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Affichage des articles associés au libellé Christine Pascal

Ivan le Risible

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  Exils # 167 (09/02/2026) Vous souvient-il de « l’américanisation d’Emily », de la britannique Julie (Andrews), titre d’origine des Jeux de l’amour et de la guerre d’Arthur Hiller (1964) ? Voici celle d’Ivan, saisie cinquante-deux années auparavant, par la productrice, scénariste et réalisatrice elle-même « émigrée » de L’Américanisé (1912). Alice (Guy) au pays des merveilles de l’Oncle Sam commet une courte tragi-comédie, un exercice didactique et drolatique de thérapie, comme si la violence conjugale, forcément masculine, s’apparentait à une sorte de maladie d’Europe centrale. Si le sieur Orloff dispose d’une nationalité indéterminée, ses compatriotes à barbe blanche et enthousiasme désarmant annoncent avec leurs visages et leurs vêtements le voyageur à mal au cœur de L’Émigrant (Chaplin, 1917), le casting choral d’ Un violon sur le toit (Jewison, 1971). Alice antisémite ? Pacifions les sophistes : la cinéaste émancipée du patron Léon Ga...

Ciné-fils d’Afrique

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  Exils # 152 (18/12/2025) « Votre père adoré, il s’est barré », « Un mari parti, des enfants qui volent, quel déshonneur » : la mère couturière verbalise, invisible, se lamente, à demi démente. Il faudra que le « grand » fils, in extremis , avec sa « vieille » – vingt ans et toutes ses blanches dents + pendants en coque de cacahouète – mais chouette petite amie sourde et muette (la bientôt chanteuse Mounira Khalil) l’exfiltre de l’asile, la ramène chez elle, arrive à la sortir de sa léthargie, via une chanson à l’unisson, plutôt que l’ album photo feuilleté à l’occasion. L’adolescent de quinze ans perd donc un père, puis un frère, regagne sa mère et (manque les cours) découvre l’amour, extase express en solo, à moto, prêtée par l’oncle guitariste, optimiste et davantage mouillé qu’endimanché. Abouna (Haroun, 2003) débute un samedi matin, absence d’arbitre insolite, commence comme La Prisonnière du désert (Ford, 1956), par consé...

Le Pantin et la Femme

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  Exils # 102 (15/04/2025) Comme Bergman ( Fanny et Alexandre ) & Kieślowski ( Le Décalogue ), Pialat ( La Maison des bois ) & Lynch ( Twin Peaks ), Comencini manie en cinéaste la temporalité, la proximité de la télé. Que vaut donc cette version condensée, en salle distribuée, en français doublée ? Elle démontre d’abord que la qualité du regard ne dépend de la quantité de l’écran : leçon de réalisation, sinon d’adaptation, bravo à l’incontournable co-scénariste Suso Cecchi D’Amico, (re)lisez mon portrait, Les Aventures de Pinocchio (1972) bénéficie ainsi et aussi d’une direction artistique – costumes + décors de Piero Gherardi ( La dolce vita , Fellini, 1960) – et photographique – Armando Nannuzzi éclaire ensuite le Jésus itou cathodique de Zeffirelli – assez admirable, mélange réussi de réalisme et de fantastique, de rudesse et de douceur. Avec son casting hétéroclite, aux caméos drolatiques, citons Stander en marionnettiste, De Sica en magistrat, Adorf en...

Volcano

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  Un métrage, une image : Stromboli (1950) Doté d’un sous-titre explicite, introduit selon une citation biblique, porté par la partition précieuse de Renzo Rossellini, presque celle d’un péplum sentimental, Stromboli constitue donc un conte molto catho, donne à (re)voir un chemin de croix laïc, tragi-comique, dont l’épilogue en forme d’impérative épiphanie bouleverse sans cesse, du haut inferno de ses soixante-douze années restaurées. Ingrid en espadrille vaut bien Empédocle et son (im)possible suicide, n’en déplaise aux adeptes des violences faites aux femmes, qui ne supporteront la rouste express , mâle malaise, aux énamourés des animaux, qui pleurnicheront à l’occasion d’une épique pêche au thon, après le trépas pas sympa d’un lapin fissa dessoudé à cause d’un furet. Film monde jamais immonde, plus immersif que les mers à millions de James Cameron,  Stromboli parvient à capturer la morsure du réel, la violence de la vie, l’ombre du jour et la clarté de la nui...

La Tour Montparnasse infernale

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  Un métrage, une image : L’Imprécateur (1977) Comédie assombrie aux étoiles locales et construite en boucle bouclée, c’est-à-dire en accident dédoublé, anticipé, en replay , pas celui des Choses de la vie (Sautet, 1970), avec déjà Piccoli, plutôt du nouveau Boîte noire (Gozlan, 2021), autre item de corporatisme et de conspirationnisme, ce métrage méconnu mérite à moitié d’être vu. Coadaptateur de Buzzati, ( Le   Désert des Tartares , Zurlini, 1976), au fantastique plus existentialiste, Bertuccelli commit aussi, deux ans auparavant, Docteur Françoise Gailland (1975), médiocre mélo médico-onco qui permit à Annie Girardot de décrocher un César illico . Avocat de la vraisemblance, adepte de la monstration et non de la démonstration, l’idéologie, au tapis, le filmeur éphémère transpose ici un bouquin à succès, dû à un romancier divisé, puisque René-Victor Pilhes, je schématise à dessein, homme de gauche aux activités de droite, passé par l’Algérie et Air France, la CG...

La Douleur

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  Un métrage, une image : « Ça n’arrive qu’aux autres » (1971) Deux ans avant Ne vous retournez pas (Roeg, 1973), « Nadine Marquand Trintignant écrit et filme » la mort d’une enfant, le comportement des parents, s’inspire du décès de la sienne, celle aussi de Jean-Louis. Tandis que Marie, dédicataire, en plein air, s’occupe d’un oiseau, avec un taiseux Benoît Ferreux ( Le Souffle au cœur , Malle, 1971), le générique aligne les noms en relation, sinon d’une génération : Lelouch & Pinoteau, Serge Marquand & Catherine Allégret, William & Nicole Lubtchansky, Michel Polnareff & Jean-Loup Dabadie , Corneau & (Élisabeth) Rappeneau. Durant une heure trente de douleur, le spectateur quitte pendant une demi-heure le grand appartement, fi du téléphone, voici des bougies, décoré par Gitt Magrini ( Le Conformiste , Bertolucci, 1970 ou Peau d’Âne , Demy, idem ), qui costume en sus. « Catherine » & « Marcello » désire...

Naissance des pieuvres

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  Un métrage, une image : Une vraie jeune fille (1975) « Je n’aime pas les gens, ils m’oppressent », « Je me déshabillai, hideusement », « Je ne peux pas admettre la proximité de mon visage et de mon vagin », « Mon sexe laissait sur la pierre une boue gluante », « Je m’enculai avec la bouteille contenant la vinaigrette pour bronzer », « Je regardai son vit, agonisant comme un poisson mort » : la comédie noire de Catherine Breillat ferait presque passer À nos amours (1983) de Maurice Pialat pour une sitcom à la gomme et les douceurs polissonnes de David Hamilton, à présent pourries, merci Flavie, pour d’insupportables tromperies. La co-scénariste de Bilitis (Hamilton, 1977), de Police (Pialat, 1985), de Zanzibar (Pascal, 1988), signe ainsi un premier essai remarquable et quasi remarqué, puisque invisible de longues années, en raison d’une faillite, des situations explicites. Certes, voici déjà le dispensable d...

Yvette

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  En mémoire de Betty Mars (1944-1989)… Découverte par votre serviteur via Vive la France (1974), dont le documentariste Audiard détournait à dessein son succès Monsieur l’étranger , Betty Mars à l’Eurovision de 1972, alors vêtue d’une robe improbable, les bras en croix, la France représenta, fit quatre fois du cinéma, en Esmeralda chez le Michel supra ( Bons baisers… à lundi , 1974), en vocal, voire idéal, duplicata du Piaf (1974) de Guy Casaril, petit biopic passé à la trappe, pourtant écrit par le romancier Marc Behm, pas encore adapté par Audiard père & fils pour le Claude Miller de Mortelle randonnée (1983), où la rarissime Brigitte Ariel en douce elle doubla, en séduite lesbienne du Émilienne (1975) dû au même, méconnu ménage et mariage à trois, chez Lelouch à l’occasion de Si c’était à refaire (1976), thème idem de Barouh & Lai partagé avec Françoise Hardy, oui-da, par la danse, le cirque, la revue débuta, dans des cabarets chanta, un disque dédié à la Ré...

Supercondriaque

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  Un métrage, une image : Chaussette surprise (1978) Merci à Jacqueline Waechter « C’est trois couples qui ont un accident de voiture dans Paris… » – trois années après l’excellent Exhibition (1975), l’éclectique Davy, pornographe mais pas que(ue), puisque en sus producteur de Miller ( La Meilleure Façon de marcher , 1976), Pollet ( L’Acrobate , idem ) ou Caputo ( L’Exécutrice , 1986), distributeur de Clark ( Another Day in Paradise , 1997) & Koizumi ( Après la pluie , 2000), s’essaie donc à la comédie chorale en compagnie d’un Jean-Claude Carrière encanaillé, allez, remarquez ses caméos au resto, en auto. À l’instar du Trouble-fesses (Foulon, 1976), doté d’un style différent, certes,  Chaussette surprise à son tour portraiture des hommes immatures et des femmes fortes. Face à Rufus, Haller et Le Coq, Anna Karina, Bernadette Lafont et Christine Pascal, trois actrices complices, trois décédées à célébrer, en douceur dessinent un changement de régime, un re...

Le Petit Prince a dit : La Fugue

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Sa tumeur démontre que tu meurs et remet ta montre à l’heure, mon cœur… La scène la plus éprouvante de L’Exorciste (1973) ? Celle de l’ examen , bien sûr, car William Friedkin, formé au documentaire, sut conférer à cette angiographie de la carotide son authenticité caractéristique. Jadis, dans Les Yeux sans visage (1960), Georges Franju se servait d’un photo-montage, afin de retracer la chronologie guère jolie d’un greffon rejeté. Ainsi Le Petit Prince a dit (1992) s’insère à sa façon frontale au sein d’une sorte de trilogie d’imagerie médicale, où les clichés à distance deviennent radios rapprochées, rassemblées en planche, puis duplicata en direct, merci à l’IRM. À chaque fois, il s’agit de franchir un pas, de sonder en profondeur l’intérieur du cerveau, celui de jeunes filles en péril, observées par leurs papas de la partie ou leur maman rendue malade par la douleur, le maudit malheur. La séquence commence par un tête-à-tête oculaire, moment de proximité entre un a...

Edith, en chemin vers son rêve : Je sais où je vais

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Sheila, Shula, un réchaud, du réchauffé… Assez anecdotique, très touristique, Edie (Simon Hunter, 2017) néanmoins ne manque de mérite : durant ses meilleurs moments, ce métrage trop sage transforme le visage en paysage, en parallèle duquel ceux de l’Écosse, plutôt somptueux, paraissent pâlir, sinon s’abolir. Je me permets, aussitôt, de renvoyer le lecteur vers ma prose à propos de la face parfois fascinante, à la fois immense et intime sur grand écran. À notre époque et son ciné largement dominés par un jeunisme cynique, intéressé, il faut un certain courage pour s’autoriser de tels gros plans désarmants, presque malaisants. Je ne vois pas, actuellement, d’équivalent à une telle ivresse des rides, à une pareille proximité avec un passé incarné, au propre, au figuré. Les traits altiers de l’impeccable et francophone Sheila Hancock, elle-même veuve du regretté John Thaw ( Inspecteur Morse mémorable, mélomane, thanks for this information , Shulamith), récompensée comédienn...

Laisse aller… c’est une valse : Notes sur/de Philippe Sarde

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Le hasard n’existant pas, retour sur les atours d’un auteur majeur. On ne parle pas assez, hélas, de Philippe Sarde , on écrit peu ou pas sur lui, à peine une unique biographie, on entend rarement sa musique, assourdie par le bruit dans et au-delà de l’écran. Je viens de passer disons deux heures et demie en sa compagnie et je voudrais simplement donner envie au lecteur de m’imiter. Inutile de revenir à présent sur son parcours, ses rencontres, sur l’ensemble de sa vaste discographie : il le fait lui-même, avec une franchise parfois affolante, nos amitiés aux mânes outragés d’Ingrid Bergman. Fastidieux s’avérerait également un catalogue commenté ; je préfère renvoyer l’auditeur vers une collection concoctée exprès ou mes communautés thématiques Cinéma d’ici + La Septième Note , sur lesquelles figurent plusieurs extraits. Je souhaite, aujourd’hui, annoter ses partitions, jeter une poignée de notes en ligne, bouteilles à la mer à défaut de glass harmonica en verre,...

Les Nuits de la pleine lune : Une chambre en ville

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Éric Rohmer. Rohmer sociologue parisien des années 80 ? Rohmer architecte de ciné, de sentiments éloquents, autrefois thésard sur l’espace faustien selon Murnau ou documentariste urbain en 1975. « La banlieue me déprime » affirme Luchini et Renato Berta éclaire Marne-la-Vallée comme une utopie dépressive, constamment grise, une cité des morts plus proche de Charles Band, le producteur « sélénite » de Full Moon, que des prochaines parades sinistres sises à proximité, saisies dans leur caractère anxiogène par un Arnaud des Pallières inspiré ( Disneyland, mon vieux pays natal , 2001). « Ville nouvelle » et vieille histoire : Louise, stagiaire décoratrice, fuit à Paris un sportif trop possessif. Convoitée par Octave, écrivaillon marié, accessoirement témoin incertain d’adultère à toque, elle finit par littéralement quitter Rémi (ou l’inverse) l’aménageur de territoire, amen . Tchéky...