Articles

Affichage des articles associés au libellé Statut du spectateur

That’s Entertainment!

Image
  La fin de Netflix ? Le cycle du recyclage… Affaire de fric, annonce symbolique : Amazon dispose donc désormais du gros catalogue de la MGM elle-même. On sait que ce studio presque centenaire possède un CV assez agité, cas d’école pour spécialistes ès faillites. On se souvient des épisodes plutôt pénibles de son feuilleton financier, du kolossal Kirk Kerkorian, de l’éphémère Ted Turner, de l’Asie selon Sony, du transalpin Giancarlo Paretti, épaulé par un certain Crédit Lyonnais, olé. La fameuse firme du lion à la con, dotée de sa devise autarcique ou cynique, l’art pour l’art, à moi les dollars , subit aussi le démantèlement antitrust et des dettes à perpète, dont un faramineux fiasco dû au mégalo mais pas démago Michael Cimino ( La Porte du paradis , 1980). Néanmoins « major » en or, elle accumula moult succès, assortit un essaim de « stars », déploya des producteurs de valeur, citons les noms d’Irving Thalberg, de David O. Selznick, du tandem W...

Snatchers : Apocalyto

Image
La première fois, neuf mois, un lendemain, du presque rien… Souris un peu, cinéphile si malheureux, amuse-toi un chouïa, citoyen guère serein, avec, un soir, au hasard, cette comédie de SF horrifique, associant teen movie et monstrueuse maïeutique. Évidemment, ce Snatchers -ci (Stephen Cedars & Benji Kleiman, 2019) oublie le body , manque de substance, de corps et d’esprit, en dépit de ses bodies (ici, on dit « cadavres ») à profusion (de sang, bien sûr). Don Siegel ( Invasion of the Body Snatchers , 1956), Philip Kaufman ( idem , 1978) ou Abel Ferrara ( Body Snatchers , 1993) – pas vu la version d’Oliver Hirschbiegel ( Invasion , 2007) – peuvent dormir sur leurs deux oreilles (d’ alien ). Nous voici très loin, aussi, des sombres Inseminoid (Norman J. Warren, 1981) et Xtro (Harry Bromley Davenport, 1982), diptyque britannique, yes indeed  : dans Snatchers , de vrais-faux lycéens affrontent des clandestins mexicains, Donald Trump appréciera, ou pas, mena...

La prochaine fois je viserai le cœur

Image
Énigme limpide des Euménides, calvaire du Captain Marvel  de Jim Starlin. Quand je me détendrai enfin, quand je presserai la détente à deux mains, je reverrai peut-être tous les films que je vis, les mille et une vies traversées au passé, qui me transpercent au présent. Quel littéral final cut  ! Quel instantané en accéléré ! Quel furtif récapitulatif ! Je me planquerai dans l’impasse à palmiers de Pacino. Je sauterai avec Sigourney enceinte de l’étranger au creux de son brasier. Je m’écroulerai dans la rue indifférente à côté de Ventura, pauvre papillon épinglé. Car regarder un film, finalement, a fortiori fiché horrifique, s’apparente à entrevoir un accident, lent travelling avant puis latéral vers le point d’impact, la « scène du crime », la « scène primitive », la sculpture impure qui cristallise la collision et immortalise un événement évident, irréversible. Art mimétique, art funéraire, le cinéma représente le monde et la mort,...

Barbara : Métamorphoses du cinéma méta

Image
Méta quoi ? Mettons-nous au parfum métaphysique… À Michel Feur et tant pis pour le maestro Federico Le cinéma aime le cinéma et sans doute s’aime-t-il davantage que le monde alentour puisqu’il ne cesse de lui substituer le sien. Franchement, le cinéma méta en soi, cela nous passionne autant que les suppléments souvent navrants de DVD, que les doctes discours des critiques, des spécialistes, des exégètes, plus pitoyables que les proverbiaux « professionnels de la professions » ( copyright à JLG, on le sait), durant leur exercice de dérisoire délivrance du « sens », du « message », de la valeur et de la genèse des œuvres, ou que les risibles selfies d’adulescents sur liste d’attente (Emmanuelle Béart, missionnaire impossible, se prend dorénavant pour Sharon Stone, la pauvre). Le narcissisme du nombril en gros plan, contrepartie narrative des minables cérémonies onanistes et incestueuses du type Oscars ou César, laissons-le bien volontiers...

La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil

Image
Physique et métaphysique du drive-in . Le cinéma en voiture ne pouvait que naître aux États-Unis, géographie de Grands Espaces à la William Wyler et territoire motorisé de fiction(s) selon Jean Baudrillard. Contrairement aux Américains, peuple patchwork problématique, nation génocidaire et généreuse, l’Amérique (du Nord) n’existe pas, n’apparaît jamais mieux qu’au cinéma, dans une présence-absence fascinante et irritante. Il était une fois en Amérique , le poème proustien à l’ opium de Sergio Leone, pouvait aussi bien s’intituler Il était une fois au/le cinéma , tant l’odyssée intérieure de Noodles-De Niro s’apparente à un film méta, à une cartographie mentale empreinte d’utopie et de nostalgie, c’est-à-dire, au niveau de l’étymologie, l’évocation (funèbre, solitaire) d’un lieu idéal situé nulle part ou d’un terrain originel que l’on rêve de regagner après l’avoir perdu, comme le temps de Marcel, in fine retrouvé, similaire alité célèbre élaborant sa propre cathédrale m...

Et tu vivras dans la terreur

Image
Topographie de l’euphorie par un cartographe du désastre. Qui pourrait m’empêcher De tout entendre Quand la raison s’effondre À quel saint se vouer Qui peut prétendre Nous bercer dans son ventre Si la mort est un mystère La vie n’a rien de tendre Si le Ciel a un enfer Le Ciel peut bien m’attendre Dis-moi Dans ces vents contraires comment s’y prendre Plus rien n’a de sens plus rien ne va Mylène Farmer, Désenchantée Trois lieux caractérisent le vingtième siècle : la salle de cinéma, le parc d’attractions, le supermarché. Chacun représente et concrétise trois moments-avènements : la « société du spectacle », la « société des loisirs », la « société de consommation ». Avec des accommodements locaux, culturels, ce paradigme architectural déborde du cadre occidental pour s’étendre à l’ensemble de la planète. Une fois encore, l’esthétique rejoint le politique, l’économique le ludique, l’abondance la désespéran...

Une hirondelle ne fait pas le printemps

Image
Sociologie du cinéma ? Subjectivisme financier de saison. Le Printemps du cinéma vient donc d’atteindre cette année sa majorité ; lancée en 2000, dans le sillage de la Fête du cinéma (elle-même organisée près de cent ans après la naissance du « septième art » version Lumière), par la puissante FNCF (synergie de syndicats émergée à la Libération, une vingtaine environ, « catégoriels » ou non, à Paris et en région, en charge de quasiment la totalité du parc français des salles), l’opération, étalée sur trois jours, du dimanche au mardi, vise à développer la fréquentation par un abaissement du prix du billet, disons de moitié (au lieu de huit, quatre euros). En dix-huit éditions, le visa (« choses vues » et entendues, indeed ) du « voyage immobile » (tous les cinéphiles personnifient le capitaine Nemo, même sans sous-marin) connut une inflation modérée, puisqu’il débuta au coût de trois euros et une poignée de ( dollars ) centime...