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Affichage des articles associés au libellé Akira Kurosawa

Bons baisers de Sibérie

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  Exils # 99 (27/03/2025) Si Mazeppa (1993) plut au public cannois, si la Commission supérieure technique (désormais de l'image et du son) le récompensa, l’hivernal Chamane (1996) reçut un accueil glacé, le cinéaste en ressorti blessé, sa caméra mit de côté. Tandis que Marin Karmitz produit, voici Bartabas en Sibérie, en train de mettre en images, durant un agité tournage ( budget à demi dérobé, matériel presque bon pour la poubelle, météo tout sauf au chaud), le scénario d’un second spécialiste des chevaux dénommé Jean-Louis Gouraud, qui transpose à l’écran l’un de ses romans, a priori inspiré d’une histoire vraie, au sous-titre explicite : Riboy : fugue pour un violoncelle. L’étrange pérégrination dans la taïga d’un musicien et de son extraordinaire petit cheval bigarré . Film en majorité mutique, au picaresque pas trop épique, ponctué de rencontres avec des excentriques (cosaque en side-car , capitaine à quai), moins en mouvement que l’homonyme synchrone de l’incorrig...

G(r)osse frayeur

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  Exils # 29 (15/04/2024) En 1988, surprise œcuménique presque archéologique, on pouvait donc dessiner des sous-vêtements d’enfants, de la nudité humide, avec père pas pervers, un peu solitaire et universitaire, sans que personne ne s’étonne, ne trouve vite ces traits discrets très suspects. Autres temps, autres mœurs, esprit rebondi, à douce pilosité, de la fabuleuse forêt, fais que ma petite sœur ne meure, pourrait prier la gamine à moitié portée, animée, terme en contexte, par un fameux sentiment de culpabilité, tel le narrateur du crève-cœur La Cicatrice de Bruce Lowery, fraternel et enfantin, in fine orphelin. Film de « fantômes » et film de famille, mélodrame rural à l’hédonisme animiste, voire l’inverse, Mon voisin Totoro , au-delà de son estivale sensualité, de sa séduisante simplicité, donne à voir une réflexion en action sur la thématique dialectique de l’imagination, de la représentation. « C’était un rêve qui n’était pas un rêve ! » s’exc...

Déjà mort ? Pas encore…

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  Exils # 24 (06/03/2024) À Cathy, bien en vie Orphée le fantasmait, le cinéma l’osa : voici venu de Chine chagrine le dialogue de l’IA et de l’au-delà. L’ingénieur majeur à l’origine du prodige réside à Nankin, mais sa culpabilité intime ne renvoie vers le fameux massacre homonyme, plutôt vers la perte douce-amère de sa mère, pas assez vue, pas assez entendue, d’entre les mortes donc revenue, non le hanter mais l’écouter, avec lui de visu discuter, sinon le consoler. Au large de Shanghai, personne ne déraille, toute l'équipe multiple s'active afin de vite redonner vie aux chers – sens économique et mélancolique – défunts. Sorte de sonore motion capture désincarnée, aussi soucieuse d’aspect que de « pensée », l’opération à la con consiste à « cloner » le trépassé, davantage à dupliquer du matériel audiovisuel, à l’animer de manière numérisée, comme Disney jadis ou Miyazaki aujourd’hui donnent une âme à leurs bien nommés dessins animés. Mes sœurs, ...

La Nuit bengali

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  Deux métrages, deux images : Charulata (1964) + Le Lâche (1965) Il convient de visionner d’affilée l’apocryphe diptyque, aussi funèbre que le célèbre Salon de musique (1958), remarquez le clin d’œil à la comédie musicale manière Mumbai, le concert à domicile, à coffre-fort de fric facile, le jazz d’impasse, de station-service pas si étasunienne, dommage, James M. Cain. Vaudevilles inversés, c’est-à-dire dramatiques, contes cruels découpés au scalpel, métrages méta aux accessoires sympas, lunettes et fenêtres suspectes, surcadrage d’exposition en plan-séquence, scénariste si triste, Charulata + Le Lâche ne se réduisent, n’en déplaise à leurs titres explicites, à leurs exégètes extatiques, d’hier et d’aujourd’hui, le principal intéressé compris, à des portraits de femmes, des études in situ , des moralités en circuit fermé. On reprocha parfois au réalisateur majeur un humanisme mimi, naïf, comme au confrère Kurosawa, admiré, admiratif ; rien de ceci ici, Dieu merci...

Space Cowboys

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  Un métrage, une image : Les Mercenaires de l’espace (1980) Corman & Cameron, le premier produit, pardi, en casse presque son tiroir-caisse, le second cumule les fonctions, alors à l’orée de la carrière que l’on connaît. Derrière ou au-delà de la caméra, d’autres mecs de talent, se moquant du manque d’argent : le subtil scénariste John Sayles ( Piranhas , Dante, 1978, L’Incroyable Alligator , Teague, 1980, Hurlements , Dante, 1981, Le Clan de la caverne des ours , Chapman, 1986), aussi l’auteur du renommé Brother (1984) ou du beau Limbo (1999) ; le directeur de la photographie Daniel Lacambre ( La Carrière de Suzanne , Rohmer, 1963, Le Père Noël a les yeux bleus , Eustache, 1966) ; le compositeur James Horner ( Krull , Yates, 1983) et, last but not least , le réalisateur Jimmy T. Murakami, animateur émérite, amateur de tortues, surtout ninja, encore clipeur pour Kate Bush, sinon Elvis ( King of the Mountain ). Devant, sur l’écran, un casting choral i...

La guerre est finie

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  Un métrage, une image : Pluie noire (1989) Filmer l’infilmable, les effets instantanés, puis prolongés, du premier des crimes de guerre, des « crimes contre l’humanité », commis par les États-Unis, avec un cynisme définitif, n’oublions les observations, les interdictions, au Japon sous occupation, sans se soucier de Resnais ( Hiroshima mon amour , 1959), en se souvenant surtout d’Ozu – pari à moitié remporté, puisque musique surdramatique, due à l’incontournable Tōru Takemitsu, plus nuancé, plus inspiré, chez Teshigahara ( La Femme des sables , 1964), Kobayashi ( Kwaïdan , idem ), Ōshima ( L’Empire de la passion , 1979) ou Kurosawa ( Ran , 1985), allez, parce que le prologue, couplé à un retour en arrière, en enfer, reconstitution en accéléré, au risque de saper la célèbre « suspension d’incrédulité », rappelle plutôt la pétrification de Pompéi, qu’il n’annonce Nagasaki. Pourtant, Pluie noire opère, presque sans crier gare, un saut spatio-tempo...

Les Onze Fioretti de François d’Assise : Comme un oiseau sur la branche

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  Fleurs mineures ? Florilège ni sacrilège ni sortilège… À la bienveillante et divine Jacqueline Le redécouvrant, on sourit souvent, ceci ne surprend : le titre d’origine, moins factuel que le français, exit itou le (con)sacré, admet la dimension humoristique. Encore escorté du frérot Renzo, responsable du « commentaire musical », lecteur liminaire en voix off et VO, Cantique des créatures carrément écolo, il caro Roberto opte pour un vrai-faux biopic épisodique, parabolique, un impressionnisme latin loin de la soumission de sacristain. Situé entre l’insulaire Stromboli (1950), au sous-titre explicite ( terra di Dio ), et le méta La Machine à tuer les méchants (1952), moralité satirique, co-écrit par Fellini & Rondi ( Europe 51 , 1952, Huit et demi , 1963 ou L’Hystérique aux cheveux d’or , 1973), éclairé par Otello Martelli (Riz amer , De Santis, 1949, Stromboli, La dolce vita , 1960), adoubé, sinon financé, par le clergé, Les Onze Fioretti de...

Kenji Mizoguchi, ça vous (re)dit ?

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  Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur huit titres de l’auteur. Miss Oyu (1951) Au fond d’une forêt de conte de fées défait, un orphelin flashe sur une femme, à la fois mère et ressemblant à la sienne. L’histoire d’un mariage d’arrangement puis blanc, d’un gâchis de chasteté, d’une rumeur de « lubricité », d’un échange des rôles et des destinées, s’affirme en fondus au noir, en profondeur de champ, en plans-séquences, en surcadrages. Collaborateur régulier, Yoda transpose à demi Tanizaki, souvent utilisé au ciné, là-bas ou ici, cf. La Clé (1983) de Brass, Berlin Affair (1985) de Caviani. Le vrai-faux vaudeville n’invite à sourire, car verse vers le mélo maternel au carré. Il convient de ne confondre le coucou et le corbeau, de respecter des conventions à la con, de recueillir un minot à la Moïse, abandonné par un Shinnosuke en train de (dé)chanter, de marcher, de s’écarter d’un explicite nocher. La fable fatale, sacrificielle, procède du s...

À l’Ouest, rien de nouveau

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  Un métrage, une image : Outlaws 1 (1998) + Outlaws 2 (1999) « Surprise is the key », en effet, surtout au sein (surexposé) de ce style de ciné ; hélas, le réalisateur des estimables Blue Holocaust (1979) et Anthropophagous (1980) n’en réserve aucune au spectateur sans peur, aussi personne ne rapprochera son supposé, dispensable et anecdotique diptyque du mémorable Impitoyable (Clint Eastwood, 1992), malgré un argument presque similaire de vengeance – ou justice, suivant la perspective adoptée – « genrée ». Transposition transgenre des Sept Mercenaires (1960) de John Sturges, donc, déjà, des Sept Samouraïs (1954) d’Akira Kurosawa, tandem renommé, auquel le titre français du DVD, Rocco et les « Sex » Mercenaires , adresse un clin d’œil circonstanciel, Outlaws de Joe D’Amato pouvait pourtant participer, sinon d’un féminisme soft (ou hard ), au moins d’un révisionnisme orienté vers l’onanisme. En réalité, en dépit d’une directio...

La Forteresse cachée : En territoire ennemi

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Akira Kurosawa. Métrage d’amitié masculine, de risibles chasseurs de primes, de fiefs fielleux, de féminité farouche, de loyauté pas louche, La Forteresse cachée (1958) commence en caméra portée, en Scope d’époque, travelling avant derrière un duo distrayant de paysans « puants », se disputant, marchant, par conséquent signature/ incipit d’un opus picaresque, modeste, plutôt qu’épique, héroïque. Arrivés trop tard pour encore croire à la gloire, nos compères pas si patibulaires vont vite se retrouver à transporter un trésor escamoté dans des bouts de bois, à escorter un général hilare, une princesse presque en détresse, une prostituée rachetée, sauvée, un meilleur ennemi à cicatrice de seigneur aussitôt converti à l’aventure, à la vraie vie. Une « fête du feu » ouvre les yeux : il s’agit non plus de thésauriser, de s’économiser, mais bel et bien de « s’embraser », de se consu...

Feedback : Radio Days

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Brexit  britannique ? Coup de Moscou. Citoyen à la Bourdin ? Sériel assassin. « Quand on n’a plus rien à perdre, on devient monstrueux » : premier long métrage rempli d’outrages, au propre, au figuré, au présent, au passé, Feedback (Pedro C. Alonso, 2019) démontre donc sa moralité de résumé, en plus d’illustrer un fameux aphorisme de Friedrich Nietzsche, au sujet d’un abîme intime, d’une monstruosité miroitée. De l’autre côté du verre blindé, insonorisé, à la radio, devant son micro, le londonien Jarvis voit ressurgir sa némésis, c’est-à-dire l’obscure Claire, déguisée en transparente et mésestimée stagiaire. Que fit d’affreux cette star du soir, animateur a priori dépourvu de peur, malgré des intimidations de saison, de La Triste Réalité – The Grim Reality en VO –, émission controversée, à succès, un certain soir de gloire, d’alcool, de drogue, de séduction à la con, mineures éméchées, vaine virilité, gare au bazar à Belfast, IRA ou pas, en compa...