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Affichage des articles associés au libellé Wolfgang Petersen

Il faut qu’on parle de Kevin

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  Exils # 82 (17/02/2025) Selon cette seconde version – je ne reparle de la première, relisez-moi ou pas – d’un « souvenir gênant de l’espace », dixit la réplique du chef des scientifiques et méchant de service, Noir du soir à la barbe blanche, personnage à présent « malaisant », un changement majeur modifie la perspective, en partie piqué au Piranhas (1978) de Sayles & Dante : exit la météorite, place à l’ artefact . Si de jeunes gens incarnent encore de grands adolescents ; si l’ensemble se déroule toujours sur fond de « guerre froide » et de menace mélasse à refroidir, au propre et au figuré ; si la « foi » et la confiance font à nouveau la force, il ne s’agit plus ici de xénophobie fifties , mais d’une manipulation de masse fictive et prophétique. Les hommes en blanc, soi-disant bienveillants, démasqués, menaçants, autant que les militaires d’hier, d’ E.T., l’extra-terrestre (Spielberg, 1982) ou Starman (Carpent...

Trois mille ans à t’attendre : Miller’s Crossing

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  Mad Max chez Delacroix ? Pas un quart on y croit… Trente-cinq années après Les Sorcières d’Eastwick (1987), Miller retourne au fantastique, toutefois l’angélique évacue le diabolique, la romance se substitue à la satire, Byatt remplace Updike. Co-écrit en compagnie de sa scénariste de fifille, ce vrai-faux film à sketches déjà chapitré, visionnage en DVD ainsi facilité, découvert hier au sein d’une salle spectrale, se met in extremis en abyme, car cahier dessiné, rédigé, refermé. Le titre d’origine souligne la nostalgie du désir, sa millénaire mélancolie, celles en somme d’un démon entre deux mondes, sinon deux flacons, qui aspire à une apaisée conclusion. Hélas pour lui, dirait Godard, il rencontre une « narratologue » à la gomme, peu pressée de fissa formuler les fameux trois vœux, parce qu’en professionnelle du textuel, de l’intertextuel, elle sait parfaitement qu’il faut se méfier de les voir exaucés, que derrière l’assouvissement se dissimulent d’abord l...

Les Loups de haute mer : Commando pour un homme seul

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  Chercher la femme, ne rechercher l’infâme… Fable féministe fardée en film d’action, sinon de science-fiction, car Roger Moore misogyne, puisque Tony Perkins terroriste, Les Loups de haute mer  (Andrew V. McLaglen, 1980) cristallise les contestations sexuées de la décennie en train de se terminer, les développe d’une façon positive et apaisée. À contre-emploi, sans doute il s’en délecta, le regretté Roger les « femelles » ne peut supporter, en raison de raisons familiales puis conjugales formulées, indices pour expliquer, pas pour justifier. Il s’avère cependant capable de reconnaître les qualités du Premier ministre, interlocutrice complice, a contrario de facto de l’infecte Margaret : « Cette femme vaut bien deux hommes », en effet, tout comme le vrai-faux « garçon » survivant, dissimulé, frigorifié, auquel il devra la vie, sous la douche chaude, il se surprend de ses seins, donc de son sexe, vive la vapeur, vive la valeur, il l’admet d...

Joey : Contact

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  Histoire de désespoir ? Télémaque teuton… Avant de délivrer du spectacle à succès, par exemple Independence Day (1996) ou Le Jour d’après (2004), par mes soins esquissés, Emmerich filme en catimini et en majorité en Germanie ce mélodrame méconnu et domestique. Ouvert sur un cimetière, trépas d’un parent, achevé à la maison, décès du fiston, l’ opus pâtit certes d’un script médiocre, d’un cast ad hoc , d’effets spéciaux assez approximatifs, d’une résurrection consensuelle et concon in extremis . Néanmoins, il ne vaut pas rien, parce que d’une part sa bonne forme se tient, voire se maintient, au nez des années amoncelées, d’autre part il ne procède au hasard, s’apparente plutôt à un apologue œdipien. Emmerich rêve d’Amérique nordiste, surtout de son ciné dit de divertissement, il s’autoproduit de sa sœur Ute en compagnie, il s’acoquine aux Corman maintenant et ici, il nous narre le récit, à base d’outre-tombe téléphonie, de soudaine télékinésie, de malveillante ventr...

Les Possédés

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  Un métrage, une image : Gunblast Vodka (2001) Filmée à l’esbroufe, fondée sur du snuff , filmique malbouffe, rien de neuf, cette comédie policière, en définitive pas si putassière, disposait, « sur le papier », d’un certain potentiel, même structurée « à la truelle », déployée en parallèle, presque un plan, un instant, dans chaque camp. Buddy movie délocalisé du côté de Cracovie, davantage de Wrocław, Gunblast Vodka voudrait bien, mine de rien, associer la satire au thriller , faire sourire la spectatrice et le spectateur, aussi leur faire peur, en sus se moquer de l’antisémitisme, surtout polonais, se soucier d’une muse dédoublée, décédée, kidnappée. Connaissant, reconnaissant, ses classiques, il vole au Voyeur (Powell, 1960) sa caméra-couteau,   à Leroi & Ninn leurs filles tout sauf faciles, victimes en cuir. Le cocktail du méconnu Jean-Louis Daniel ne s’avère cependant substantiel, boit vite la tasse, hélas, décline son identité trafi...

The Prodigy : La Main à couper

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Mourir, revenir, cercle cyclique, tract de no kid .   J’suis dans un État proche de l’Ohio J’ai le moral à zéro Isabelle Adjani On sait, depuis Le Tour d’écrou de Henry James (1898) et par conséquent Les Innocents de Jack Clayton & Truman Capote (1961), qu’il vaut mieux se méfier des gamins mielleux prénommés Miles. What’s wrong with Miles? se demandent l’accroche de l’affiche et surtout ses parents apparemment sans profession, toutefois propriétaires d’une confortable maison. D’abord sceptiques, ils découvrent vite la réponse impensable, insupportable : l’âme d’un tueur en série réside à l’intérieur du gosse cru précoce, sinon surdoué, tant pis pour son asocialité. Comme dans Audrey Rose (Robert Wise, 1977), clin d’œil indien compris, il s’agit donc d’une histoire de réincarnation et non de possession, range-moi fissa ce crucifix, mon ami(e), même si Tripp Vinson produisit jadis l’estimable Exorcisme d’Emily Rose (Scott Derrickson, 2005) et le di...

L’Odyssée du sous-marin Nerka : Duel dans le Pacifique

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C(h)œur coulé ? Plutôt touché…   Opus placé sous le double signe de la tension généralisée, du suspense sonore, ce Moby Dick délocalisé du côté de Pearl Harbor annonce davantage La Maison du diable (1963) que La Canonnière du Yang-Tsé (1966). Exit le romantisme martial, bienvenue à la sécheresse du récit, en rime aux Rats du désert (1953). Si disparaît le pacifisme menaçant et extra -terrestre du Jour où la Terre s’arrêta (1951), demeure la victoire à la Pyrrhus de Nous avons gagné ce soir (1949). Avec un tel argument revanchard, voire révisionniste, infidèlement adapté du roman à succès du bien nommé Beach par le scénariste Gay, signataire du presque similaire Les Révoltés du Bounty (Milestone, 1962), Wise pouvait vite verser dans le patriotisme pompier, le manichéisme minable. Or ses Japonais ne se réduisent jamais à des caricatures impures, s’imposent à distance en sveltes silhouettes d’ennemis à redouter, à écouter. Car là aussi le son s’impose, via la...