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Affichage des articles associés au libellé Hideo Nakata

Épouvante impuissante

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  Exils # 137 (22/10/2025) Cafi d’informations, dont beaucoup en voix off , le prologue de Pompoko (Takahata, 1994) épuise vite, on se dit que le film ne va pas pouvoir tenir un tel rythme, mais il y arrive, fi du contemplatif. Si le synopsis paraît anticiper celui d’ Arrietty : Le Petit Monde des Chapardeurs (Yonebayashi, 2010), la (re)découverte consensuelle des espèces cède ici sa place à une guerre ouverte, sinon une lutte des classes, dont l’issue prévue et perdue dessine en définitive un joli génocide. Chronique historique d’une disparition programmée, ce requiem jamais blême, constamment amusant, ne succombe à la mélancolie, dépasse la problématique écologique, tarte à la crème de la mauvaise conscience moderne. Ce qui se joue sous les yeux ravis, jeu sérieux délesté de l’esprit homonyme, relève du réflexif, de la résistance, de la transcendance. Le baroud d’honneur devient un bagout d’horreur, la technologie détruit la magie, les Mohicans japonais se font fissa dég...

May

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  Un métrage, une image : The Victim (2006) Voici un film fourni en fantômes de folklore et fondus au noir, à dimension méta, coupé en deux en son milieu, porté sur le replay de présence surnaturelle enregistrée. Chez Monthon Arayangkoon, la persona devient un personnage à part entière, doté d’un masque mortuaire, la hantise se matérialise, les rôles se renversent, les identités se dédoublent. Le sang-froid du fameux Paradoxe sur le comédien libertin cède sa place à une incitation à « fusionner » sa personnalité, à force de mémorisation répétée, avec le caractère représenté, comme l’explique la prof de l’ incipit un brin lycéen, aux étudiantes indolentes. En matière de méthode, majuscule incluse, celle-ci en vaut une autre, toutefois, au pays de la foi, a fortiori en l’au-delà, on n’incarne pas les morts sans (se) causer du tort, même si encens allumé sur l’autel des décédés. Saupoudrée d’un soupçon d’humour plus ou moins volontaire, la première partie possède presqu...

La Maison aux sept pignons : Les Sorcières de Salem

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  Exorcisme ? Libéralisme… Mélodrame drolatique et adaptation politique, The House of the Seven Gables (Joe May, 1940) fait se croiser La Splendeur des Amberson (Orson Welles, 1942) et Le Comte de Monte-Cristo , tandis que sa « evil house » métaphorique anticipe « l’horreur économique » de Amityville : La Maison du diable (Stuart Rosenberg, 1979). Scénariste bientôt sur blacklist et surtout communiste, Lester Cole ne condamne le capitalisme, ni le (petit) commerce, a fortiori de sucreries à domicile, mais il vomit « l’avidité », « l’égoïsme » de l’américaine « humanité », il les transforme fissa en péché originel, cause d’une « malédiction » d’occasion, médicale et létale. Construit en deux parties et en boucle bouclée, le récit s’amuse de la mélancolie de ses reflets, de ses miroirs dédoublés, sexués. Ici, il suffit d’un fondu enchaîné afin d’au final et durant un instant effacer le poids des ann...

Le Profond Désir des dieux : There Will Be Blood

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Shōhei Imamura.     Cette robinsonnade satirique, à la production et aux proportions épiques, dotée d’un « entracte » au mitan exactement, amplifie et délocalise La Femme insecte (1963). Il s’agit à nouveau d’un survival , presque d’un « film de cannibales », spécialité transalpine par exemple représentée par le bien (re)nommé Cannibal Holocaust (Deodato, 1980), puisque le capitalisme japonais y dévore des « indigènes » consanguins et condamnés. S’il se fiche de l’ethnographie, lui préfère la fable fatale, Imamura s’avère en vérité un élève involontaire de Lévi-Strauss, dont le pionnier Tristes Tropiques paraît en 1955. Le Profond Désir des dieux (1968) s’occupe donc de cosmogonie, de choc des cultures, de sexe et d’inceste, de puits à creuser en reflet, en replay , petit exercice à la Sisyphe, de pénitence ou à l’opposé de puissance. En découvrant ce film de son temps...

Les Enfants du marais

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  Un métrage, une image : Le Guérisseur (1953) Pour la ronetesque Jacqueline Dans Le Cas du docteur Laurent (Le Chanois, 1957), Gabin se déguise idem en sudiste médecin, confronté à la colère de ses collègues ; dans Le Guérisseur (Ciampi, 1953), pourvu du patronyme-pseudonyme homonyme, Marais à Dinan domicilié traversa déjà tout ça, en sus s’amourache d’une chère malade à tumeur cérébrale. Le mélodrame médical revisite ainsi, in extremis , ici à peine retardée, la fameuse mort d’Eurydice et donc Orphée (Cocteau, 1950). Lachaux/Laurent s’impose en personnage plutôt intéressant, à la fois altruiste et cynique, qui traite ceux nombreux venant le trouver de « névrosés », qui voudrait bien enfin croire à son improbable super-pouvoir. Hélas, l’imposition des mains ne sert en définitive à rien, sinon certes à rendre jolie l’agonie, apaiser la patiente, farouche et frêle Isabelle, munie du charmant strabisme de Mademoiselle Delorme. Le couple en proie au dout...

Rêves de cuir + Rêves de cuir 2 : Wet Dreams + L’Exécutrice

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  « Rêver peut-être », à la Hamlet ? Célébrer l’obsession, saluer l’assassinat… Rêves de cuir (1992) débute en stroboscopie, gare à l’épilepsie, en regard caméra d’au-delà, d’elle à moi, à toi, se poursuit façon snuff movie , ravissement envahissant. Leroi remercie Corman, se met en abyme à l’arrêt d’autobus, où le rejoint Zara Whites en robe immaculée. La VHS va vite dévier sa vie… L’œuvre valeureuse se souvient de Vidéodrome (Cronenberg, 1983), préfigure Ring (Nakata, 1998). Film fantasmatique, in fine fantastique, Rêves de cuir s’apparente à un art poétique, à un traité politique, à une dérive climatique, sinon océanique, cf. la célèbre scène bleutée, gantée, à bouche bouchée, à plusieurs jets, sa bande-son de ressac. Il s’agit par conséquent, au propre, au figuré, d’un blue movie qui (se/nous) réfléchit, d’un métrage méta, mental, déroulé à domicile, d’une réflexion en action(s) sur le X, ses délices, ses supplices. Même muet, Rêves de cuir s’av...

Harmonium : Hospitalité

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Kōji Fukada. Lent et long, Harmonium (Kōji Fukada, 2016) mérite quand même un court article rapide. Financé avec de l’argent français, filmé en trois semaines selon une économie de récit, de dramaturgie, de psychologie toute nippone, coupé au mitan par le sang d’une enfant, mystérieuse victime en robe rouge, il passe du thriller domestique au mélodrame maternel. Comme jadis chez Mizoguchi, tant pis pour les filles féroces de Ring (Hideo Nakata, 1998) ou Audition (Takashi Miike, 1999), revoici des femmes flouées, handicapées au propre, au figuré, à cause d’hommes minables, complices mutiques, faussement amnésiques, de l’irréversible. Conte de culpabilité démultipliée, de disharmonie généralisée, jouée à six, Harmonium se termine sur un pont, en illustration littérale de son titre original : quand on se tient au bord du gouffre, de l’abîme nietzschéen, on finit par y tomber, merci au suicide tout sauf se...

Mr. Long : Les Délices de Tokyo

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Sabu. Après une intro à la Tarantino, parlote rigolote de tueurs en chœur, remember Reservoir Dogs (1992), une relecture culinaire de L’Été de Kikujiro (1999) ? Oui et non, car si ce professionnel ronfleur, monolithique, mutique, aux mains lavées, à l’âme malade, doit beaucoup à son homologue selon Kitano, le métrage possède sa propre personnalité, fait penser, de manière mesurée, aux Sept Samouraïs (Kurosawa, 1954), à Clean (Assayas, 2004) et à l’ item de Naomi Kawase (2015), sous-titre d’article, tandis que l’étreinte ultime, bouleversante, exaltante, nouveau contrat, larmes de joie, que fais-tu là, tous vous voilà, renvoie vers la coda idem du Voleur de bicyclette (De Sica, 1948). Correspondance cohérente, puisque Mr. Long (2017), opus en partie à propos de paternité, y compris empêchée, par procuration, par adoption, se soucie à son tour de social, cartographie un quartier, à défaut d’un pays, pau...

L’Œil qui ment : Voir, savoir, pouvoir

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Perception de la phénoménologie, tant pis pour Merleau-Ponty.   Je voudrais une Histoire des Regards. Roland Barthes, La Chambre claire : Note sur la photographie Qui regarde quoi, au cinéma ? Que voit un regard caméra ? Quel vis-à-vis se situe hors-champ ? Questions stratégiques, tout sauf rhétoriques. À l’ultime plan monté, ensuite zoomé, immobilisé, des Quatre Cents Coups (1959), Jean-Pierre Léaud, coureur juvénile au bord de l’eau, avise-t-il le réalisateur François Truffaut, le directeur de la photographie Henri Decaë, l’opérateur Jean Rabier, lui-même d’ailleurs futur DP pour Claude Chabrol, le spectateur en salles, de festival, international, à domicile, désormais en ligne ? Rien de plus subjectif que de fixer l’objectif, de lui renvoyer, pour ainsi dire, sa focalisation d’oraison, puisque le cinéma momifie le mouvement, abonde André Bazin, dédicataire du coup d’essai aux abords de l’autofiction, car il faisait, en tout cas au sièc...