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Affichage des articles associés au libellé Josef von Báky

Les Bonheurs de Sophie

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  Exils # 30 (19/04/2024) D’un château l’autre, disait Céline : après le (tout) premier, du comte Cagliostro, en 1979, ensuite celui déjà dans le ciel (1986), proie de pirates, voici la piaule de Howl, le personnage au nom très connoté de la romancière anglaise Diane Wynne Jones, devenu en France Hurle et au Japon Hauru. Emily Brontë doublerait ainsi Allen Ginsberg, hurlement (et Hurlevent) en tandem  ? Plutôt l’écho illico des Aventures fantastiques du baron Münchhausen (von Báky, 1943), plaisante pièce montée européenne, allemande et non alsacienne, préférable à l’épuisant et indigeste pudding suiviste de Gilliam (1988), sorti pendant un autre conflit, la Seconde hécatombe substituée à l’Irak patraque, au creux duquel retrouver, outre le magicien italien précité, supposé, le même mélange pas si étrange de guerre et de paix, de féminisme soft et de reversement du vieillissement, et d’airs explorés, d’amants éplorés. Miyazaki connaissait-il tout ceci ? Peu imp...

Jeunes filles en uniforme : Citadel

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Géza von Radványi. Après de Jacqueline Audry la Olivia (1951), voilà de Géza la Manuela. Jeunes filles en uniforme (1958), on le sait, retravaille, à presque trente ans d’intervalle, le matériau déjà en huis clos, un gros soupçon Sappho, de Jeunes filles en uniforme (1931), signé par Leontine Sagan, co-écrit par Christa Winsloe, à la suite de sa pièce   à succès. Il fait toutefois davantage, il met l’ouvrage à la page, puisque le portrait à charge de cette suspecte éducation à la prussienne, un brin lesbienne, se souvient aussi du récent nazisme, de son conformisme, de son militarisme, de son hypocrisie, de sa misogynie. Ici, au gris de la grande grille introductive, des habits, des esprits, s’accorde le glauque très teuton, à la Derrick disons, des chaises, portes, armoires, repeintes à la Wehrmacht, de quoi vous rendre patraque, y compris à proximité d’un lac. Pourtant, en dépit du pas de l’oie, un, de...

La Classe volante : Génération perdue

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Kurt Hoffmann. Un teuton La Guerre des boutons (Robert, 1962) ? Un codicille aux Disparus de Saint-Agil (Christian-Jaque, 1938) ? Affirmons un film sortilège, en forme de boule à neige, sans mausolée isolé, ni « bouton de rose » morose ( Citizen Kane , Welles, 1941). Jadis scénariste de l’imaginaire, durant la guerre ( Les Aventures fantastiques du baron Münchhausen , von Báky, 1943), le littéraire Kästner se met en scène, en abyme, prologue campagnard, sous le cagnard, épilogue pirandellien, à orphelin serein, compris, oh oui. La Classe volante (Hoffmann, 1954) bénéficie, à l’évidence, du savoir-faire de la cinématographie germanique, évitons l’énumération des noms, pourtant impeccables équipes « artistique », technique. Cet item moral, choral, cristallise, en effet, une « tradition de la qualité », au même moment moquée en France, comme il faut, par Truffaut. De maniè...

La Paloma : La Femme de mon frère

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Helmut Käutner. « Je ne suis pas une colombe » affirme Gisa rebaptisée fissa d’après la célèbre chanson marine, mais Hannes n’en démord pas, s’illusionne, se désillusionne puis s’en va, marié à la mer, amen . Avec une quinzaine d’années de retard, l’estimable Käutner ( Le Général du Diable , 1955, lisez-moi ou pas) acclimate le réalisme supposé poétique, l’associe à du drolatique, se souvient, un peu, de L’Ange bleu (Sternberg, 1930), de La Femme du boulanger (Pagnol, 1938), autre trio desafinado. Néanmoins la différenciation des attractions et la différence d’âge ne suscitent aucun naufrage, malgré de ponctuels échos musicaux molto mélos. Au terme de sa double aventure à terre, d’abord amère, ensuite amoureuse, l’accordéoniste quitte bel et bien la piste, largue les amarres de la rancœur, de l’erreur. Quelque chose de l’univers de Fassbinder fait ici surface, l’anticipe, puisque le cinéaste évoque u...

L’Ange bleu : Le Bateau d’Émile

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Josef von Sternberg. Marlene Dietrich & Sternberg, bla-bla-bla. Que cela plaise ou pas, on ne va pas parler de ça, on va parler de cinéma, écrire sur le film, laisser à autrui le mythe miteux et la place sous le lit, celle qu’occupe à l’identique le lycéen fétichiste et fantaisiste, voleur de petites culottes à Lola Lola (une femme allemande, affirme Fassbinder), pas encore à Madonna, ni à la danseuse gracieuse, presque homonyme, de Jacques Demy discrètement gay friendly . Que (re)voir dans Der blaue Engel en 2017 et en ligne qui vaille la peine, qui mérite quelques lignes ? En vérité je vous le dis depuis ma subjectivité, tout se joue durant le quart d’heure d’exposition, conclu par un funeste fondu au noir, où le cinéaste revenu des États-Unis puis vite reparti, merci aux nazis, relit Le Cabinet du docteur Caligari et use du son en virtuose. Mate-moi l’architecture de cette masure, avise cet avata...

Le Voleur de Bagdad : Le Petit Prince a dit

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Ludwig Berger, Michael Powell et Tim Whelan. « Il faut être prudent à Bagdad » : l’avertissement vaut toujours, mon amour, soixante-dix-sept ans après, sans Saddam, n’empêche, Daech. Il ne faut pas chercher, en petit propriétaire critique, à qui appartient Le Voleur de Bagdad (aux Korda, OK , pas que), car il appartient à tous les cinéphiles. Par contre, il convient de le chérir, de le donner à lire. Ouvre le coffre, explore la salle du trésor – que vois-tu, dis-moi ? Je vois un film enchanteur et enchanté qui ne pouvait être produit qu’en temps de guerre, quand l’imaginaire s’avère une nécessité, non plus un passe-temps de parvenus. Je vois un film méta qui démontre que « voir, c’est croire », en effet, un conte de fées enturbannées (voile de la religion) peuplé d’yeux amoureux (ou cyclopéen, apposé sur la proue d’un navire violet), de vrais regards (énamourés), de reflets narciss...

Les Aventures fantastiques du baron Münchhausen : L’Éternité et Un Jour

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Josef von Báky. There’s no time for us There’s no place for us What is this thing that builds our dreams yet slips away from us Queen, Who Wants to Live Forever En découvrant maintenant Münchhausen – laconique intitulé original – je pense au parfait contemporain (1943) Colonel Blimp – The Life and Death of Colonel Blimp précise l’explicite VO – des Archers, au Casanova de Fellini, au Don Giovanni de Losey, au Highlander de Russell Mulcahy et pas une seconde à la version superflue – coûteuse misère des vrais-faux remakes – de Terry Gilliam, cinéaste surfait au surréalisme décoratif. Ce qui devait être un film d’anniversaire pour les vingt-cinq ans de la UFA s’avère un film de funérailles pour le Troisième Reich ; ce que certains, cent ans après la naissance de la firme fameuse, persistent à percevoir en divertissement charmant, voire résistant – la liberté de l’imaginaire contre la véracité...