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Affichage des articles associés au libellé Guillaume Nicloux

L’Énergie et le Fossile

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  Exils # 43 (03/07/2024) « Il faut que ça ait l’air vrai », donc Dementus dégomme des war boys , de toute façon escadron d’ expendables , kamikazes bichromes d’une Citadelle à la populace d’esclaves souterraine, comme si la secte célèbre des Assassins d’Alamut croisait les exploités de Metropolis (Lang, 1927). Rien de plus certain, en effet, que la vérité de la mort, toujours et encore, unique certitude au bout de tous nos tumultes, infantiles ou adultes, « épiques » ou prosaïques. La ruse en replay d’un sceau incontestable ainsi lestée, le bien nommé Trojan truck peut s’engouffrer au fond de la pétrolifère cité du frérot porté sur la peinture préraphaélite. « Je m’ennuie », dit-il aussi, plusieurs spectateurs pourraient opiner, durant ces deux heures trente dont dix minutes dédiées au générique, lequel remercie en catimini les indigènes Aussies . En matière de réalisme, de photoréalisme, précise l’équipe technique de La Planète des singes :...

Le Chasseur

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  Un métrage, une image : L’Air de rien (2012) Road movie immobile, d’avortée amitié masculine, L’Air de rien (Grégory Magne & Stéphane Viard) anticipe le diptyque L’Enlèvement de Michel Houellebecq + Thalasso (Guillaume Nicloux, 2014 et 2019) : Michel Delpech y interprète (plusieurs succès) « Michel Delpech », ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Il s’agit ainsi d’une vraie-fausse biographie, d’une authentique fiction, à base de filiation, sinon de résurrection, de rédemption. L’acteur discret, en retrait, incarne sur le tard l’assez vain avatar, un brin égrillard, d’un univers alternatif, a fortiori dépressif, où les dettes se substituent aux conquêtes, où s’alcooliser en compagnie de Miossec et d’une journaliste joyeuse, vive la « tournante » malaisante, où la Spitfire ne triomphe, ne fait un malheur, où la fanatique Véronique déchante durant la dédicace, les prénoms et les souvenirs s’effacent, le temps passe, les dép...

Pola X

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  Un métrage, une image : Carmen (1918) Elle vient d’un monde nomade et son âme Chemine sur les grandes plaines Je voudrais tant suivre sa caravane Courir dans le sang de ses veines Julien Clerc, Fille du feu Tandis que le dragon à la con, cependant doté de séduction, au village revenu via une permission, reçoit par courrier de brigadier sa promotion, se fait fissa dégrader Dreyfus façon, toutefois pour différentes raisons, s’apprête à (mé)connaître une poulette experte, une reconnue contrebandière, aux survivants la Grande Guerre, anonyme ou Apollinaire, cède un (dé)goût doux-amer. La Gitane ne fume pas de Gitanes, sa rivale à ragot et à lettre de rendez-vous volée, collègue de boulot, commère et corbeau, elle poignarde plutôt illico , elle (se) joue de Don José, olé, sa victime peu virile, à l’insu de son plein gré, elle le transforme, quel homme, en meurtrier instantané, en trafiquant repentant, en assassin passionnel, passionné, presque à pietà, à faste UFA, ...

Death Valley : Les Rois du désert

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Peyotl ou portable, partir ou périr… Aussitôt, l’Esprit poussa Jésus dans le désert, où il passa quarante jours, tenté par Satan. Marc 1, 12-13 Hier un homme est venu vers moi d’une démarche un peu traînante Il m’a dit t’as tenu combien de jours j’ai répondu bientôt 30 J’ai compris qu’il espérait tenir jusqu’à 40 Jean-Patrick Capdevielle Depuis des décennies, le désert désespère et séduit les cinéastes. Death Valley (Ashley Avis, 2016) s’inscrit donc dans un sillage précis, revisite une veine anxiogène, à la suite d’illustres aînés nommés Gerry (Gus Van Sant, 2002), Twentynine Palms (Bruno Dumont, 2003) ou Valley of Love (Guillaume Nicloux, 2015). Une fois la partouze et l’explosion de Zabriskie Point (Michelangelo Antonioni, 1970) dépassées, fantasmées, que reste-il à faire, à défaire, à refaire ; qui, en définitive, affronter, sinon soi-même, loin de la société, au sein malsain d’une microsociété ? N’en déplaise au Wes Craven de La collin...

Thalasso : Le Gros et le Maigre

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La référence et la vérité, les rillettes et le dentier, le rire et la réalité… Assez amusant, carrément inconsistant, Thalasso (Guillaume Nicloux, 2019) délocalise, développe et radote L’Enlèvement de Michel Houellebecq (Guillaume Nicloux, 2014). Sur fond d’autofiction, de chronique en Scope, de remise en forme, de remise aux normes, celles de l’hygiénisme moderne, nique la nicotine, inspiratrice sevrée, substituée à l’absinthe de Baudelaire, l’écrivain croise (le couloir) la voie (et la voix) de l’acteur de The End (Guillaume Nicloux, 2016), enfin sorti de sa forêt, ouf. Michel & Gérard dans le même bateau, le spectateur tombe à l’eau ? Presque, puisque s’enchaînent les saynètes, assemblées de manière linéaire, les deux lignes narratives principales, la cure impure, le couple en déroute, finissant évidemment par se rencontrer, sinon se contaminer. À Cabourg, mon amour, on coule des jours moins tranquilles qu’à Clichy, en tout cas en mode Henry Miller, on y baise b...

All You Can Eat Bouddha : All Inclusive

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Perfidia dépourvue de perfidie… Curiosité concoctée par des Québécois à Cuba, All You Can Eat Bouddha (Lagarde, 2017) peut laisser certain spectateur sur sa faim, néanmoins ce premier met(rage)s ne manque pas de saveur(s), s’apprécie à sa juste valeur, c’est-à-dire à l’instar d’un rêve sensuel, funeste, doux-amer, agrémenté de sourires et de mystères. Dans un Palais a priori paradisiaque, en réalité promis à la ruine, la renaissance de persistance, le personnel et les touristes se fascinent, sinon se prosternent, pour un Français rétif, massif, fichez-moi la paix, mouais. Diabétique, boulimique et mutique, Mike dévore du sucré, du salé, du cru, du cuit, délivre une pieuvre parlante prisonnière sur la plage puis guérit aussitôt, de quelques mots, chuchotement à son oreille, une taciturne anorexique, au papounet très bronzé, reconnaissant, doté d’entregent. Autour de l’hôtel autarcique, le monde mute, « l’administration » se métamorphose, nouvelles révolutionnaires ...

Rester vivant : Méthode : L’Antre de la folie

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre d’Arno Hagers, Erik Lieshout, Reinier van Brummelen. Ce sympathique essai de soixante-dix minutes se caractérise par sa douceur, son apesanteur. Iggy Pop profère de manière remarquable des extraits du texte de Michel Houellebecq traduit avec fidélité. Il lit aussi un bel écrit de Jérôme Tessier, Stéphanois autrefois interné, récit d’une sortie de route hors de l’anormale normalité. Le résident de Floride roule quant à lui en Rolls Royce et explicite son autobiographique-métaphorique Open Up and Bleed (1988). Il sert itou de fil rouge, parfois téléphonique, à trois portraits croisés, rajoutons l’hôtesse d’accueil parisienne Anne Claire Bourdin, fumeuse mélancolique + le peintre lyonnais Robert Combas, à l’accent sétois. Erik Lieshout signa un making-of de La Possibilité d’une île (2008) dont le romancier, ici co-scénariste, à nouveau acteur après L’Enlèvement de Michel Houellebecq (Guillaume ...

Big Legend : Bigfoot et les Henderson

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Cryptozoologie ? Claire connerie. Sasquatch movie  ? Téléfilm du jeudi. L’esprit de sérieux produit du risible ; dernière victime en date, cette historiette à sornettes. On y trouve un instant hilarant, quand le survivant appelle son adversaire à l’aide d’un… klaxon , ducon. Portée par un acteur (et co-producteur) méconnu, qui méritait de le rester, nommé Kevin Makely, issu de la TV, l’œuvre dévie vite vers le dérisoire et le dispensable, dès son prologue d’un quart d’heure, sentimental et forestier, ralenti de publicité sucrée inclus. À peine demandée en mariage, au chaud dans son sac de couchage, la photographe disparaît, car le cousin du yéti adore les Natalie, eh oui. Après un an passé au sein d’un asile, le veuf vénère retourne un moment chez sa maman, Adrienne Barbeau en caméo presque émouvant, ou payeur d’impôts. Il « veut des réponses », il ne croit pas une seconde à l’ours rassurant de la psychologue, il avise illico sur une photo de la défu...

Petit paysan : La Vache et le Prisonnier

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Hubert Charuel. Le problème avec la paranoïa, paysanne ou pas ? Elle peut comporter une part de vérité, tandis que la peur par anticipation paraît provoquer son objet, le matérialiser dans la réalité, tant celle-ci se définit aussi, surtout au cinéma, par sa subjectivité. Petit paysan , dès ses premiers plans au surréalisme symbolique et humoristique, acmé de cuisine onirique envahie par les bovidés, nous plonge dans l’esprit d’un exploitant laitier tourmenté, d’un monomaniaque de la traite, du troupeau, du véto, ici sa sœur, bonheur-malheur, trop occupé pour croquer les miches de la boulangère pourtant craquante et passant ses rares nuits de répit à ressasser les mises en ligne monologuées, mondialisées, d’un homologue au bord de la camisole. Tout se passe comme si l’horrifique Isolation fécondait l’eschatologique Take Shelter , référence affirmée de l’intéressé, avec pour résultat ce mé...

Le Mur invisible : The Last Winter

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Julian Roman Pölsler. Coiffée comme Renée Falconetti relookée par Dreyer, Martina Gedeck écrit. Via la voix de Martina, l’allemand perd sa rugosité culturelle depuis un dictateur éructant. Dans le chalet assombri par l’hiver, Martina se souvient, retrace l’impensable, à l’aide d’un calendrier, de papier recyclé. Martina, auteur amateur, confère à l’écriture son ultime nature, sans le savoir, en le sachant mieux que quiconque : un garde-fou contre la folie, un rempart contre l’oubli, un mur de mots contre l’absence. Le mur de Martina ne se trouve pas à Berlin en pleine séparation estivale de 1961 ni dans l’Amérique à la Norman Rockwell de Stephen King. Le dôme de Martina ne se voit pas, se signale par un signal sonore, drone emprunté à David Lynch, par un étalement des paumes sur la paroi, de l’écran de la salle, de la TV, du PC. Martina peut faire penser à Robinson et à ses avatars chez Geoff Murphy, Pete...