Les statues meurent aussi
Un conte nocturne, une fantaisie d’adulte. À la fin du dix-neuvième siècle, les hommes inventèrent le « cinématographe », bientôt apocopé en familiers « cinéma » ou « ciné ». Le centenaire suivant vit l’essor, l’avènement puis le retrait de cet art commercial, populaire, fascinant, fasciste, baptisé « septième » en guise de bourgeoise respectabilité. Certains, à peine une poignée, en vécurent, d’autres, à peine plus nombreux, lui prêtèrent une part plus ou moins importante de leur temps de vie et de nuit. On loua, on blâma, on s’émerveilla, on se lassa. La TV, les jeux vidéo, Internet redéfinirent la superficie et l’emprise du territoire audiovisuel. Au nouveau millénaire, que les historiens font désormais débuter dans les ruines médiatiques et mondialisées du World Trade Center, le cinéma survécut, mua un peu via la numérisation généralisée de l’univers de l’espèce, s’enfonça en douceur, au quotidien, dans une agonie jolie, indolore. L...