comporte aucun écrivain crucifié en culotte écarlate, même s’il s’agit aussi d’un récit de rédemption. Produit par Edward Small ( Marché de brutes , Mann, 1948), réalisé par Phil Karlson ( tandem de Matt Helm , en 1966 et 1968 puis Ben , 1972), cinéaste estimé d’un certain Scorsese, coécrit par Harry Essex ( Le Météore de la nuit , L’Étrange Créature du lac noir , Arnold, 1953, 1954), éclairé par le DP George E. Diskant ( The Bigamist , Lupino, 1953), pourvu d’un casting choral irréprochable, flanqué d’un Mexique fictif, matrice apocryphe de L’Affaire Thomas Crown (Jewison, 1968), voire de Reservoir Dogs (Tarantino, 1992), tombé dans le domaine public, disponible en ligne en VF vintage , ce métrage dégraissé, pas désossé, carbure au braquage d’entrée, fi du fleuriste floué, aux masqués le million en billets, l...

La Lame nue : Présumé coupable

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  Alibi , librairie, hasard, rasoir… Le patronyme de l’impeccable Cooper, vite vaincu à cause du cancer , apparaît en premier, pourtant l’obscur opus appartient bel et bien à la douce-amère Deborah Kerr. Pour savoir vraiment ce que signifie frémissant, il convient de découvrir la fascinante performance de l’actrice assez sublime du Narcisse noir (Powell & Pressburger, 1947), Quo vadis (LeRoy, 1951) ou des Innocents (Clayton, 1961). Si l’on ne peut pas ne pas penser au compatriote Hitchcock, puisque poison du soupçon, falaise funeste, faux coupable, flash-back patraque, chantage attesté, salle à bain malsain, escalier cascadé, la vérité, qui fait ici défaut, qui « sonne toujours faux », affirme la mensongère némésis, à la maladresse ironique, magot cramé, marches manquées, réside ailleurs, à l’intérieur des intérieurs d’un mélodrame domestique, autarcique, de classe sociale, de casse maritale, encore écrit et traduit par Joseph Stefano, le scénariste et adaptateu...

La Brigade du suicide + Marché de brutes : Les Infiltrés + Je suis un évadé

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  Man of steel  ? Mann de style… Un métrage, une image : La Brigade du suicide (1947) Premier essai du quatuor en or – le directeur de la photographie John Alton, le scénariste John C. Higgins, le réalisateur Anthony Mann, le producteur Edward Small –, La Brigade du suicide , traduction très approximative, sinon pathétique, du factuel T-Men , dialogue à distance avec Les Incorruptibles (De Palma, 1987). Celui-ci, on s’en souvient, se terminait sur l’homicide de Nitti par Ness peu miséricordieux, frontière morale franchie sur les sommets de Chicago City, comme en écho à la torture sportive infligée par un autre policier à bout poussé à ce salaud de Scorpio ( L’Inspecteur Harry , Siegel, 1971), scène célèbre et superbe de stade désert, d’alternatif théâtre antique surplombé en hélicoptère. La Brigade du suicide ne verse certes vers cette inversion des valeurs, ne possède pas de plaque patraque in fine refusée, de monument mortuaire dédié aux policiers en s...

Ma maison est remplie de miroirs : Sophia Loren, reine sereine

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  De Sofia à Sophia, au-delà du cinéma… Belle et sensuelle, heureuse et talentueuse, élégante et amusante, intelligente et attachante, populaire et altière, accessible et cependant dotée d’une aristocratie innée, Sophia Loren traversa et transforma un moment important du cinéma d’Italie, dut déclencher des jalousies pas jolies jolies, dont la détestation sans raison, irrationnelle, à la truelle, du pseudo-napoléonien Jean Tulard qui, au cours de ses collectifs dictionnaires anecdotiques, sinon à la con, consacrés aux acteurs, aux films, ne manque aucune occasion de déverser son fiel sur Mademoiselle Loren. Elle changea de (pré)nom, elle changea de vie, elle épousa de manière presque rocambolesque l’incontournable producteur Carlo Ponti, ni père ni patron, plutôt précieux compagnon. La fifille illégitime d’un ingénieur déserteur s’ingénia jadis à participer à un concours de beauté, « des lires pour un sourire », dommage pour les dollars du compatriote Leone, à s’affiche...

La Veuve noire

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  Un métrage, une image : Ronde de nuit (1984) Cinéaste cinéphile muni d’une caméra mobile, Jean-Claude Missiaen essaie d’animer sa suite d’images sans âme ni charme. Après un prologue plutôt plaisant, de SM distingué, où un soumis député agenouillé se fait fissa étrangler par une chaude chauve, conduit en plongées, contre-plongées, manière de matérialiser au cœur du cadre la domination de la maîtresse muette sur son valet ravi, vous (re)voici plongé parmi la mélasse de l’affairisme parisien, parce que le cinéaste pensait qu’il le valait bien. L’ ex -attaché de presse transforme Françoise Arnoul en journaliste cool , radiophonique, in extremis pragmatique, comme si tout ce qui précédait, à savoir un salmigondis rassis, à base d’immobilier biaisé, de gangster à cigare, de politiciens à pots-de-vin, en définitive peu importait. Le spécialiste d’Anthony Mann & Howard Hawks, d’ailleurs auteur d’un beau-livre dédié à l’exquise Cyd Charisse, s’essaie ainsi au western urba...

Les Loups de haute mer : Commando pour un homme seul

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  Chercher la femme, ne rechercher l’infâme… Fable féministe fardée en film d’action, sinon de science-fiction, car Roger Moore misogyne, puisque Tony Perkins terroriste, Les Loups de haute mer  (Andrew V. McLaglen, 1980) cristallise les contestations sexuées de la décennie en train de se terminer, les développe d’une façon positive et apaisée. À contre-emploi, sans doute il s’en délecta, le regretté Roger les « femelles » ne peut supporter, en raison de raisons familiales puis conjugales formulées, indices pour expliquer, pas pour justifier. Il s’avère cependant capable de reconnaître les qualités du Premier ministre, interlocutrice complice, a contrario de facto de l’infecte Margaret : « Cette femme vaut bien deux hommes », en effet, tout comme le vrai-faux « garçon » survivant, dissimulé, frigorifié, auquel il devra la vie, sous la douche chaude, il se surprend de ses seins, donc de son sexe, vive la vapeur, vive la valeur, il l’admet d...

Les Dents de la mer : Le Fils du requin

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  La baleine divine de Moby Dick  ? Un gros ogre de blockbuster horrifique… Avant le gosse à vélo ( E.T., l’extra-terrestre , 1982), les gosses et les dingos ( Indiana Jones   et le Temple maudit , 1984), le gosse et les fachos ( Empire du Soleil , 1987), les gosses et les dinos ( Jurassic Park , 1993), la gosse du ghetto ( La Liste de Schindler , idem ), le gosse et le robot ( A.I. intelligence artificielle , 2001), les gosses d’apocalypto ( La Guerre des mondes , 2005), le gosse de Morpurgo ( Cheval de guerre , 2011), voici le gosse à l’eau ( Les Dents de la mer , 1975). En moins de cinq minutes, le spécialiste à succès de la souffrance de l’enfance, de sa résistante résilience, réussit une remarquable et remarquée d’infanticide séquence. Pour la première fois, l’enfant ne survit pas, présage du Petit Chaperon rouge vite évanoui(e) de Varsovie. Bien servi par le savoir-faire du directeur de la photographie Bill Butler, sorti de Conversation secrète (Coppola, 1974) ...

La Piste des géants : La Conquête de l’Ouest

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Vaine vanité de vallée surévaluée ? Peinture plaisante à la simplicité puissante. Opus pionnier dédié, au propre, au figuré, aux pionniers, La Piste des géants (Walsh, 1930) surprend par sa permanente picturalité, par son effrontée frontalité, qui multiplie à l’infini les plans d’ensemble, les plans rapprochés, reliés par des raccords axés. Émancipé du muet, ce matriciel western , au sens étymologique-géographique du terme, semble poursuivre une sorte de proscenium muséal, puisqu’il arbore une binarité du cadre imperturbable, à peine ponctuée par une poignée de gros plans, de travellings latéraux ou arrière, à côté des cavaliers, devant la caravane. Même anamorphosé en widescreen , même limité au capot du PC, le 70 mm originel parvient à conserver une partie de son immensité immersive, soutenu par un solide sens de la composition. Presque un siècle après, tout ceci séduit car ne succombe à la pompe, à la momification de l’académisme. En dépit des apparences, des influ...