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Affichage des articles associés au libellé David Hemmings

Ne vois-tu rien venir ?

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  Exils # 55 (14/10/2024) Film funèbre, au Montand émouvant, Un soir, un train (Delvaux, 1968) se termine comme commence Les Mains d’Orlac de Maurice Renard, par un déraillement, des victimes et des survivants. Le dernier plan, en plongée, allongés, reprend presque l’identique et fatidique d’un souvenir, d’un rêve ou d’un fantasme. Comme chez Hitchcock ( The Lady Vanishes , 1938), une femme disparaît ; comme chez Roeg ( Ne vous retournez pas , 1973), voilà déjà un couple en déroute, dans un décor de mort ; comme chez Tarkovski ( Stalker , 1979), trois hommes marchent au milieu d’un mental no man’s land . Moins drolatique mais autant rempli de néant que le compatriotique Malpertuis (Kümel, 1971), remarquez le point commun de Jean Ray cité parmi la parenthèse anglaise, cette odyssée immobile donne à entendre en sourdine l’agitation estudiantine, ici doublée, Belgique oblige, d’une dimension linguistique, sinon xénophobe. Entre présent et passé, mains jointes et visages...

Mouche à Meg

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  Exils # 46 (10/07/2024) « La maison possède sa propre mystique » : si Stuart Rosenberg s’occupait de crise économique ( Amityville : La Maison du diable , 1979), Damiano Damiani d’inceste à domicile ( Amityville 2 : Le Possédé , 1982), Franck Khalfoun de misogynie pré-moiaussi ( Amityville: The Awakening , 2017), l’assez cher Richard Fleischer filme une fable affable sur la foi, surtout celle du cinéma. Métrage méta, construit en boucle bouclée, Amityville 3-D (1983), sous-titré en français d’un Le Démon de bon ton, débute via un travelling panoramique démonstratif du procédé du titre. Les noms du générique, les branches des arbres squelettiques, disposés devant la bâtisse emblématique, semblent sortir de l’écran à la rencontre de la rétine, un vent de nuit rugit, une pancarte de vente s’agite, à l’indicatif téléphonique (666) satanique et drolatique. Surplombé par des vocalises féminines substituées à la sinistre comptine de Lalo Schifrin, l’ensem...

Trois mille ans à t’attendre : Miller’s Crossing

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  Mad Max chez Delacroix ? Pas un quart on y croit… Trente-cinq années après Les Sorcières d’Eastwick (1987), Miller retourne au fantastique, toutefois l’angélique évacue le diabolique, la romance se substitue à la satire, Byatt remplace Updike. Co-écrit en compagnie de sa scénariste de fifille, ce vrai-faux film à sketches déjà chapitré, visionnage en DVD ainsi facilité, découvert hier au sein d’une salle spectrale, se met in extremis en abyme, car cahier dessiné, rédigé, refermé. Le titre d’origine souligne la nostalgie du désir, sa millénaire mélancolie, celles en somme d’un démon entre deux mondes, sinon deux flacons, qui aspire à une apaisée conclusion. Hélas pour lui, dirait Godard, il rencontre une « narratologue » à la gomme, peu pressée de fissa formuler les fameux trois vœux, parce qu’en professionnelle du textuel, de l’intertextuel, elle sait parfaitement qu’il faut se méfier de les voir exaucés, que derrière l’assouvissement se dissimulent d’abord l...

Les Traqués de l’an 2000 : Les Révoltés de l’an 2000

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  Les prédateurs et les proies puis toi et moi… Souvent on sourit, à ces exactions en série, à ce sadisme en effet « excessif », situé in situ , d’Australie issu, mais je jubilai déjà, rictus tendu, à Salò selon Paso, alors… Ici, les amis, les ennemis, du camp de concentration-rééducation, le directeur se dénomme Thatcher, « haut les cœurs », l’un de ses comparses, de littérale « lutte des classes », s’appelle Tito, en écho de Yougo. Ceci ne vous suffit, afin de deviner la   dimension satirique ? Rajoutons donc de foire un freak , loup-garou relou, aux antipodes délocalisé, sur le cannibalisme des orteils porté, des matons émasculés, « fouette, cocher », un rouquin malsain, victime rapide de catch qui tache, une peut-être prostituée, peut-être à tort dénoncée, des buggies bizarroïdes, évidemment rouge sang et, last but not least , d’explicites répliques, comme celle du colosse chauve, néanmoins moustachu, constatant, pas encore...

The Survivor : Get Out

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Attacher sa ceinture et se risquer à l’aventure d’une séduisante exhumation. Blow-Up (1966) s’achevait sur une partie de tennis mimé, The Survivor débute par une partie de un, deux, trois, soleil mutique. Chez Michelangelo Antonioni, David Hemmings photographiait des mannequins, un couple, un cadavre, ici il filme un photographe-rapace dégueulasse digne de celui qui jadis immortalisa le fils de Romy Schneider sur son lit de morgue. Pour Profondo rosso (1975), l’acteur/réalisateur se perdait au creux d’un vrai-faux tableau. Dans Harlequin (1980), il se confrontait à Robert Powell déguisé en Raspoutine selon une lutte de pouvoir, de territoire. Et le comédien bouclé incarna bien sûr un Jésus de Nazareth (1977) télévisé dirigé par le sulpicien Franco Zeffirelli. The Survivor – je n’emploie pas le titre français, désolé, ce Survivant d’un monde parallèle explicite et cheap – prend acte du passé filmique et conserve le caractère heuristique du Dario Argento méta autant q...

Non-Stop : U.S. Marshals

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Suite à sa diffusion par TF1, retour sur le titre de Jaume Collet-Serra. Premier plan : un pare-brise perlé de pluie. Dans l’habitacle, Liam Neeson boit de l’alcool avec dégoût et caresse du pouce le portrait photographié d’une enfant. La carlingue dupliquera bientôt l’espace réduit et fermé, le flic des airs hissé contre son gré vers un huis clos agité de turbulences dans le sillage dépressif, paranoïaque et revanchard du 11-Septembre. Les serviteurs de l’ordre arborent des gueules de taulards et les musulmans (barbe drue et signe religieux ostentatoire sur le crâne, un croyant d’Orient perçu par Hollywood, donc) se révèlent (fi aux préjugés) des scientifiques puis des médecins improvisés. Les « textos » donnent le tournis à la caméra, viennent s’incruster sur l’écran, dialogue silencieux, respectueux et menaçant. L’instituteur à lunettes, qui demandait du feu (toujours se méfier des inconnus, surtout au bord d’un aéroport), voulait venger son père disparu dans l’ef...